Sur les fusions des listes, les discours préfabriqués du PS et d’EELV ne résistent pas à l’analyse des résultats électoraux

samedi 4 avril 2026.
 

Moins de 24 heures après la publication des résultats du second tour des municipales, les analyses au doigt mouillé pleuvent sur les plateaux, allègrement reprises par la quasi-intégralité de l’échiquier politique. Le début de la percée insoumise, observée au soir du premier tour, avait sans aucun doute marqué les esprits : il fallait alors inverser la valeur et reprendre l’exercice quotidien des chefferies éditoriales : taper sur la France insoumise, sans bien savoir lire les chiffres.

Le lieu commun sur tous les plateaux était le suivant, sauf quelques exceptions : « LFI fait perdre la gauche : les alliances avec eux font perdre, la gauche social-démocrate toute seule l’emporte davantage lorsqu’elle n’a pas fusionné au second tour avec elle ». Vraiment ?

Une analyse à froid des chiffres permet de tirer des enseignements plus précis et moins caricaturaux. Plusieurs affirmations sont à retenir. Parmi les 20 plus grandes villes, la seule perdue par la gauche est celle… où il n’y a pas eu de fusions avec LFI ; les fusions n’entraînent pas une déperdition des voix ; là où elle se maintenait seule, LFI progresse jusqu’à 11 points supplémentaires ; l’engagement plein et entier de LFI dans certaines villes n’a pas pu rattraper le désaveu des mairies PS sortantes. Et l’autre enseignement déjà connu, que ne supportent pas les directions EELV et PS : LFI fait une progression significative avec une présence dans plus de 400 conseils municipaux. Notre article.

Parmi les 20 plus grandes villes, la seule perdue par la gauche est celle où il n’y a pas eu de fusion avec LFI

À Bordeaux, l’écologiste Pierre Hurmic a refusé de fusionner sa liste avec celles des Insoumis. Résultat, cette ville a été perdue par la gauche. En revanche, Lyon, Grenoble, Nantes et Tours restent à gauche… justement grâce à la fusion effective des listes avec LFI ! « J’assume, je revendique et je vous le dis, je ne regrette pas une seule seconde le choix qui a été le mien, qui a été le nôtre, celui de la fusion démocratique », déclarait hier soir, Johanna Rolland, réélue maire de Nantes et également numéro 2 du Parti socialiste.

Pour aller plus loin : « Quelle autre force politique a réussi autant après 10 ans d’existence ? » – Au lendemain des municipales, l’analyse de Manuel Bompard

Il n’y a pas eu de déperdition des voix dans les cas des listes fusionnées, au contraire des fusions sans LFI

En considérant l’intégralité des résultats dans les listes fusionnées, il a été observé un report de voix parfait des listes fusionnées en moyenne (-0,09 point). Le score augmente même quand l’union est menée par LFI (+0,5 point) et est quasi stable derrière les autres (-0,2 points en moyenne).

Contrairement à ce qu’ont affirmé les porte-parole du Parti socialiste, c’est leur place en tête de certaines listes qui a entraîné une déperdition des voix. En réalité, ce sont les fusions menées par LFI ou celles où LFI est derrière les Verts qui gagnent des points entre les deux tours. Dans 90 % des fusions de listes derrière les Verts, le total de voix augmente plus que l’addition des scores du premier tour des deux listes. Cela se mesure dans 60 % des cas où LFI mène les listes et dans 50 % quand le PS les mène.

En termes de nombre de voix, cela se chiffre ainsi. Lorsque LFI est derrière le PS sur une liste fusionnée, le mouvement insoumis a permis l’apport supplémentaire moyen de 1 130 voix au second tour, en plus de la somme des scores des listes au premier tour. Pour le même cas de figure, si LFI est derrière EELV, le nombre de voix supplémentaires apportées atteint 4 600, en moyenne.

Allons encore plus loin. Quel bilan des alliances conclues entre le PS et les Verts au premier tour ? 17 alliances de ce type sont à dénombrer dans les villes de plus de 100 000 habitants. Bilan : 9 points de perdus en moyenne par rapport à 2020 sur la somme des listes unies ! Une seule de ces alliances a vu son score augmenter : à Lyon. Comment affirmer, dès lors, que les insoumis font perdre la gauche ?

Dans les cas où LFI s’est maintenue seule, LFI progresse au second tour

De fortes progressions de LFI entre le premier et le second tour sont à noter. Angoulême (+14 points), Lille (+11 points), Montpellier (+10 points), Saint-Ouen (+9 points), Tourcoing (+8 points), Belfort (+5 points), Villeneuve-d’Ascq (+5 points).

L’engagement plein et entier de LFI n’a pas pu rattraper le désaveu des mairies PS sortantes

Les défaites de villes tenues par la gauche (Clermont-Ferrand, Brest et Besançon), le tout avec des listes de fusion, ont été imputées à la présence de la France insoumise dans ces listes. Une critique facile, et surtout fausse, qui vient masquer la responsabilité des exécutifs municipaux socialistes sortants.

Comparé à 2020, le PS a perdu 8 points à Clermont-Ferrand (comme la sortante écologiste à Strasbourg) et 18,5 points à Brest, tous deux bastions socialistes depuis des dizaines d’années. « La fusion n’a en fait été effectuée par le Parti socialiste que lorsque la situation de ses maires sortants était désespérée. Il n’est alors pas surprenant qu’elle n’ait pas toujours permis de renverser la vapeur », souligne Manuel Bompard.

Plus difficile désormais de désigner LFI comme la force « repoussoir » de ces élections.


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