Fin de la COP 30 : face à l’inaction des États, la nécessaire mobilisation populaire

lundi 24 novembre 2025.
 

La COP 30 sur le climat se conclut ce vendredi après deux semaines de négociations dans la ville de Belém, au Brésil. Si le gouvernement brésilien avait affiché son intention d’en faire un rendez-vous historique de la diplomatie environnementale, marquant les dix ans de l’Accord de Paris, avec pour but de relancer la lutte contre le réchauffement climatique au niveau mondial et de dépasser les échecs des COP précédentes notamment en matière de finance climatique, le résultat des négociations ne laisse entrevoir aucun changement majeur de trajectoire.

Malgré la dimension cruciale du moment, les discussions entre les États n’aboutiront probablement pas à un accord ambitieux permettant de rompre avec les logiques de l’économie capitaliste, responsables du ravage de la nature. Il ne s’agit pas d’une surprise, le secteur privé – en particulier pétrolier – a en effet une fois de plus investi les négociations en obtenant l’accréditation de nombreux lobbyistes.

Heureusement, la mobilisation des peuples indigènes de la région a permis de visibiliser aux yeux du plus grand nombre les premières victimes du changement climatique. Leur irruption dans les débats rappelle aux yeux du monde que la solution ne se trouve pas dans des mesures d’accompagnement de l’économie extractiviste, mais bien dans une rupture claire avec les activités néfastes pour l’environnement. Notre article.

L’omniprésence du secteur pétrolier

On aurait tendance à croire qu’un sommet ayant pour vocation d’obtenir des accords de lutte contre le changement climatique fait en premier lieu intervenir des personnes engagées pour le bien commun. Malheureusement, l’infiltration des négociations par les représentants des énergies fossiles – responsables de la majeure partie des émissions de gaz à effet de serre – se confirme à chacune des COP.

Les deux conférences précédentes, la COP 28 et la COP 29, s’étaient tenues dans des pays où l’activité pétrolière était centrale : l’Azerbaïdjan et les Émirats arabes unis. Le député insoumis Carlos Martens Bilongo a d’ailleurs été victime d’un scandale d’ingérence étrangère organisé par les Émirats arabes unis suite à la rédaction d’un rapport dénonçant la collusion entre la présidence de la COP 28 et les intérêts de l’industrie pétrolière.

Lors de la COP 29, plus de 1770 lobbyistes liés aux énergies fossiles avaient été accrédités, et avaient donc pu circuler dans les espaces de négociations. Cette année, ils étaient 1600, un chiffre légèrement en baisse, mais représentant une proportion tout aussi importante au regard du nombre de participants. Parmi eux, une délégation de Total, menée par son dirigeant Patrick Pouyanné, responsable d’un grand nombre de projets climaticides.

Les énergies fossiles, grandes absentes des négociations

Pas surprenant, donc, que la sortie des énergies fossiles soit pour l’heure totalement absente du texte des négociations. Pour cause, un certain nombre de puissances mondiales, parmi lesquelles la Chine, l’Inde, l’Arabie saoudite ou encore la Russie, se sont fermement opposées à la feuille de route proposée par le président brésilien Lula pour accélérer la sortie des énergies fossiles. Une coalition de pays, dont la Colombie et la France, a fait savoir aujourd’hui qu’elle estimait la version actuelle du texte de l’accord trop peu ambitieuse sur le sujet.

À la recherche d’une finance climatique ambitieuse

Malgré l’engagement affiché de la France en faveur d’une sortie des énergies fossiles, les pays européens ne sont pas les plus volontaires quand on en vient à l’un des sujets les plus importants des discussions : la finance climatique. La COP 29 s’était conclue par un échec en la matière, puisque les pays n’avaient réussi à se mettre d’accord que sur l’objectif de 300 milliards de dollars annuels alloués à la finance climatique d’ici à 2035, contre les 1300 milliards souhaités par les pays du Sud global. Les discussions de la COP 30 ont permis d’aboutir à une feuille de route visant à mobiliser les 1300 milliards de dollars demandés par les pays du Sud global.

Seulement, ce plan est non contraignant et s’appuie majoritairement sur la mobilisation financière des banques multilatérales et du secteur privé. Sans contrainte, pas de doute que les pays occidentaux trouveront un moyen de se soustraire. Le partage du financement de la bifurcation écologique proportionné à la responsabilité des pays dans le changement climatique est ainsi évincé, les exemptant de payer à hauteur de la pollution dont ils sont responsables. La justice climatique voudrait que ceux qui paient le plus soient ceux qui polluent le plus, et non pas ceux qui subissent déjà les conséquences du réchauffement climatique.

L’irruption des peuples indigènes dans les négociations

Un élément a dénoté avec l’ambiance habituellement feutrée des rencontres diplomatiques. Le 11 novembre, durant les négociations, à la suite d’une marche pour le climat et la santé, environ 300 manifestants issus de peuples indigènes ont tenté de forcer l’entrée du site de la COP 30, pour faire entendre leur voix et dénoncer des négociations dont ils estiment être exclus. D’après les autorités brésiliennes, 900 représentants de peuples indigènes ont été accrédités pour participer aux négociations, dont 400 brésiliens.

Or, sur les 2500 représentants de peuples indigènes du Pará – région dans laquelle se tient la COP 30 – présents à Belém, seuls 14 % sont accrédités, laissant le goût amer de discussions se faisant au détriment de celles et ceux qui subissent de plein fouet le changement climatique, dégradant leurs lieux de vie. En parallèle, entre 50 000 et 70 000 personnes ont défilé dans les rues de Belém, à l’appel du sommet des peuples, pour mettre la pression sur les négociateurs.

Pas de bifurcation écologique sans mobilisation populaire

Accord non contraignant sur la finance climatique, probable absence de consensus sur la sortie des énergies fossiles, la COP 30 ne changera probablement pas la trajectoire engagée au niveau mondial. Les engagements de réduction d’émissions de gaz à effet de serre annoncés par les États en amont du sommet conduiraient à un réchauffement compris entre plus 2,3 degrés et plus 2,5 degrés d’ici à la fin du siècle selon le rapport de synthèse des Nations unies publié le 4 novembre dernier, sans compter le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris. Un tel réchauffement aurait des conséquences dramatiques pour un grand nombre de populations.

La mobilisation des peuples indigènes lors des négociations illustre donc un élément essentiel si l’on souhaite rompre avec l’économie capitaliste rendant impossible l’harmonie des êtres humains entre eux et avec la nature : la mobilisation populaire sera indispensable pour engager la bifurcation écologique dans les prochaines années.

Par Mathieu Rateau


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