Un autre rêve américain est-il possible

dimanche 23 novembre 2025.
 

« Je suis jeune, malgré tous mes efforts pour vieillir. Je suis musulman. Je suis un démocrate socialiste. Et plus accablant encore, je refuse de m’excuser pour quoi que ce soit de tout cela. » – Zohran Mamdani, le 5 novembre 2025 à New York

Le socialisme, une drôle d’étiquette. Surtout dans un pays où celle-ci est synonyme de radicalité ou de communisme. Où elle fait figure d’insulte préférée de la droite (donc des Démocrates également !). Où la revendiquer vous assure le mépris, le ridicule et la marginalisation. Mais pas pour Zohran Mamdani, dont la victoire à la mairie de New York, ville de Donald Trump et centre névralgique du capitalisme, est un signal pour le monde entier : c’est aux Etats-Unis que se situe désormais l’un des principaux porte-paroles de la stratégie de l’union populaire sur un programme de rupture. Une dynamique qui n’a cessé de progresser depuis 10 ans et l’apparition fracassante de Bernie Sanders à la primaire démocrate de 2016, puis l’élection d’Alexandria Ocasio-Cortez à la Chambre des Représentants en 2018. Au New York Magazine de se questionner : « Quand donc tout le monde est-il devenu socialiste ? ».

Et pour cause, si fascination, exaltation et sidération ont régné ce 4 novembre, c’est que l’on assiste à un tournant auquel les Etats-Unis ne nous avaient pas habitués. A la différence de l’expérience européenne, le socialisme n’est jamais parvenu à s’enraciner aux Etats-Unis. L’intensité de l’industrialisation et des conflits sociaux n’a pas trouvé de véritables débouchés politiques. Voilà un paradoxe qui a fait couler de l’encre dans la littérature en sciences sociales. Depuis presque deux siècles, philosophes, sociologues, économistes, historiens et politistes se sont frottés à cette problématique devenue une tarte à la crème. Cet article propose de revenir sur la question la plus classique de science politique aux Etats-Unis, et sans aucun doute la plus mystérieuse. Analyse.

Un socialisme inévitable

Seymour Martin Lipset, figure de la science politique qui a voué une grande partie de sa carrière à cette énigme, montre que les pères du socialisme utopique avaient à l’origine beaucoup d’espoirs quant à la formation d’un mouvement de masse aux Etats-Unis. Au XIXe siècle, l’industrie américaine est en plein essor, tant et si bien que le retard par rapport aux Britanniques est en passe d’être rattrapé. La démographie, l’urbanisation, les transports et le prolétariat se développent à mesure que les taudis et la misère s’étalent au grand jour. Cela alerte nécessairement les marxistes pour qui « le pays le plus développé industriellement montre au moins développé l’image de son avenir. ».

Autrement dit, les sociétés industrialisées sont des avant-gardes en matière de capitalisme et, en miroir, de tensions sociales. Par conséquent, si le socialisme doit s’ancrer dans les sociétés industrielles, il serait logique d’imaginer une conscience de classe et une lutte des classes les plus radicales là où le capitalisme est le plus féroce. Ainsi, les Etats-Unis deviendraient-ils inévitablement communistes ? Marx, Engels, Lénine, Kautsky et Trotsky croyaient tous à cela. Alors correspondant pour le New York Tribune, Karl Marx pensait que la classe ouvrière était encore en formation vers la moitié du XIXe siècle. Il y voyait une radicalité exemplaire avec de fortes revendications pour l’amélioration des conditions de travail.

On comprendra plus tard que l’influence de l’ouvrage « Men and Manners in America » de Thomas Hamilton avait conduit Marx à surestimer la situation. Plus tard, Engels avait lui-même visité New York. Alors persuadé d’assister enfin à un moment décisif, il avait demandé aux socialistes britanniques de prendre exemple sur le syndicat des Chevaliers du Travail et la campagne de Henry George. La loi du Capital est alors reprise par le britannique H. M. Hyndman en 1904 : « de même que l’Amérique du Nord est aujourd’hui le pays le plus avancé économiquement et socialement, elle sera le premier où le socialisme trouvera une expression ouverte et légale ». En 1907, Auguste Bebel, chef des sociaux-démocrates allemands était convaincu que « les Américains seront les premiers à instaurer une république socialiste ».

