La France insoumise, 10 années au service du peuple et encore plus à venir

jeudi 19 février 2026.
 

Une décennie depuis ce pari lancé contre le renoncement, pour reconstruire une gauche de transformation, pour porter la voix des sans-voix, pour défendre un programme de rupture, pour remporter des victoires électorales, législatives et culturelles, et pour préparer la prise de pouvoir en 2027.

1) La France insoumise à quoi ?

Quelle drôle d’idée, ce nom pourrait-on dire ! Mais au fait, d’où vient-il ? Jean-Luc Mélenchon revient sur le contexte de la campagne présidentielle de 2017. Droite et gauche volaient en éclats et un vent dégagiste soufflait déjà sur les élites. Il s’agissait alors de défendre les intérêts du Peuple. « Dans le slogan de la campagne, il faut qu’il y ait la France. On s’approprie le pays et son histoire ».

Il fallait ensuite un adjectif. Pas simple. Pourquoi pas insoumis ? « À toutes les formes de dominations, d’exploitation, d’oppression », développe Éric Coquerel. « À la résignation et à l’abattement, à l’ordre du monde tel qu’il va », vient ajouter Mathilde Panot. Être insoumis, « à l’évidence, va au-delà de ce qui se voit » conclut le leader insoumis. Ces derniers évoquent le souvenir du défilé de la Place de Stalingrad en juin 2016, montrant quels étaient les insoumis.

Ainsi, le 10 février 2016, Jean-Luc Mélenchon intervient sur TF1 pour annoncer la création du mouvement : « La France insoumise est créée et fière de l’être ». Antoine Léaument remarque que « insoumis, c’est devenu le nom dont se qualifient les gens ». Le mouvement se définit insoumis.

2) Les origines de LFI

Sur quelle histoire s’est construit le mouvement insoumis ? Pour Jean-Luc Mélenchon, tout se cristallise en 2005 et le référendum sur le Traité constitutionnel européen. « Il était certain que la société était en train de tourner la page ».

Coquerel se souvient de leur première rencontre : « La première rencontre a eu lieu en 2003, au moment de l’Appel Ramulaud qui réunit toute la gauche antilibérale ». Et pour cause, les années 1990 voient les espoirs communistes s’effondrer et l’hégémonie néolibérale triompher. « Rendez-vous compte de l’ampleur du désastre, témoigne Jean-Luc Mélenchon. Les grandes choses se pètent la figure : l’union de la gauche, le programme commun, l’URSS ». Les partis traditionnels choisissent d’accompagner ce tournant.

Le renouvellement de la pensée, des pratiques et des propositions vient de la gauche radicale, altermondialiste, écologiste, féministe et antiraciste. L’ordre établi est totalement contesté en 2005. Mais pas seulement, car un mouvement se passe dans le Peuple : politisation, éducation populaire, implication, action… Eric Coquerel montre que « dans l’idée de l’insoumission, il y a deux niveaux : s’insoumettre et pouvoir gagner. C’est ce qui marque en 2005. Il ne s’agit pas seulement de dire NON, mais de construire ».

3) La plus grande fierté de ces 10 ans

Pour Jean-Luc Mélenchon, montrant les animateurs du mouvement insoumis, ce sont « eux, les éléments les plus brillants d’une génération, les plus combatifs. Ils ont trouvé leur place, construit une organisation de masse, assumé des fonctions absolument inouïes auxquelles ils n’étaient pas préparés. Mathilde ne se voyait pas en classe de Terminale, bientôt plus jeune présidente d’un groupe parlementaire que n’a jamais eu l’Assemblée nationale ».

Le fondateur de La France insoumise pose la question : « Connaît-on une autre organisation dont une personne quelconque peut citer 4 ou 5 noms d’animateurs ? ». En réalité, 10 à 15 noms sont connus de toutes les Françaises et de tous les Français.

Mathilde Panot, Manuel Bompard, Clémence Guetté, Eric Coquerel, Nadège Abomangoli, Louis Boyard, Manon Aubry, Antoine Léaument, Aurélie Trouvé, Aly Diouara, Rachel Kéké, Sébastien Delogu, Sophia Chikirou, David Guiraud, Rima Hassan, Hadrien Clouet, Danièle Obono, Thomas Portes… La relève est assurée.

4) « Une vitamine dans la République »

« Imaginez la vie en France sans LFI. Avec Macron, Le Pen, c’est terrible. LFI est une vitamine dans la République », se réjouit Jean-Luc Mélenchon. En effet, les questions de l’islam, des immigrés et des quartiers populaires sont utilisées par les puissants pour diviser le Peuple. Cette dynamique se poursuit depuis 10 ans : de la déchéance de nationalité proposée par François Hollande aux seconds tours de Marine Le Pen en 2017 et 2022, en passant par le système Bolloré dans le paysage médiatique.

