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Alors que les Insoumis s’engagent partout dans le pays dans les élections municipales, pour faire élire des élus et un programme de rupture dans des mairies, l’ambiance au Rassemblement national (RN) n’est pas à la fête. Depuis 2024, les cadres lepénistes s’escriment à faire passer dans les médias leur récit de « nettoyage » interne des « brebis galeuses », ces candidats épinglés pour leurs propos et actes racistes, homophobes, antisémites… Voilà l’extrême droite obligée de faire semblant d’en avoir quelque chose à faire, dans sa logique de respectabilité !
Et parfois, quand le racisme d’un candidat est trop flagrant, le RN fait mine de lui retirer son soutien : à Carpentras, Belfort, Nancy, Vernon, etc., le parti n’a pas/plus de tête de liste annoncée. Faute de candidat crédible, ou à cause d’ambitions personnelles tuées dans l’œuf par des révélations médiatiques. Pourtant, le parti ne semble pas se séparer définitivement de ces « brebis galeuses », il les cache simplement sous le tapis. Mais à force, le tapis sera trop petit pour cacher le troupeau de racistes investis et/ou présents au RN. Notre article.
De l’aveu même de membres du Rassemblement national, si « l’affaire » du candidat lepéniste de Carpentras n’avait pas éclaté, d’autres candidats racistes seraient toujours en place. Tout part d’un article de Libération, qui révèle des tweets racistes, sexistes et homophobes de Christian Richaud Simoni, tête de liste RN à Carpentras (Vaucluse). En 2017 notamment, le candidat lepéniste compare la députée LFI Danièle Obono à un singe, Omar Sy y est désigné comme « éleveur de chèvres », et l’équipe de France de football est assimilée à « des chèvres et des chameaux ».
24 heures après la publication de Libération, le RN désinvestissait son candidat, et le parti assure avoir convoqué Simoni devant ses instances internes, sans plus de détails. Doit-on comprendre que le parti n’exclut pas d’office un membre dont il reconnaît lui-même les propos racistes ? Surtout pas de vagues, la poussière est de nouveau mise sous le tapis, jusqu’à ce que le bruit médiatique retombe.
Le RN de Belfort (Territoire de Belfort) devrait, en plus de sa tête de liste, renouveler son équipe de veille médiatique. Car c’est bien dès 2024 que Mediapart a épinglé les propos de Quentin Macullo, éphémère candidat RN à la mairie de Belfort. En cause, un tweet de 2022 se plaignant du nombre jugé trop important de prénoms donnés à la naissance « à consonances étrangères » ou « d’origine hébraïque » au dernier recensement. « Du remplacement pur et dur » avait-il alors conclu, en référence à la théorie raciste et complotiste du « Grand Remplacement ».
Pour ces propos xénophobes et antisémites tenus en 2022, ainsi que d’autres tenus contre la « gangrène » des drag-shows, Quentin Macullo et son député-employeur Guillaume Bigot avaient déjà été interrogés par Mediapart en décembre 2024. Soit un an avant la désignation de l’assistant parlementaire, par ailleurs cadre de la Cocarde étudiante et du RN Jeunes, comme tête de liste municipale : le Rassemblement nationall l’a investi candidat en pleine connaissance decauses.
Et pourtant il a suffi d’un nouvel article de Mediapart en décembre 2025, rappelant les propos de Quentin Macullo. La presse locale s’empare de l’affaire les jours suivants, puis… silence radio au RN belfortain. Plusieurs semaines d’un silence gênant passent. Interrogé sur France Info, le vice-président du parti Jean-Philippe Tanguy a défendu son candidat le 27 janvier : « ce n’est pas un message raciste ou antisémite » qui est véhiculé par la publication de Macullo, plaide-t-il.
Quelques jours après, le 7 février, le même J.-P. Tanguy tenait, avec le député Guillaume Bigot, une réunion publique à Belfort. Le hic : Quentin Macullo, pourtant annoncé parmi les intervenants, n’est même pas présent. Aucune image n’est diffusée par le RN, et la conférence de presse des députés est annulée. Et pour cause : Macullo n’est plus tête de liste depuis quelques heures. Au Rassemblementnationall, on assure que « c’est sa décision » , mais, d’après ICI Belfort, « la décision a été prise la veille vendredi [6 février] par le bureau exécutif du parti autour de Jordan Bardella ». Panique à bord !
Le RN tente de faire croire à un nettoyage en bonne et due forme. Deux éléments contredisent pourtant cette version. D’abord, Quentin Macullo demeure assistant parlementaire de Guillaume Bigot, et responsable des jeunes lepénistes du département : les articles de presse ne mentionnent aucune sanction immédiate ou à venir. Ensuite, confie un haut-gradé du parti dans la région : « S’il n’y avait pas eu Carpentras, Quentin Macullo aurait sans doute pris un carton jaune. Mais là, c’est le carton rouge direct ». Autrement dit, qu’importe au RN si on investit des candidats racistes, xénophobes et antisémites, on les garde pourvu que cela ne se voie pas trop.
La Cocarde, le syndicat étudiant de Macullo, assume son racisme, lui. Dans un tweet, l’organisation apporte « un soutien total à [son] ami et ancien cadre », en omettant le sous-entendu antisémite de la publication de Macullo de 2022. Ainsi le principal foyer de recrutement d’apprentis politiciens (mais racistes confirmés) du RN dénonce frontalement une décision de la maison mère, quelques jours seulement après les élections CROUS, où nombre d’élus RN avaient apporté leur soutien à la Cocarde. Le groupe vit bien…
Au RN à Vernon (Eure), ville de Sébastien Lecornu, l’incompétence s’allie à la malhonnêteté. L’ex-tête de liste lepéniste a en effet avoué avoir utilisé des « documents frauduleux » pour attester de son inscription sur les listes électorales de la commune… sauf que le document, une attestation d’assurance, est un faux !
Le document fourni par son assurance a en effet été retouché par le candidat. Franck Pralong retire donc sa candidature, mais est également visé par deux plaintes, déposées par la commune de Vernon et sa compagnie d’assurance. Bien que l’ex-candidat plaide l’erreur de bonne foi, une enquête pour faux et usages de faux a été ouverte à son encontre, dans l’attente d’un jugement.
Dans plusieurs villes, des listes lepénistes aux municipales se retrouvent privées de leur n°1. Dans bien des cas, des propos racistes sont la cause officielle du retrait de ces candidats, mais la gestion de ces cas par le parti flaire l’amateurisme. Les versions sur les raisons de tel retrait se contredisent, tout semble fait dans la précipitation… Le RN ne s’attend pas à se voir reprocher les propos racistes de ses membres, ils lui semblent normaux !
À Nancy, le RN ne présentera carrément aucun candidat : « aucun candidat ne correspondait ». Une impression de sauve-qui-peut se dégage du parti lepéniste. Et en lisant entre les lignes, le parti se contente de retirer des investitures à ses « brebis galeuses » (expression trompeuse) : la plupart conservent leurs responsabilités en interne du parti. Un ménage est-il à prévoir après les municipales ? Vu la probabilité de s’aliéner sa base militante, il y a fort à parier que Le Pen et Bardella ne prendront pas le risque.
Par Alexis Poyard
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