Peu à peu, qu’il soit travailliste, socialiste, communiste, socio-démocrate, l’absence d’un parti d’envergure aux Etats-Unis va tourmenter l’orthodoxie marxiste. Max Beer décrivit l’inquiétude des marxistes européens face à la faiblesse du socialisme en Amérique : et si cela représentait une « contradiction vivante de la théorie marxiste » ? Mike Davis constate effectivement que « l’absence flagrante d’une auto-organisation et d’une conscience de la classe ouvrière, comparable à celle que l’on observe dans tous les autres pays capitalistes par la prédominance des partis travaillistes, sociaux-démocrates ou communistes, est le spectre qui hante depuis longtemps le marxisme américain ». Dès lors, « plus vite nous serons capables d’expliquer cet échec, plus vite nous pourrons envisager de le dépasser » conclut l’historien Christopher Lasch.

L’exceptionnalisme américain

Dans les années 1830, Alexis de Tocqueville développe la thèse de l’exceptionnalisme américain. Les Etats-Unis, pour des raisons qui incombent à son jeune âge, son développement économique et social, sa composition pluri-ethnique, sa philosophie libérale et son système démocratique, occupent une place singulière parmi les Nations du Monde.

Cette exception tient d’abord de la structure politique états-unienne. Depuis le début du XIXe siècle, deux partis centraux dominent la vie politique américaine. Maurice Duverger postule que c’est le type de scrutin qui détermine la forme du régime politique. Concrètement, le scrutin majoritaire uninominal à un tour et le collège électoral provoque la monopolisation du pouvoir par deux partis. Et pour cause, il est très difficile d’obtenir des sièges avec ce fonctionnement où l’on ne vote qu’une seule fois.

Par conséquent, la loi de Duverger stipule que l’offre va se réduire en duopole. De même, les électeurs vont être dissuadés de voter pour un petit parti, avec l’impression de gaspiller leur vote. La crainte de disperser les voix au détriment du parti majoritaire pèse alors sur l’électorat contraint de choisir le moindre mal. Dans ce cadre bipartite où les voix tiers donnent l’impression d’être littéralement perdues, une proposition authentiquement de gauche semble vaine.

Néanmoins, cette explication semble mécaniste et purement juridique. La permanence de ce système ne doit pas empêcher l’analyse des conditions de sa formation. Stein Rokkan a proposé un modèle génétique des systèmes politiques. Ces derniers dépendent des clivages sociaux exprimés par les forces politiques. L’auteur identifie deux axes d’opposition fonctionnels et territoriaux qui se reconfigurent au gré des contextes socio-historiques. Et cela vaut également pour les Etats-Unis dont l’histoire et la science politique considèrent qu’ils ont fonctionné en 6 systèmes partidaires successifs depuis deux siècles.

D’abord, les Partis républicain et démocrates n’ont pas toujours dominé la scène politique. Et si depuis 1856 ils ont sans conteste le monopole électoral, des réalignements (ou revirements) idéologiques et électoraux ont été opérés au gré des mutations socio-économiques et culturelles. Et voilà comment on découvre que le Parti démocrate était jadis sudiste et esclavagiste tandis que le Parti républicain était progressiste et abolitionniste. En fait, on peut expliquer l’accaparement de la scène politique par ces deux partis traditionnels en même temps que la bifurcation de leurs positions par leur flexibilité.

