À Toulouse, la nuit accouche d’une solide union de gauche

vendredi 20 mars 2026.
 

Le scénario espéré par le peuple de gauche toulousain est en train de s’écrire. Dimanche prochain, une liste d’union, façon NFP, menée par l’insoumis François Piquemal, affrontera celle du sortant Jean-Luc Moudenc. Après douze ans de gouvernance à droite, la troisième ville de France pourrait basculer.

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La possibilité que Toulouse, la troisième ville de France, soit administrée dès la semaine prochaine par un maire insoumis s’est considérablement renforcée dans la nuit de dimanche à lundi 16 mars.

À 9 heures ce matin, les « deux François » – ainsi que les ont affublés durant la campagne les proches du maire sortant Jean-Luc Moudenc (divers droite) –, Piquemal (La France insoumise, LFI) et Briançon (Parti socialiste, PS), ont tenu une conférence de presse pour annoncer un accord d’union de leurs deux listes pour le second tour.

Les deux hommes, comme leurs colistiers et colistières présentes en nombre, avaient les yeux rougis par une nuit de palabre politique, sans sommeil, entamée vers 1 heure du matin.

Dimanche, avec un taux de participation de 56,4 %, les Toulousain·es ont, sans surprise, placé le maire sortant Jean-Luc Moudenc (soutenu par l’ensemble des forces de droite, Renaissance compris) en tête avec 37,23 % des suffrages exprimés. Déjouant les deux sondages des dernières semaines, c’est François Piquemal (liste « Demain Toulouse » rassemblant LFI, l’Assemblée des quartiers, et le NPA anticapitaliste) qui, avec 27, 56 % des suffrages exprimés, a pris la seconde place devant François Briançon (liste « gauche unie » rassemblant le PS et dix autres formations) avec 24,99 % des voix.

Comme l’avait confié hier soir un colistier dépité à Mediapart, ce scénario d’une liste insoumise prenant le leadership de la gauche n’avait pas été envisagé par les troupes de la liste socialiste, très sûres de leur avance. La soirée a donc été particulièrement plombée dans leur café-QG. Le contraste était saisissant avec la liesse observée côté insoumis. Après quelques appels et messages, les deux listes ont cependant vite basculé dans la séquence suivante : une discussion en vue d’établir une liste d’union.

De l’absence d’entente à une fusion totale en passant par un accord « technique », à peu près tous les scénarios étaient encore possibles hier soir à minuit. Celui annoncé ce matin est plutôt mieux-disant. « C’est un bon accord », se félicitait sobrement Thomas Sommer, l’un des colistiers du NPA sur la liste de François Piquemal à la sortie de la conférence de presse tenue à l’Eurêkafé, dans un quartier festif de la ville, où les représentant·es des deux listes ont passé la nuit à négocier.

« Nous sommes parvenus à un accord de gouvernance commun. Il n’y a plus qu’une seule liste de gauche à Toulouse qui s’appellera “Demain Toulouse, la gauche unie” », a annoncé François Piquemal lors de la conférence de presse. Selon cet accord de « gouvernance partagée », le candidat insoumis récupère la mairie, François Briançon la métropole.

La fusion se traduit également par « une répartition à la proportionnelle des scores des deux listes sur les délégations de la ville et de la métropole et sur un programme commun », a résumé le premier. Un programme « dans lequel les points qui faisaient obstacle ont été levés ou en tout cas des méthodologies ont été données pour les résoudre dans le débat démocratique métropolitain ». Le dossier de la ligne grande vitesse (LGV) en particulier est un point de clivage entre les deux listes, les socialistes y étant favorables, contrairement aux insoumis.

La liste finale devrait être un panachage des candidat·es issu·es des deux listes initiales, incluant notamment, en plus des insoumis et des socialistes, des écologistes, des communistes, des membres du NPA et de l’Assemblée des quartiers.

