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CHILI. Je dois dire ici mon amertume au vu du résultat de l’élection présidentielle au Chili. L’extrême droite des héritiers politiques du dictateur Pinochet a fait élire régulièrement son candidat à la présidence du pays. Comment en est-on arrivé là ? J’aurais à dire. Le moment venu, on fera le bilan de « l’esprit d’apaisement » des forces politiques rassemblées dans une union du centre droit démocrate chrétien et du centre gauche PS nommée « concertation ». Puis celui d’une « gauche alternative » vivant de la peur commune des fascistes et tétanisée par eux. Cette prudente « gauche alternative » amie des compromis et autres balivernes démoralisantes et désorganisantes. Dans le moment ma peine éclate en silence dans mon esprit.
Pinochet est mort dans son lit. Sa junte a duré de 1973 à 1990, avec un bilan effroyable. Cela signifie officiellement près de 38 000 personnes torturées, plus de 3 200 disparues et assassinées. Et plus de deux cent mille personnes contraintes à l’exil dans le monde entier. Pendant dix-sept ans, l’opposition, les peuples autochtones et les mouvements syndicaux ont été surveillés au plus près et sauvagement réprimés au moindre mouvement. Évidemment, les partis politiques de gauche ont tous été interdits. Et avec l’aide d’économistes envoyés par les Etats-Unis, Pinochet fait du Chili le laboratoire où ont été testées pour la première fois la panoplie des recettes du néolibéralisme. Et maintenant, ses partisans gagnent l’élection présidentielle à la loyale. Ils gagnent cette élection menée dans le cadre de la Constitution que Pinochet avait imposée et que les gauches ont été incapables de changer en trente ans.
Ombres des amis qui ont péri sous les coups, les tortures, les exécutions, visages qui sourient dans nos mémoires de luttes en commun, êtes-vous morts pour rien ? Et même pour moins que rien, quand rien ne change et que cela se paye du déshonneur d’une telle défaite ? Demain j’aurai moins mal, c’est certain. Mais cette défaite est plus grave qu’un événement politique. Un monde vacille en moi. Je ne pourrai jamais oublier. Ni le crime initial, ni les morts, ni les vivants coupables de cet abaissement.
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