Ces 10 années de haine culminent en 2024 avec la victoire de Jordan Bardella aux Européennes, les législatives anticipées avec une campagne violente, et le déni de démocratie en nommant un ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau s’exclamant « A bas le voile ! ». Toutes ces séquences coïncident avec une progression fulgurante du mouvement insoumis, affirmant le refus de la haine de l’autre et la volonté d’union populaire.

Le signal se manifeste même dans l’Europe entière, voire le Monde selon Eric Coquerel : « La gauche de rupture a été sauvée. L’objectif était de passer devant le PS. Il s’agissait toujours de se positionner par rapport à une force dont on savait qu’elle n’agirait pas. Cela a disparu. Désormais, il est possible de se retrouver au second tour et donc de gouverner. C’est en Europe qu’il n’existe pas d’autres exemples ».

Les militants insoumis se retrouvent comme des poissons dans l’eau avec les milieux populaires. Mathilde Panot précise que « la plus grande fierté, c’est le retour du grand nombre, retrouver le goût de la politique. Il faut observer les salles maintenant : les gens reconnaissent une représentation politique. Et d’ailleurs, ils sont traités comme eux à la fin. Cela concerne les quartiers populaires, les pauvres, les Outre-Mer ».

L’objectif affiché : « rendre visible les invisibles selon Eric Coquerel. Les universités d’été de 2017 représentaient la classe moyenne. Aujourd’hui, les meetings renouent avec la fierté du PCF en 1936, lorsqu’ils faisaient entrer des ouvriers pour la première fois à l’Assemblée ».

5) Les victoires des Insoumis

Dans l’émission, les animateurs du mouvement insoumis se sont remémoré les plus grandes victoires. Il est montré dès à présent la capacité à former des majorités, à obtenir des avancées pour les classes populaires et donc à gouverner en 2027.

Par exemple, lorsque la proposition de loi de Mathilde Panot d’inscrire l’interruption volontaire de grossesse dans la Constitution s’est concrétisée le 8 mars 2024. Ou encore lorsque Younous Omarjee a obtenu du Parlement européen la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’Humanité. Plus récemment, le vote en faveur de la nationalisation d’ArcelorMittal constituait une grande victoire pour le monde ouvrier. Il s’agissait de la première nationalisation depuis 1982.

6) La Constituante est-elle toujours centrale dans le programme ?

« C’est un point central dans le programme », explique Jean‑Luc Mélenchon. Il s’agit de changer la logique de la Ve République. Ce régime correspondait à un moment de l’histoire, inventé pour constituer un pouvoir central fort afin de résoudre des problèmes considérables pour le pays, notamment la fin de la Guerre d’Algérie et la reconnaissance de la victoire des indépendantistes algériens et de la Nation algérienne.

Très rapidement, les Français vont changer : exode rural, immigrations post-coloniales, scolarisation massive, féminisation de l’emploi…

Il faut changer dans le sens d’une ouverture démocratique des institutions de la République, dans le sens classique des choses. En somme, il s’agit de faciliter l’intervention permanente des masses. « La réponse est venue de la lutte : le RIC et le référendum révocatoire, issus du mouvement des Gilets jaunes ».

Mais il existe aussi un caractère révolutionnaire de la méthode insoumise : « La révolution citoyenne est une révolution par les urnes ». « Un pari historique a été fait : par la démocratie, telle qu’elle est au moment où le combat s’engage ».

Le peuple redéfinit toutes les règles du jeu et les principes sur lesquels fonctionne la société. C’est pourquoi la Constituante n’est pas un élément au milieu du programme pour être moderne, mais le cœur de la stratégie. Le peuple s’empare de la définition des règles du jeu et en faisant cela, il se définit lui-même. C’est le point le plus important qui distingue le mouvement dans la mouvance large de la gauche. Il ne s’agit pas d’une avant-garde qui injecte de la conscience. Le mouvement n’intervient pas pour récupérer les luttes, mais pour être reconnu par elles.

7) La publication d’une brochure « Comment faire ? » pour décrire la forme du mouvement Insoumis

Qu’est-ce que signifie appartenir au mouvement insoumis ? Pour Mathilde Panot, c’est très large. « Avant la campagne de Jean‑Luc Mélenchon, l’engagement politique et associatif pouvait se rejoindre dans La France insoumise. L’idée est de reconnaître comme militant non seulement les personnes importantes dans la construction du mouvement, mais aussi celles qui interviennent dans la vie quotidienne : dénoncer le racisme, organiser des collectes de fournitures scolaires et alimentaires. Il existe de multiples formes de militantisme insoumis ».

