Le maire LR de Tarbes à son tour destitué après sa condamnation

vendredi 19 décembre 2025.
 

Favoritisme, prise illégale d’intérêts, marchés publics truqués : la justice a tranché. Après plus de dix ans de bataille judiciaire, Gérard Trémège est condamné. Le vieux baron local de la droite quitte la mairie par la petite porte.

Une condamnation historique après plus de dix ans de procédure

Lundi 8 décembre 2025, le tribunal judiciaire de Pau a reconnu coupable Gérard Trémège, maire Les Républicains de Tarbes, de favoritisme et de prise illégale d’intérêts dans l’attribution de plusieurs marchés publics municipaux entre 2009 et 2012. À 81 ans, l’édile, pilier de la droite locale depuis quatre décennies, est contraint d’abandonner son écharpe.

L’homme cumulait les mandats depuis 1985 : conseiller général, député, conseiller régional, maire, président de la communauté d’agglomération. Une carrière politique tentaculaire, désormais plombée par une condamnation pénale lourde.

Le tribunal l’a condamné à deux ans de prison avec sursis, 75 000 euros d’amende, ainsi qu’à une peine complémentaire de deux ans d’inéligibilité avec exécution provisoire. Cette dernière s’applique immédiatement, même en cas d’appel. Une sanction qui provoque depuis plusieurs mois l’ire des élus de droite et d’extrême droite… mais que la justice applique ici sans trembler.

Vingt-quatre ans de pouvoir interrompus brutalement

Une semaine à peine après la destitution du maire de Saint-Étienne, Gaël Perdriau, c’est donc au tour de Gérard Trémège d’être poussé vers la sortie. Après vingt-quatre ans et huit mois à la tête de la municipalité, il ne pourra pas terminer son dernier mandat, qui devait s’achever en mars prochain. Le tribunal correctionnel de Pau a jugé l’élu coupable dans la majorité des dossiers examinés concernant l’attribution des marchés publics de la ville, mais aussi dans la cession de biens municipaux à des prix inférieurs au marché.

Le parquet avait requis des peines encore plus sévères, parlant « d’irrégularités répétées et persistantes » : trois ans de prison, dont un an ferme, 75 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité. Lors du procès, qui s’est tenu sur plusieurs journées, Gérard Trémège comparaissait aux côtés de neuf autres prévenus, dont son ancien directeur général des services et plusieurs entrepreneurs locaux.

Des ventes « à vil prix » au profit de proches

Parmi les faits reprochés, figure notamment la vente « à vil prix » — c’est-à-dire à des montants largement inférieurs aux estimations domaniales — de bâtiments et de parcelles du quartier de l’Arsenal, à l’époque de sa reconstruction. Ces biens avaient été cédés à des personnalités considérées comme faisant partie de son cercle de proches, dont un architecte impliqué dans plusieurs projets municipaux et un ancien responsable du service voirie. Le tribunal a estimé que ces opérations caractérisaient clairement les délits de favoritisme et de prise illégale d’intérêts.

Un conseil municipal est désormais prévu le 15 décembre afin d’élire le nouveau maire de Tarbes.

« On m’a scié les pattes » : l’amertume d’un élu rattrapé par la justice

Visiblement sonné par la décision, Gérard Trémège a déclaré ne pas envisager, a priori, de faire appel. « Je vais réfléchir, mais je ne vois pas trop l’intérêt aujourd’hui. On m’a scié les pattes, je ne suis plus éligible. Je vais rentrer tranquillement, cultiver mon jardin », a-t-il confié, amer, à la sortie du tribunal. Avant d’ajouter : « Je prends acte d’une décision surprenante. Je quitte la scène de la mairie de Tarbes par la petite porte. » Et de conclure, préoccupé par sa postérité politique : « J’espère que, compte tenu de tout ce que j’ai fait en vingt-cinq ans, les Tarbaises et les Tarbais ne m’oublieront pas. »

Durant toute la procédure, Gérard Trémège n’a cessé de contester les faits. Il a reconnu quelques « erreurs », mais a nié toute intention frauduleuse. Il assurait avoir simplement favorisé « des entreprises du territoire », sans intérêt personnel, et dénonçait un dossier « orchestré » contre lui. Une défense que l’avocat général a méthodiquement démontée lors de son réquisitoire, évoquant non pas un simple enchaînement de maladresses, mais bien « des dysfonctionnements majeurs » dans la gestion municipale. La justice, elle, n’a pas retenu la thèse de l’acharnement politique, estimant au contraire que les infractions étaient caractérisées juridiquement.

Une « grande victoire » pour les agents municipaux et la CGT

Du côté de la CGT des agentes et agents territoriaux de la mairie de Tarbes, reconnue partie civile par le tribunal, la décision est vécue comme une « grande victoire ».

Dans un contexte où la justice est régulièrement attaquée par les puissants dès qu’elle s’attaque à eux, le syndicat estime que ce jugement constitue un signal fort. Il reconnaît aussi l’impact direct qu’ont eu ces pratiques sur le personnel municipal.

Pour la CGT, il appartient désormais aux habitantes et habitants de Tarbes de « savoir comment on a pu en arriver là » et d’exiger des méthodes enfin transparentes dans la gestion de la chose publique.

Une affaire judiciaire minée par les lenteurs

L’enquête sur les marchés publics avait été ouverte dès février 2013. Il aura fallu plus de dix ans pour parvenir à un jugement. Un délai considérable, dû notamment à la délocalisation du dossier — après la découverte de liens entre la procureure locale de l’époque et le maire — puis à l’engorgement chronique de la justice et aux changements successifs de magistrats instructeurs. À cela s’ajoute une première condamnation définitive en 2020 pour travail dissimulé dans le cadre d’activités professionnelles antérieures de Gérard Trémège.

En janvier 2025, le président du tribunal de Pau lui-même reconnaissait publiquement les difficultés structurelles rencontrées par la justice pour instruire ce type de dossiers dans des délais raisonnables.

Quand les puissants tombent enfin

Cette condamnation s’inscrit dans une série récente de décisions judiciaires visant des élus longtemps réputés intouchables. Elle rappelle une vérité simple : même protégés par des décennies de pouvoir, les barons locaux peuvent finir par rendre des comptes.

À Tarbes, un cycle politique s’achève dans la disgrâce. Reste à savoir si cette chute servira de leçon ou si d’autres continueront à gérer les biens publics comme un patrimoine privé.


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