Lutte contre le cancer : une priorité, vraiment ?

jeudi 19 février 2026.
 

Dans les colonnes de l’Insoumission, le docteur Christophe Prudhomme effectue quelques rappels sur le sujet des cancers : première cause de mortalité en France, liens inquiétants entre développement des cancers et de certains facteurs environnementaux, le prix exorbitant des nouveaux traitements anticancéreux imposés par les laboratoires et comment les saignées budgétaires font plonger dans le rouge les comptes des instituts nationaux dédiés à la lutte contre cette maladie. Son billet d’humeur de la semaine.

Les cancers, première cause de mortalité en France : les néolibéraux privilégient la finance

Les cancers constituent la première cause de mortalité en France et des indicateurs inquiétants montrent les liens forts entre certains facteurs environnementaux et le développement de ces pathologies. J’avais déjà évoqué la suspicion concernant le lien entre le glyphosate et un des cancers les plus redoutables, qui est celui du pancréas.

Dans ce domaine, la logique actuelle des néolibéraux est de privilégier la finance au détriment de la santé. La question des prix exorbitants des nouveaux anticancéreux imposés par les laboratoires constitue également un risque inquiétant pour la soutenabilité financière de notre système de protection sociale. Là aussi, les dividendes des actionnaires priment et non les patients.

Mais le plus inquiétant aujourd’hui est la situation financière catastrophique des centres de lutte contre le cancer (CLCC). Unicancer, qui est leur représentation institutionnelle, avait déjà alerté début 2025 que plus de la moitié des centres étaient en déficit. Le bilan en ce début 2026 est que tous ont fini l’année 2025 dans le rouge malgré une activité en hausse.

La recherche d’économies tous azimuts qui a présidé à l’élaboration et au vote de la loi de financement de la Sécurité sociale se traduit par une aberration : la baisse de 30 % de l’enveloppe de financement des missions d’enseignement et de recherche. Unicancer pointe aussi les mêmes difficultés de recrutement que les autres établissements hospitaliers, dont les causes sont connues : la faiblesse des salaires et des conditions de travail dégradées du fait des sous-effectifs chroniques.

Quand les saignées budgétaires enfoncent les comptes de l’Institut national du Cancer dans le rouge

À cela s’ajoutent les difficultés de l’Institut national du cancer (INCa), qui est l’opérateur de l’État chargé d’encourager et de favoriser la coordination des acteurs impliqués dans la lutte contre le cancer. Fin 2025, la Cour des comptes a utilisé un euphémisme pour souligner sa situation financière fragile en évoquant les « incertitudes accrues concernant sa trajectoire financière ». La cause est soulignée : il s’agit des économies demandées dans le cadre du redressement des finances publiques. La conséquence est la même que pour les CLCC : ses comptes en 2025 accusent également un résultat négatif.

Ces deux exemples montrent clairement les mensonges des néolibéraux qui nous gouvernent et surtout les conséquences du vote d’une loi de financement de la Sécurité sociale qui s’inscrit dans la logique d’asphyxie financière des services publics. Dans le même temps, l’argent coule à flot pour le grand business de la santé. Je citerai juste un exemple : le principal anticancéreux utilisé en France pour traiter environ 90 000 malades s’appelle le Keytruda®. Son coût peut aller jusqu’à 70 000 euros par patient et par an et a coûté, à lui seul, 2,1 milliards à la Sécurité sociale. Il est produit par la société Merck, dont les bénéfices pour 2025 ont augmenté de 7 % pour atteindre 18,25 milliards de dollars.

Ces informations démontrent que la priorité est bien le capital et non la santé publique. C’est bien cela qu’il faut changer radicalement.

Dr Christophe Prudhomme


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