Les lignes de clivage n’ont jamais correspondu au modèle de clivage de Karl Marx entre la propriété et le travail, c’est-à-dire entre la classe bourgeoise détentrice des moyens de production et la classe ouvrière qui loue sa force de travail. Pourtant, des antagonismes ont existé aux Etats-Unis, jusqu’à de violentes contestations agraristes ou syndicales. Mais les premières se sont retrouvées englouties dans la politique des démocrates jacksoniens et les dernières étaient comprises dans le New Deal de Roosevelt. Ces larges coalitions socio-politiques récupèrent des intérêts qui n’ont jamais été clairement organisés autour d’un axe gauche/droite.

Pourquoi les intérêts de classes n’ont pas structuré les préférences et oppositions politiques ? Max Weber insiste sur le système de valeurs, mêlant laissez-faire et tradition religieuse individualiste fondée sur la domination des sectes protestantes qui ont facilité l’essor du capitalisme. Des pionniers à la recherche de la Terre promise aux immigrants irlandais, italiens et est-européens à la conquête de l’Ouest, le Nouveau Monde est un mythe de libertés politiques et économiques et de ressources infinies pour se réaliser. La réussite s’obtient à force de travail, de courage et de mérite.

Les contours du Rêve américain se sont transformés mais les répercussions idéologiques et politiques seraient inchangées : l’Amérique, au lieu d’avoir des idéologies, est sa propre idéologie, nous rappelle l’historien Richard Hofstadter. En d’autres termes, ce que l’on peut appeler américanisme transcende les clivages. C’est en tout cas ce que postule Hartz et Hofstadter et leur école historiographique dite du consensus. Selon celle-ci, l’histoire idéologique des Etats-Unis est marquée par un accord.

Et pour cause, les Pères fondateurs étaient particulièrement méfiants de l’Etat, susceptible d’entraver l’accomplissement individuel. Au contraire, il faut accepter le verdict des lois du marché dans tous les domaines de la vie sociale. Voilà la loi d’airain du laissez-faire à l’origine de la Révolution anti-royaliste et de la Déclaration d’indépendance de Jefferson. En ce qui concerne la gauche, on peut émettre l’hypothèse que la composante antiautoritaire de l’américanisme demeure une cause sous-jacente de la faiblesse du socialisme aux Etats-Unis. Car qui ont été les plus radicaux ? Les syndicalistes et les anarchistes plutôt que les collectivistes.

Par exemple, l’idéologie de l’American Federation of Labor était strictement syndicaliste, et anarcho-syndicaliste pour son principal concurrent l’Industrial Workers of the World. Cette stratégie repose sur la défense des intérêts professionnels par le rapport de force au sein du lieu de travail avec des négociations, des manifestations et des grèves. Conjuguée avec l’anarchisme, elle peut reposer sur actions individualistes. L’Etat est en effet considéré comme un ennemi, avec l’idée qu’il serait plus difficile pour les travailleurs de résister à une industrie publique qu’à des entreprises privées.

Dans ce cadre, la collectivisation n’est pas un horizon, et le parti de masse ne correspond pas à un outil d’organisation et de politisation du prolétariat, encore moins à une avant-garde comme moteur de la révolution. David DeLeon note effectivement qu’à la différence de la social-démocratie scandinave, du socialisme bureaucratique de Fabien et du communisme soviétique, le radicalisme américain (du terme anglais radicals) est imprégné de méfiance et d’hostilité envers le pouvoir centralisé. Et même la Nouvelle gauche des années 1960 s’est développée sur fond de pensée pacifiste, libertaire et démocratique. Les étudiants et travailleurs devaient faire entendre leur voix au sein d’institutions telles que la communauté, le quartier, l’université, la coopérative et autres collectifs.

Nous ne saurions montrer meilleur exemple que la désobéissance civile comme acte individuel de résistance. Alors, l’essence libérale de Louis Hartz serait l’exception commune à l’ensemble du spectre politique : la radicalité de gauche se trouverait dans l’anarchisme et celle de droite dans le libertarianisme. Si cette conception consensuelle de l’idéologie américaine a été supplantée dans les années 1960-1970 par une lecture clivante des conflits de classe, de genre et de race, c’est aussi parce que ces thèses ont tendance à se rabattre sur des interprétations idéalistes ou essentialistes de l’histoire américaine.