Cette définition plurielle du militant correspond à la forme attribuée au mouvement. Selon Jean‑Luc Mélenchon, « un mouvement est créé pour être l’expression du mouvement social. Lors de l’élaboration du programme, un travail permanent de rencontre avec les gens a été réalisé. C’est pourquoi le programme rassemble, il constitue le cœur du sujet. Il est remis à jour tous les ans et demi, avec des modifications validées par l’Assemblée nationale ».

Pour décrire l’organisation interne, la démocratie interne est systématiquement évoquée. Certains détails sont essentiels : « Le niveau parlementaire et le niveau coordination des espaces discutent continuellement. À la différence des autres, les débats ne deviennent pas des enjeux de bataille personnelle et se poursuivent tant qu’un accord n’est pas trouvé ». Le fondateur du mouvement pose la question : « Quelle organisation consulte tous ses animateurs de groupe une fois par mois ? La nôtre. Personne d’autre. ».

À l’occasion de cet AllôMélenchon et des 10 ans de La France insoumise, Jean‑Luc Mélenchon, Mathilde Panot, Manuel Bompard et Clémence Guetté ont annoncé la publication d’une brochure « Comment faire ? ». L’objectif est de proposer une réflexion sur l’architecture du mouvement : « Cette brochure collective décrit la forme du mouvement Insoumis, son mode d’organisation, ses pratiques. Elle analyse comment il s’insère dans le processus historique populaire spécifique de notre époque et dans la réalité du capitalisme contemporain ». (LIEN)

8) Les municipales

L’actualité du moment concerne également la campagne pour les élections municipales. C’est un fait inédit et une étape cruciale de l’histoire de La France insoumise ! Le mouvement sera présent dans plus de 500 communes, dans toutes les villes de plus de 100 000 habitants, dans plus de 80 % des communes de plus de 30 000 habitants, jusqu’aux plus petits villages. De nombreux candidat·es sont déterminé·es à défendre localement le programme de l’Avenir en commun.

La multiplication des meetings de lancement de campagne suscite un engouement populaire : Aubervilliers, Creil, Roubaix, Villeneuve d’Ascq, Paris, Toulouse, Lyon, Castres, Rennes, Nantes, Metz…

Le coordinateur du mouvement insoumis précise : « ce qui est remarquable dans les réunions publiques de la campagne municipale, c’est aussi le travail du maillage du mouvement. Dans chaque réunion publique, 10, 20 ou 30 personnes laissent leurs coordonnées et rejoignent le groupe. L’élection municipale constitue également un moment de grande préparation de la bataille présidentielle et législative ».

9) Combattre la stratégie de diabolisation

Sophia Chikirou se souvient : « En analysant l’évolution des 10 années et le traitement médiatique en 2016 avant les résultats du second tour, un basculement est survenu. Lorsque le score a atteint 20 % et largement devant le PS, la volonté de diaboliser le mouvement a augmenté ».

Jean‑Luc Mélenchon observe une tentative globale de discréditation du bloc populaire à l’échelle mondiale : « Une stratégie politique inclut le mouvement insoumis comme composante : il faut diaboliser pour dédiaboliser le RN et faciliter un arc républicain. Leur objectif n’est pas de comprendre qui nous sommes réellement, mais de faire converger des gens défendant l’ordre établi ».

Sophia Chikirou souligne une « attitude de la gauche soc-dem et bien-pensante qui considère que seule une partie des insoumis est visée : en réalité, tous les syndicalistes, écologistes et personnes mobilisées contre le rouleau compresseur de l’idéologie fasciste sont concernés ».

Pour Manuel Bompard, « aucune illusion ne doit être faite sur l’idée d’instances neutres capables de rétablir l’honneur. Cela conduit à l’inaction ; il est préférable de participer à la riposte ». Il cite l’exemple de Raphaël Enthoven qui avait traité le mouvement de « passionnément antisémite », sans qu’aucune procédure judiciaire n’apporte de réparation.

10) Toutes et tous à Perpignan ce 28 février !

« Une invitation a été lancée à Perpignan », raconte Jean‑Luc Mélenchon. « La ville est dirigée par un maire d’extrême droite. Une grande salle avait été louée. Bardella, voulant faire le malin, a réservé une salle le même jour et à la même heure ».

Manuel Bompard appelle à la riposte : « Un défi est lancé. La réponse consiste à le relever. La plus grande salle a été réservée. Il est nécessaire que tout le monde bloque son week-end ».

Si un beau meeting se profile, il s’agit surtout d’un moment politique majeur. Avec ce duel Jean‑Luc Mélenchon / Jordan Bardella, l’affrontement pour la campagne présidentielle se prépare. Comme le fondateur du mouvement insoumis le disait dès 2012, « à la fin, cela se jouera entre eux et le mouvement ». La participation à ce rapport de force est attendue le 28 février à Perpignan.

Par Lilian Davy


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