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À Paris, Marseille ou Montpellier, des cadres et élus écologistes rompent avec leur parti et sa stratégie d’alliance avec le PS, pour rejoindre des listes portées par La France insoumise.
Ambiance bris de verts. Après Montpellier, Marseille, Nantes ou Avignon, plusieurs responsables écologistes s’apprêtent à rompre avec leur parti dans la capitale, en rejoignant la liste de la France insoumise aux élections municipales des 15 et 22 mars prochains.
Jérôme Gleizes et Émile Meunier, tous deux conseillers de Paris, doivent officialiser leur ralliement à Sophia Chikirou ce vendredi 30 janvier, lors de son premier grand meeting de campagne. Comme leurs comparses dissidents ici ou ailleurs, ils critiquent les stratégies d’alliances de leur direction nationale, et de nombreuses déclinaisons locales, avec le PS.
De quoi ravir les troupes mélenchonistes, qui accueillent avec gourmandise (et intérêts), cette première vague de soutiens. En témoignent la réaction de plusieurs cadres sur les réseaux sociaux et l’espace qu’ils laissent à ces écologistes en rupture de ban. À Paris, 20 % des places éligibles sur les listes de la France insoumise pour la mairie centrale et les mairies d’arrondissement leur sont réservées. Plaisir d’offrir, mais pas seulement.
Pour le mouvement de gauche radicale, qui intègre certaines des mesures défendues par les verts à l’occasion de ces ralliements, comme la transformation du périphérique à Paris, il s’agit notamment d’entretenir l’image de force motrice et d’attraction, face au Parti socialiste. Le tout, en essayant d’engranger des points dans la bataille qui opposent les tenants d’une ligne de rupture, pour qui « l’écologie sans lutte des classes, c’est du jardinage », à ceux porteurs d’une ligne plus modérée, visant à attirer au-delà de la gauche radicale.
Plutôt habile, au moment où LFI est accusée de nourrir les divisions, en marge des nombreuses alliances PCF - écologistes - PS, dans la capitale, à Marseille ou à Lyon. Mais ce phénomène, pas encore hémorragique, vient surtout fragiliser Marine Tondelier et ses troupes, en réactivant ce vieux dilemme, presque historique, en leur sein, entre les radicaux et les « réalos. » Illustration avec le texte qui accompagne ce début de fuite, publié sur Mediapart, et intitulé « Municipales 2026 : à la social-écologie, préférons l’écologie de rupture ». Soit, précisément, la vision prônée depuis des années par Jean-Luc Mélenchon.
« La direction nationale du parti Les Écologistes a essentiellement privilégié l’alliance avec le PS, faisant ainsi des Écologistes la béquille d’une social-démocratie qui entend exclure La France insoumise », y dénoncent notamment Jérôme Gleizes, Émile Meunier, ou encore Julia Mignacca (une cadre dissidente à Montpellier), parmi plus de 400 signataires qui se revendiquent écologistes.
À noter que la transhumance vers les terres mélenchonistes ne se fait pas sans quelques reniements. « Ils iront défendre la suppression de la ZFE avec les insoumis », griffe dans L’Opinion le numéro 2 des Écologistes Aïssa Ghalmi, dénonçant « une manœuvre grossière » guidée, à Paris, par les ambitions personnelles. « Des nouvelles de l’écologie de rupture », renchérit sur son compte X l’eurodéputé vert David Cormand, en partageant une déclaration récente de Jean-Luc Mélenchon, qui souhaite « ramener la Russie dans le concert européen » et remettre en route les gazoducs Nord Stream. Soit l’inverse de ce que proposent les écolos sur le plan géopolitique comme sur les énergies fossiles.
Dans ce contexte, les soutiens de Marine Tondelier accusent à demi-mot son partenaire à gauche de téléguider ces mouvements. Ce que réfute le coordinateur Manuel Bompard dans un message sur les réseaux sociaux ce vendredi après-midi. « La France insoumise ne manipule personne et n’agit pas autrement que par une démarche de conviction basée sur des engagements politiques clairs », écrit-il, en rappelant avoir prôné en vain, un accord national avec les écologistes pour ces scrutins.
Quoi qu’il en soit, ces ralliements représentent un vrai désaveu pour la patronne des verts, laquelle essaie de gommer ou d’apaiser cette fracture interne tenace depuis son arrivée à la tête du parti. Concrètement, ils viennent souligner les ambiguïtés de sa stratégie qui consiste à mettre à même distance le PS et LFI, sans se couper de l’un comme de l’autre, quitte à multiplier les contradictions, sur les votes du budget (proches des insoumis), ou les alliances aux élections (avec le Parti socialiste).
La nordiste a en tout cas décidé de répliquer, en réunissant la direction du mouvement jeudi après-midi. Selon Politico, elle a donné 72 heures aux militants et élus qui soutiennent la tribune critique pour retirer leurs signatures. Sans quoi, ils seront suspendus des écologistes et ne pourront pas se présenter aux municipales sous ces couleurs.
Suffisant pour calmer la fronde ? Rien n’est moins sûr. Pour l’instant, les principaux dissidents locaux, mais également la sénatrice Raymonde Poncet-Monge, maintiennent leurs appuis à ce texte. Gageons, surtout, que ces questions d’alliance et de « débauchage » se poseront avec encore plus d’acuité à mesure que la présidentielle se rapproche.
Anthony Berthelier
• Le Huffpost. 30/01/2026 13:55 Actualisé le 30/01/2026 15:18 :
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