Une histoire de rosbif et de tarte aux pommes

Mais alors, Pourquoi n’y a-t-il pas de socialisme aux Etats-Unis ? Werner Sombart, sociologue allemand, publiait en 1906 ce pavé dans la mare. Pour l’auteur, les Américains ont été intégrés dans la société dominante avec la thèse de l’embourgeoisement. Nous pointons ici le cœur du sujet : les conditions sociales de la formation des clivages politiques. Le système de classe serait fondamentalement différent du Vieux Continent. En Europe, les enclosures correspondent à un mouvement d’expropriation – point de départ de la propriété et du capitalisme selon Marx – qui avait poussé les paysans paupérisés à rejoindre les villes et ses industries.

Aux Etats-Unis, la dynamique est celle des migrations et de la Frontière : la colonisation de peuplement est liée à la conquête de l’Ouest dont l’esprit d’initiative libéral est un vestige. Dans ces conditions, la multitude de territoires libres donnent l’impression au prolétariat de s’affranchir de l’exploitation : « Que le capitalisme américain se soit développé dans un pays aux énormes étendues de terra libera ne suffit cependant pas à expliquer de manière exhaustive la formation du psychisme prolétarien, même si l’on établit le nombre de colons qui, au fil des années, se sont effectivement soustraits par la fuite aux servitudes du capitalisme.

Il faut plutôt prendre en considération le fait que l’ouvrier américain savait qu’il pouvait, en tout temps, devenir un paysan libre, ce qui lui donnait un sentiment de sécurité et de tranquillité inconnu de l’ouvrier européen. On supporte plus facilement les contraintes lorsqu’on vit dans l’espoir de pouvoir s’en libérer en cas de nécessité ». La mobilité géographique, le courage et la détermination que cela implique est une condition de la mobilité sociale. Le mythe de l’échappée belle vient ainsi en contradiction avec celui de l’émancipation socialiste : lutter pour un autre monde ou partir vivre ailleurs.

1883, un western sur la face sombre de la mythologie des pionniers

Et le mouvement vers l’Ouest est le coeur même de la Révolution selon Mike Davis : la nature de l’indépendance américaine est fondamentalement conservatrice tant elle est le fruit d’une alliance des propriétaires de plantations et de marchands pour la création des Premières Nations et l’ouverture de nouveaux territoires. Afin de s’accorder avec les Indiens d’Amérique, les Britanniques avaient garanti que les terres situées à l’Ouest des Appalaches seraient à l’abri.

Voilà que cette Proclamation royale de 1763 va soulever le mécontentement des colons qui suspectent une volonté de contrôle autocratique. C’est le début du processus qui va aller jusqu’au déclenchement de la guerre d’indépendance américaine en 1775. Et voilà que le processus révolutionnaire aux Etats-Unis est finalement peu semblable à la Révolution française ou n’importe quelle autre révolution, qu’elle soit ouvrière, populaire, socialiste ou communiste.

Et pour cause, il n’y pas l’héritage du féodalisme. La conception matérialiste prévoit que « les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé ». Puisque les Etats-Unis ne portent pas les vestiges du mercantilisme, des institutions étatiques, de l’aristocratie, de l’Église et de tout ce qui représentait la société féodale, il n’y a pas la présence de clivages sociaux hérités de ce passé. Engels remarquait que les Américains « naissent conservateurs, précisément parce que l’Amérique est si purement bourgeoise, si totalement dépourvue de passé féodal et, par conséquent, fière de son organisation purement bourgeoise ». Pas de classes sociales figées, pas de conscience, pas de lutte.

Selon Sombart, on observe même que cette situation était favorable aux travailleurs nord-américains : les ouvriers seraient moins dépendants des oligarques et auraient de meilleurs salaires. Le Capital et l’Etat offrent des canaux d’intégration, de mobilité, de propriété, de consommation qui affaiblissent les antagonismes. Illusoire ou pas, l’American Dream a de performatif qu’il apparaît « non seulement comme une promesse mais aussi comme un système d’intégration des travailleurs au capital » selon Davis. Et voici comment ces espoirs viennent canaliser (ou diriger) les luttes.

