Le directeur de l’information de CNews condamné pour des violences sur ses trois enfants

vendredi 6 février 2026.
 

Le patron de l’information de CNews, Thomas Bauder, a été condamné en décembre 2025 à quatre mois de prison avec sursis pour avoir commis des violences sur ses enfants entre 2017 et 2023. Il a fait appel. Dans le même temps, à l’antenne, les violences éducatives ordinaires sont régulièrement relativisées, sinon encouragées.

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« Je vais être un peu rétrograde » , prévient d’emblée Louis de Raguenel, rédacteur en chef d’Europe 1 et père de quatre enfants, « gêné » par cette décision. « Évidemment qu’il ne faut pas battre ses enfants », poursuit-il, avant d’expliquer qu’il fait « une différence énorme entre donner une gifle ou donner une tape sur la main ou donner une fessée sur les fesses d’un enfant » : « Je suis désolé mais parfois, Pascal, je vais peut-être vous choquer, vous indigner, eh bien, il n’y pas d’autre sanction qui permette à un enfant de comprendre son erreur. »

« Plutôt d’accord » avec la décision de la Cour de cassation, la chroniqueuse Élisabeth Lévy nuance tout de même à son tour et se demande « jusqu’à quel point l’État doit intervenir dans l’éducation que donnent les parents ». « Un jour on vous dira qu’envoyer un enfant dans sa chambre parce qu’il a été insolent c’est une violence, une humiliation, s’inquiète-t-elle. L’humiliation, ça fait peut-être partie un peu de l’éducation, parfois. » « L’enfant peut être monstrueux », acquiesce le journaliste Joseph Macé-Scaron avant de laisser l’avocat Gilles-William Goldnadel dénoncer le « conformisme » de Pascal Praud. Devant un plateau hilare, ce chroniqueur avoue même avoir commis des violences sur ses enfants : « Je me vois bien avoir donné une bonne claque dans les fesses s’il a fait une connerie. Ça, j’ai dû faire, mais c’est prescrit, hein les enfants. »

Les téléspectateurs de CNews ne sauront pas en revanche que ce débat résonne avec la situation du directeur de l’information de la chaîne. Le 9 décembre 2025, Thomas Bauder a été, selon nos informations, condamné par le tribunal correctionnel de Paris à quatre mois de prison avec sursis pour avoir commis des violences sur ses enfants (sans entraîner d’incapacité) et avoir tenu des propos « blessants » à leur égard entre 2017 et 2023.

Sollicité par Mediapart, le numéro deux de la chaîne en poste depuis 2016 n’a pas souhaité livrer davantage d’explications. « J’ai effectivement fait appel du jugement m’ayant condamné pour les faits que vous évoquez – que je conteste absolument – et bénéficie dès lors de la présomption d’innocence », répond-il seulement.

Des gifles, des insultes et des douches froides

Thomas Bauder est séparé de son ex-compagne depuis 2016, mais elle a porté plainte en 2023 après avoir reçu les confidences de ses trois enfants, de retour d’un séjour chez leur père. Interrogée par la police, elle explique que son ex-mari « leur donne des douches froides, les gifle, les insulte et les rabaisse régulièrement ». À partir de cette date, elle refuse de remettre ses enfants à son ex-compagnon lorsqu’il en a la garde et entame une bataille judiciaire.

Pendant la procédure et lors de l’audience, le patron de l’information de CNews affirme « ne pas être violent » mais reconnaît avoir giflé l’une de ses filles et lui avoir dit un jour : « Je veux que tu disparaisses de ma vie. » Il reconnaît aussi avoir donné des douches froides à son fils pour le calmer quand il « était très agité et difficilement gérable », mais assure que c’était à l’initiative de sa compagne.

Selon le jugement consulté par Mediapart, les trois enfants ont détaillé les violences qu’ils reprochaient à Thomas Bauder, devant les enquêteurs mais aussi lors de l’audience publique qui s’est tenue le 10 septembre 2025. « Lors de son audition devant le tribunal, Jérémy* [13 ans] maintiendra avoir subi de manière régulière des violences physiques et verbales de la part de son père, peut-on lire dans la décision. Il expliquera qu’à la moindre bêtise il était rabaissé, qu’il pouvait être insulté de “sale con” ou d’“enculé”, qu’il recevait régulièrement des gifles au visage et qu’il avait aussi subi des douches froides du temps de la vie commune. Il expliquera avoir également reçu des coups de pied dans le ventre. »

À la barre du tribunal, Sophie*, 10 ans, « expliquera qu’elle et ses frère et sœur recevaient très régulièrement des gifles de la part de leur père, à chaque fois qu’ils allaient à son domicile ». « Elle expliquera également que son père les insultait et leur rappelait tout le temps qu’il aurait aimé qu’ils ne soient pas là. » Au procès, Sarah*, 7 ans, livrera un témoignage similaire, « expliquant que son papa la frappait et l’insultait et la rabaissait ».

Thomas Bauder maintiendra « ne jamais avoir martyrisé ni violenté ses enfants », relate le jugement. « Il reconnaîtra avoir pu leur donner ponctuellement des gifles de manière réactionnelle, mais niera tout autre acte de violence physique à leur égard ; il reconnaîtra également avoir une grosse voix, être impressionnant mais aussi avoir pu tenir des propos parfois blessants à leur égard. »

Le tribunal condamne Thomas Bauder à quatre mois de prison avec sursis et à payer la somme de 1 euro symbolique à chacun·e de ses enfants « en réparation » de leur « préjudice moral » pour les violences commises. Dans sa décision, le tribunal précise toutefois avoir pris en compte son casier vierge et « le conflit de loyauté dans lequel la fratrie est prise », et ne juge pas nécessaire de lui retirer l’autorité parentale. Les éléments recueillis tout au long de la procédure établissent que les enfants ne sont pas en situation de danger caractérisé.