« Attente massive »

Les deux têtes de liste ayant souhaité le demeurer, la première victime collatérale de cet accord de gouvernance mairie-métropole est la parité en tête d’affiche. Mais elle est ensuite respectée, y compris politiquement, avec Isabelle Hardy (Archipel, liste Briançon) en seconde position devant Briançon, puis Agathe Roby (LFI, liste Piquemal) quatrième. Et « on s’assurera qu’il y ait une répartition des adjointures paritaires », a promis François Piquemal. Ce petit hiatus pourra cependant difficilement être un angle d’attaque pour Jean-Luc Moudenc qui, dans la mandature sortante, cumule les fonctions de maire et de président de la métropole.

Interrogé pour savoir comment il se situait par rapport aux consignes du PS de refuser toute alliance avec LFI, réitérées ce matin par François Hollande sur France Inter, François Briançon a été très clair : « Pour moi, le rassemblement ne souffre aucune autre possibilité, quand on est de gauche, on rassemble la gauche. » Le désormais candidat à la métropole a assuré s’être « entretenu avec le premier secrétaire du Parti socialiste qui est au courant et qui [lui] a laissé toute la latitude pour pouvoir conclure cette union, c’est ce qu[’il a] fait ».

Les deux hommes ont insisté sur « l’attente massive dans le peuple toulousain pour qu[’ils] réussisse[nt] cette construction et qu’[ils] fasse[nt] vivre cet espoir jusqu’à la victoire », ainsi que l’a résumé François Piquemal.

Si la dynamique se crée autour de la liste d’union de la gauche [...], non seulement Moudenc peut être battu, mais sa défaite peut être cuisante.

Frédéric Borras, directeur de cabinet du maire de l’Union

Une éventuelle victoire qu’il faudra malgré tout construire. Certes, en cumulant leurs scores et en y ajoutant les presque 2 % de voix captées par les quatre candidats d’extrême gauche, les deux candidats sont autour de 55 points. Mais en frôlant les 38 % dès le premier tour, Jean-Luc Moudenc réalise un bon score et rappelle que la droite reste solide à Toulouse.

Il n’est cependant pas loin d’avoir fait le plein. Le candidat du RN Julien Leonardelli, qui a mené une campagne très médiocre, obtient à peine 5,38 % des voix. Même avec le score de 1,24 % du candidat Reconquête, l’extrême droite reste en dessous de 7 %.

« Jean-Luc Moudenc a asséché l’extrême droite en menant une campagne très à droite, observe Frédéric Borras, ex-coordinateur de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) de la Haute-Garonne en 2022, désormais directeur de cabinet du maire de l’Union, ville de la métropole toulousaine. Mais du coup, il n’a plus trop de réserves. Si la dynamique se crée autour de la liste d’union de la gauche, à l’image de ce qui s’est passé en 2024 avec le NFP, non seulement Moudenc peut être battu, mais sa défaite peut être cuisante. »

Dans cette configuration, le candidat de la droite toulousaine pourrait grappiller quelques voix de plus dans les rangs des formations de la liste Briançon les plus opposé·es à l’union avec LFI. Dès l’annonce de la fusion, des voix annonçant leur défection se sont fait entendre, notamment celles du conseiller régional socialiste Marc Sztulman et du Parti radical de gauche (PRG, la formation de la famille Baylet, propriétaire de La Dépêche du Midi). Carole Delga reste aussi vent debout contre toute alliance avec LFI comme elle l’a encore récemment fait savoir. Tout comme Place publique de Raphaël Glucksmann, présent dans la liste Gauche unie initiale et qui se tient sur les mêmes positions.

L’autre inconnue réside dans la mobilisation des abstentionnistes : presque 44 % des Toulousain·es inscrit·es sur les listes électorales ne se sont pas déplacé·es aux urnes dimanche. Les deux camps ont une semaine pour en convaincre le plus possible d’aller voter. « On n’a pas dormi mais on a bu beaucoup de café. On va se reposer quelques heures et on y retourne dès cet après-midi », a promis François Briançon, « avec enthousiasme », en fin de conférence de presse.

Emmanuel Riondé


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