« Historock », enquête sur une incursion culturelle de l’extrême droite française

dimanche 21 décembre 2025.
 

Alertée par le Syndicat des Travailleurs de la Culture et du Spectacle (STUCS) sur la programmation du concert Historock à destination des groupes scolaires le 18 décembre prochain, Annabelle Huet, conseillère municipale d’opposition (LFI) à Montrouge, a publié dès le 28 novembre un communiqué de presse à destination du corps enseignant et des habitants de la ville, demandant l’annulation du spectacle. « Il est de notre rôle en tant qu’élus insoumis de combattre pied à pied la présence et la diffusion des idées de l’extrême droite », nous répond-elle lorsque nous la contactons. Et ce n’est pas la première fois que le show de Dimitri Casali crée une levée de boucliers de la part du corps enseignant, des fédérations de parents d’élèves et des élus d’opposition. Déjà joué dans 40 communes dirigées majoritairement par des maires très à droite sur l’échiquier politique, le spectacle avait déjà suscité l’indignation du syndicat SUD Éducation dans le Loiret lors de sa programmation à Orléans à l’occasion des fêtes Jeanne d’Arc en avril dernier.

Historock a donc été commandé pour un montant de 10 000 euros par la Caisse des Écoles de Montrouge, un établissement public local composé d’une partie de la majorité et du maire Étienne Lengereau (UDI), d’un représentant de l’inspection académique ainsi que de 11 membres souscripteurs. À la suite du communiqué publié sur les réseaux sociaux par Annabelle Huet et diffusé largement dans les boucles internes des parents d’élèves et des enseignants de la ville, la Caisse des Écoles annonce finalement annuler le spectacle ; « ce rôle des élus insoumis, comme facilitateurs et relais du mouvement social, est essentiel ».

Dans une lettre du 5 décembre signée par Marie Colavita, vice-présidente de la CDE et adjointe en charge de l’Éducation, la mairie précise : « le spectacle ne présente, selon nous, aucun contenu problématique. […] Au vu de l’absence certaine de public […] le spectacle n’a pas d’intérêt à être maintenu et soyez assurés que nous le regrettons. ».

Une première donc pour Historock, souvent contesté mais jamais annulé jusque-là. « Je ne crois pas que les élus de la majorité à Montrouge soient d’extrême droite. Le choix de ce spectacle est à mon avis le résultat de plusieurs choses : un manque de vigilance probablement dû à un manque de formation aux mécanismes et aux méthodes de l’extrême droite ; un refus de politiser certains sujets pour ne pas apparaître comme trop clivants auprès de leur électorat et donc un refus de penser ; enfin, de ces deux constats découle une fragilité et une susceptibilité particulière aux méthodes sournoises et aux éléments de langage de l’extrême droite », nous explique l’élue insoumise lorsque nous lui demandons pourquoi la Caisse des Écoles a validé un tel projet au départ.

De son côté, Dimitri Casali dénonce sur ses réseaux sociaux : « Les élus d’extrême gauche, LFI, PS, écologistes du conseil municipal de Montrouge et Sud Éducation ont fait interdire notre spectacle Historock […] au prétexte qu’il serait réactionnaire et facho car nous commençons par les cathédrales, Saint Louis et Jeanne d’Arc ». Pourtant, les raisons invoquées par les élus d’opposition, les syndicats et les fédérations de parents d’élèves semblent bien différentes. Retour sur les incursions de l’extrême droite française dans le milieu de la culture, avec des révélations exclusives de L’Insoumission.


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