En parallèle de cette procédure pénale, deux autres ont aussi été lancées : une devant le juge des enfants, et une devant le juge aux affaires familiales pour trancher notamment les droits de visite et d’hébergement des deux parents. Thomas Bauder a par ailleurs porté plainte pour non-représentation d’enfants, la mère ayant refusé à plusieurs reprises de les lui confier après son dépôt de plainte pour violences.

En 2024, une décision du juge aux affaires familiales a ainsi contraint provisoirement Thomas Bauder à exercer son droit de visite de façon médiatisée (en présence de professionnel·les), dans les « locaux d’un espace rencontre », une fois par mois seulement. Puis le 21 janvier, un nouveau jugement a assoupli les règles relatives à Jérémy, mais maintenu des visites médiatisées s’agissant des deux filles (pour six mois renouvelables).

Sur CNews, les violences éducatives régulièrement minimisées

Thomas Bauder a-t-il informé sa hiérarchie de cette condamnation ? Patron de l’information, c’est lui qui décide chaque jour de ce qui sera ou pas traité à l’antenne. Interrogé lors d’une commission d’enquête sur l’attribution des chaînes TNT, il avait d’ailleurs décrit sa place comme centrale dans le dispositif. C’est notamment lui qui « préside » et « anime » la conférence de rédaction et qui, chaque jour, « donne les grands thèmes des différentes tranches ». Quel rôle joue-t-il lorsqu’il s’agit de traiter les violences éducatives à l’antenne et a-t-il envisagé de se déporter depuis qu’il a été condamné ? « Cette affaire est sans aucun lien avec les fonctions que j’occupe et n’exerce aucune influence sur le traitement de l’actualité au sein de la chaîne », rétorque Thomas Bauder. Contacté, le directeur général de CNews, Serge Nedjar, n’a pas donné suite.

Moi je vais vous dire, j’ai mon gamin qui fait ça, ce n’est pas deux claques mais quatre claques que je lui mets.

Naïma M’Faddel, chroniqueuse de CNews, à propos de l’éducation des enfants

Sur la chaîne en tout cas, dès qu’elles sont traitées, les violences éducatives, pourtant interdites par la loi, sont systématiquement relativisées. En janvier 2024, par exemple, la chaîne débattait déjà du « droit de correction », retenu par la cour d’appel de Metz pour relaxer un policier jugé pour des violences sur ses fils. À l’exception d’une avocate qui s’insurge de cette décision de justice, les chroniqueurs de CNews minimisent encore et revendiquent le droit de pouvoir frapper des enfants.

« Est-ce qu’on peut encore imaginer aujourd’hui qu’une fessée de temps en temps ça remettrait les idées en place à certains enfants ? », interroge le présentateur Julien Pasquet. « Il y a des générations de gens, et peut-être autour de cette table, qui ont connu la claque, la fessée ; c’est pas pour autant qu’on a fini en hôpital psychiatrique », ajoute-t-il. « On a tellement parlé de violences éducatives qu’on a complètement tétanisé les parents, enchaîne Gabrielle Cluzel, journaliste pour le site d’extrême droite Boulevard Voltaire. Le mot “correction”, c’est pas un gros mot. »

En juillet 2023, aussi, pendant les révoltes urbaines qui ont eu lieu après la mort de Nahel Merzouk, tué par un policier, la chaîne se penche sur des propos tenus par le préfet de l’Hérault : « Je sais qu’en 2019, le Parlement a interdit la fessée, avait lancé Hugues Moutouh à une journaliste de France Bleu. Mais très franchement, de vous à moi, si demain vous attrapez votre gamin qui descend dans la rue pour brûler des véhicules de police ou aller caillasser des pompiers ou piller des magasins, la méthode c’est quoi ? C’est deux claques et au lit ! » La sortie d’un préfet qui recommande aux parents de frapper leurs enfants suscite une vive controverse en France. Pas sur CNews.

« Ce qu’il a dit, c’est plein de bon sens », défend alors Pascal Praud. « Moi je pense qu’il n’a pas tort », embraie Jean-Marc Morandini. Sur le plateau de Sonia Mabrouk, un général salue ce « préfet courageux » d’avoir exprimé « du bon sens premier », et le plateau tout entier moque cette polémique. « Moi je vais vous dire, j’ai mon gamin qui fait ça, ce n’est pas deux claques mais quatre claques que je lui mets », renchérit l’essayiste Naïma M’Faddel. « Du bon sens, oui », conclut l’animateur du soir, Olivier Benkemoun.

Avant la loi antifessée (promulguée en 2019), CNews donnait déjà un aperçu de sa ligne éditoriale sur la question. Dans un sujet qui annonçait le texte visant à punir les châtiments corporels sur les enfants, un micro-trottoir était diffusé pour connaître l’opinion des Français·es. Mais la chaîne n’avait retenu que des témoignages opposés à cette interdiction. Exemple : « Une fessée au bon moment, ça ne fait de mal à personne. »

Mathilde Mathieu et David Perrotin


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