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En récoltant près de la moitié des suffrages (49,33 %) dans un second tour en quadrangulaire, Arnaud Deslandes réussit à être élu maire de Lille, après avoir été propulsé par sa prédécesseuse Martine Aubry il y a un an. Mais curieusement, l’ambiance n’était pas qu’à la fête dimanche soir.
Les résultats du 15 mars laissaient présager un second tour à suspense. Il n’aura pas duré longtemps. Depuis l’annonce du ralliement de l’écologiste Stéphane Baly à leur liste, les socialistes lillois avaient pu souffler. Mais cette fois, c’est officiel : ils restent au Beffroi. Et arrachent leur… treizième mandat consécutif, portés par 49,33 % des suffrages. Cette élection n’est néanmoins pas une élection comme les autres. D’abord parce que c’est à un nouveau maire que les Lillois·es ont décidé d’accorder leur confiance. Après quatre mandats d’Augustin Laurent, quatre de Pierre Mauroy et quatre de Martine Aubry, Arnaud Deslandes ouvre une nouvelle ère.
Mais cette élection semble singulière aussi pour d’autres raisons. Dans les rangs socialistes, la victoire a un goût amer. Le choc de la montée en puissance de La France insoumise (LFI) n’est pas digéré. Avec 33,70 % des suffrages, Lahouaria Addouche réussit à améliorer son score de 10 points entre le premier et le second tour.
Derrière elle, le candidat Rassemblement national (RN) Matthieu Valet obtient 8,98 % des voix. Parmi les militant·es, c’est aussi la percée historique du parti d’extrême droite dans le bassin minier qui inquiète. Alors, l’heure n’est pas vraiment à la fête au QG du soir, le bar‐restaurant Mother. Julien Laurent, désigné chauffeur de salle, a bien du mal à mobiliser les troupes, à encourager les hourras et les embrassades.
Avant même de proclamer les résultats officiels en mairie, Arnaud Deslandes a choisi de s’exprimer devant ses soutiens. « Je félicite mes adversaires. À l’image de la campagne menée, ils seront respectés dans leur rôle d’opposition », débute‐t‐il, après avoir remercié les militant·es qui l’ont soutenu durant cette longue campagne. « Ce soir une nouvelle page s’écrit, fidèle à nos valeurs de solidarité, d’humanisme et de tolérance. Elle témoigne de notre capacité à nous réinventer pour faire gagner le progrès social et la justice écologique ensemble. L’attente est très forte, nous avons besoin de nous rassembler », ajoute‐t‐il.
Mais le maire reste lucide quant à l’autre message envoyé par les électeurs et électrices. Il s’engage, l’air soudain grave : « Je promets d’être le maire de tous les Lillois, quel que soit leur quartier, leur origine, leur vote. Cette élection a témoigné d’un besoin d’écoute et de considération. Nous y répondrons. Toujours dans le but de l’apaisement. »
Dans la salle, socialistes et écologistes, réunis dans l’entre-deux-tours, se mêlent sans forcément savoir encore comment bien se mélanger. Jamais très loin, Martine Aubry reste la star de la soirée. D’ailleurs, Arnaud Deslandes ne l’oublie pas dans son discours : « Je veux lui dire qu’elle m’a fait le plus beau des cadeaux quand elle m’a fait confiance. Je pense que je n’ai pas trahi sa confiance ce soir. »
Une cogestion à inventer « Arnaud ! Arnaud ! Arnaud ! » Après avoir scandé le prénom de son nouveau maire, l’écologiste Stéphane Baly a pris la parole à son tour, arborant sa traditionnelle veste verte. Pas de trace de celle qui figurait en deuxième place sur sa liste au premier tour, Faustine Balmelle‐Delauzun, en revanche, alors que plusieurs personnes la cherchent pour la faire monter sur l’estrade.
« We did it ! », débute Stéphane Baly, semblant avoir du mal à croire qu’après six ans dans l’opposition il allait de nouveau faire partie de l’équipe des décisionnaires. Pour lui, il n’y a pas de doute, cette victoire est « la garantie qu’un changement va avoir lieu » : « Les écologistes seront au conseil municipal avec une force nouvelle, nous entrons dans une réelle cogestion. Nous serons jugés sur nos actes, et c’est une bonne chose. »
Mais Stéphane Baly le reconnaît aussi : « Les résultats de Lahouaria Addouche témoignent d’une volonté de changement profonde, qui nous oblige. Nous serons un partenaire constructif et exigeant. » Visiblement ravi, il déclare : « Ce soir, l’écologie a gagné. » À quelques mètres de là, la formule amuse Martine Aubry : « Pas seulement », glisse‐t‐elle à une jeune militante socialiste dans un regard complice. Le signe que la « cogestion », dont Stéphane Baly se réjouit déjà, devra faire ses preuves ? Dans l’esprit de nombreux socialistes – dont celui de « la patronne », Martine Aubry –, les écologistes restent des forces d’appoint.
