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En France, le logement social représente 5,3 millions d’habitations dans lesquelles vivent 11 millions de personnes. Cette institution qu’est le logement public est taillée en pièces depuis 2017, avec un bilan rappelé cette semaine encore par la Fondation pour le logement des défavorisés.
Avec ses 35 milliards d’euros de coupes à la tronçonneuse, le budget Macron-Faure va empirer une situation déjà chaotique. Le logement, un sujet que les insoumis comptent prendre à bras le corps, dans les communes qu’ils remporteront lors des élections municipales des 15 et 22 mars prochains.
Mardi 3 février, la Fondation pour le logement des défavorisés (ex-Fondation Abbé-Pierre) a publié son rapport annuel, aux conclusions plus qu’alarmantes. Tous les indicateurs du mal-logement se dégradent. Un million de personnes sont sans domicile personnel, 2,9 millions de ménages en attente d’un logement social, 15 millions de personnes sont touchées par la crise du logement.
Pourtant, 3,1 millions de logements sont vacants en France hors Mayotte, soit 8,2 % du parc de logements. Ce contraste montre que la crise du logement n’est pas seulement un manque d’habitats, mais bien le produit de choix politiques et économiques qui traitent le logement avant tout comme un actif financier. Ce qu’on présente comme une « crise du logement » n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’un système organisé, où la violence institutionnelle se traduit notamment par un record historique de 24 556 expulsions locatives en 2024.
Conçu comme un pilier de la solidarité nationale, le logement social a pour mission d’offrir un logement stable, abordable et de qualité à celles et ceux que le marché privé exclut. Mais ce service public du logement est fragilisé et largement débordé, et ne permet plus de répondre aux besoins de ces ménages.
La demande de logement social n’a jamais été aussi importante avec 2,9 millions de ménages en attente. Or, dans le même temps, les chances d’en obtenir un diminuent : le taux d’attribution d’un logement social a chuté de 13 % entre 2019 et 2023. Les délais d’attente peuvent ainsi prendre des années avant de se voir attribuer un logement, allant même jusqu’à 10 ans en Île-de-France. Ce qui devait être un filet de sécurité est devenu une file d’attente sans fin.
Surtout, obtenir un logement social ne signifie plus toujours sortir de la précarité. Une partie du parc souffre d’un vieillissement important, d’une isolation thermique insuffisante, d’humidité ou de suroccupation. Faute d’investissements suffisants dans la rénovation et l’entretien, certains logements sociaux deviennent à leur tour des lieux de vie dégradés. Le logement social protège encore des loyers du marché privé, mais il ne garantit plus systématiquement des conditions de vie dignes.
La situation du logement social est le résultat de décisions politiques. Depuis 2017, les coupes financières se sont multipliées, comme la hausse de la TVA sur la construction de logements sociaux ou la ponction exercée par l’État sur les organismes HLM. Évidemment, avec moins de budget, le nombre de constructions diminue, alors que la demande ne cesse d’augmenter.
Ce manque d’investissement se double d’inégalités territoriales choisies. La loi SRU impose aux communes un quota minimal de logements sociaux. Les études de la Fondation pour le logement des défavorisés démontrent que les élus volontaristes qui mobilisent les outils à leur disposition parviennent à respecter les quotas. Les difficultés invoquées par certains maires ne sont pas suffisantes.
D’autres profitent de l’existence de plusieurs catégories de logements sociaux pour éviter la production des logements les plus sociaux. C’est le cas des élus socialistes à Paris, où seuls 27 % des logements sociaux produits entre 2001 et 2023 relevaient des catégories les plus sociales, alors que ces logements correspondent à environ 70 % des demandes. Même dans les politiques de solidarité, les inégalités sociales persistent.
Le processus d’attribution d’un logement social s’effectue au sein d’une commission dédiée composée de représentants du bailleur, d’un représentant de la mairie et d’un représentant de l’État. Les critères sont encadrés, en fonction des ressources, de la composition familiale ou de l’urgence sociale.
Mais dans la pratique, le manque de lisibilité des décisions, rarement expliquées aux demandeurs, les systèmes de cotation peu compréhensibles et plusieurs affaires de favoritisme ou de prise illégale d’intérêts nourrissent un profond sentiment d’injustice. Quand l’attente dure des années, l’opacité administrative devient une violence supplémentaire.
Le nombre de personnes en attente d’un logement social, en constante augmentation, pousse de plus en plus de personnes à utiliser des méthodes illégales pour se loger. L’enquête menée par Cemil Şanlı, pour Le Média, a permis de montrer la facilité avec laquelle il était possible, en Île-de-France, moyennant un pot-de-vin, de faire passer son dossier devant les autres. Ces dérives, même minoritaires, minent la confiance dans un système déjà saturé.
Pour ces élections municipales du 15 et 22 mars, la France insoumise se distingue en présentant un projet politique fondé sur le « communalisme insoumis ». Au programme : reprendre le pouvoir sur les rentiers immobiliers, et appliquer une batterie de mesures d’urgence pour répondre aux besoins des habitants. Les élu·es insoumis·es mettront sous contrôle le marché du logement en augmentant la part de logement public, refuseront la privatisation du logement social prévue par la loi ELAN, exerceront le droit de préemption à chaque fois que cela est possible pour développer le logement social, et ils et elles mettront fin au clientélisme dans l’attribution des logements sociaux en transformant le « quota du maire » en quota du conseil municipal.
Par Pablo Eymard-Picollec
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