Je le redis pour ceux qui n’ont pas entendu : 49,33 % !
Arnaud Deslandes Après quelques vifs applaudissements, l’équipe composée en majorité de conseillers municipaux réélus se rend à pied jusqu’à la mairie pour la proclamation des résultats. Enfin, pas tout de suite, puisqu’il faut bien d’abord profiter de quelques petits fours et d’un verre dans le salon d’honneur pour décompresser après cette campagne intense. Charlotte Brun, première adjointe sortante, en est émue aux larmes.
Finalement, Arnaud Deslandes proclame les résultats officiels aux alentours de 22 heures 15, au pupitre du carré Pierre-Mauroy, devant de nombreux habitant·es et agent·es de la ville. Malgré la victoire, l’expression du maire reste très mesurée. Un large sourire lui échappe quand même lorsqu’il s’autorise à répéter : « Je le redis pour ceux qui n’ont pas entendu : 49,33 % ! »
Chez les insoumis, la tête est déjà à la prochaine échéance À quelques centaines de mètres de là, dans la salle Courmont du quartier de Moulins, l’humeur n’est pas non plus à la liesse côté insoumis. Mais l’admiration pour la performance de Lahouaria Addouche est grande. Sur l’estrade, devant 150 militant·es, la candidate qui entre au conseil municipal à la tête d’une équipe de dix insoumis motivés (dont six élus au conseil métropolitain) voit le verre à moitié plein. « Aujourd’hui, la preuve est faite que l’union populaire progresse seule face aux tambouilles d’appareils, face aux accords de coulisses, face à un système verrouillé, tacle‐t‐elle d’emblée. Aujourd’hui la tambouille a gagné. Demain, le peuple sera victorieux. »
Grande vedette de la soirée, « Wawi », comme on la surnomme, se fait offensive mais sans décrocher d’un discours écrit millimétré. « Ce soir, nous n’avons pas gagné la mairie mais ce soir nous avons ouvert une brèche dans un système installé depuis des décennies, une brèche qui ne se refermera plus jamais », poursuit‐elle. Sa prise de parole durera moins de cinq minutes. Souriante, elle s’offre ensuite une tournée parmi l’assistance en embrassant et remerciant chaleureusement ses troupes.
Jamais loin de sa tête de liste, le député insoumis Aurélien Le Coq profite de la présence des quelques micros et caméras pour nationaliser le discours et tacler le nouveau maire Arnaud Deslandes. Un maire qu’il rejette clairement loin du peuple, ne serait‐ce que parce qu’il a été « élu avec les voix des macronistes » comme semble le montrer l’effondrement du score de Violette Spillebout au second tour de ces municipales : 7,99 %, soit 3 points de moins qu’au premier tour, et surtout près de 10 points de moins qu’en 2020.
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Ce soir, les insoumis font « une entrée massive » au sein du conseil municipal lillois mais aussi au sein de la métropole européenne de Lille. La majorité écolo‐socialiste sait qu’elle va devoir compter avec une « opposition intransigeante ». L’année 2027 est évidemment déjà dans toutes les têtes, avec une présidentielle durant laquelle le mouvement de Jean‐Luc Mélenchon jouera son va‐tout. « L’histoire ne s’arrête pas ce soir, conclut Lahouaria Addouche. Ce n’est qu’un début. Le combat ne fait que commencer. »
Avec seulement 52 % de participation, soit à peine un peu mieux qu’au premier tour, l’abstention reste élevée à Lille lors de ce second tour. Le nouveau conseil municipal, qui s’installera officiellement le vendredi 27 mars, verra également un autre parti faire son retour en son sein : le Rassemblement national. Lucide face à une année qui s’annonce dans la lignée d’un « débat politique qui s’abîme par la brutalité », Arnaud Deslandes promet de faire autrement. « Dès demain, nous nous mettons au travail pour faire de Lille le laboratoire d’un monde meilleur. »
Ede Sakhi Momen (Mediacités)
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