On peut même analyser l’essor des combats des Noirs, des femmes, des Natifs et des homosexuels comme une revendication au droit à participer à ce mythe. D’où la formule célèbre de Sombart : « Toutes les utopies socialistes sont venues s’échouer sur les tranches de rosbif et de tarte aux pommes ». Hemmann Keyserling et Leon Samson ont fait valoir que le mouvement ouvrier avait peu d’attrait car le contenu social du socialisme est similaire à ce que les Américains pensent déjà avoir, à savoir une société démocratique sans classes sociales.

« Au fur et à mesure que la situation matérielle du salarié s’améliorait et que son mode de vie gagnait en confort, il se laissait tenter par la dépravation matérialiste, il était progressivement contraint d’aimer le système économique qui lui offrait tous ces plaisirs ; peu à peu il en venait à adapter son esprit aux mécanismes de l’économie capitaliste, pour finalement succomber aux charmes que la rapidité des changements et l’augmentation considérable des quantités mesurables exercent irrésistiblement sur presque tout le monde. Une pointe de patriotisme — la fierté de savoir que les États-Unis devançaient tous les autres peuples sur la voie du “progrès” (capitaliste) — renforçait à la base son esprit commerçant en le transformant en homme d’affaires sobre, calculateur et dépourvu d’idéal, tel que nous le connaissons aujourd’hui. Et toutes les utopies socialistes d’échouer à cause du rosbif et de la tarte aux pommes. »

Divide and rule

Enfin, il ne faudrait pas oublier la question des migrations et du racisme, essentielle dans le dispositif américain. Après avoir connu un essor fulgurant à partir des années 1830 dans les villes côtières de l’Atlantique, le mouvement ouvrier se heurte à une vague d’immigration dans les années 1850. Fuyant la misère, la famine ou la répression, les Irlandais et Allemands ont dû faire face à un système de production reposant sur une division du travail en fonction de l’origine ethnique. Dans une lettre écrite en 1870 à deux amis new-yorkais, Marx constatait qu’en Amérique, « la classe ouvrière est divisée en deux camps hostiles », celui des natifs et celui des immigrés. Il leur conseilla de plaider en faveur d’une « coalition entre travailleurs d’origines ethniques différentes ».

Seulement le Parti démocrate orchestra l’association de la révolte des ouvriers de l’Est au soutien de l’esclavage. Dans le célèbre ouvrage Comment les Irlandais sont devenus Blancs, Noel Ignatiev explique que ce racisme n’est pas importé d’Irlande. Au contraire, les Irlandais, en situation coloniale, d’exploitation, d’expropriation, de stigmatisation et de caricatures, s’identifiaient aux esclaves Afro-Américains. Ils arrivent aux Etats-Unis méprisés et relégués aux travaux mortels de canalisation. Daniel O’Connell, figure emblématique de l’indépendance nationale irlandaise, était lui-même un abolitionniste fervent.

Il alla même jusqu’à menacer d’excommunier les Irlandais d’Amérique s’ils ne soutenaient pas l’abolition de l’esclavage. Son avertissement fut cependant largement ignoré. Les efforts du Parti démocrate pour rallier les Irlandais au racisme anti-noir virulent gagneront lorsqu’il leur accordera des droits et installera l’idée que leurs meilleurs alliés sont les propriétaires blancs sudistes. Ce travail rejoint celui de Roediger sur la blanchité, marqueur socialement et historiquement construit comme outil de domination à la fois comme illusion d’émancipation par la supériorité raciale.

De même, la nouvelle vague d’immigration des années 1990, en provenance d’Europe du Sud et de l’Est a donné un nouveau souffle au nativisme. Cette période concorde simultanément avec le Gilded Age et le Nadir of American race relations, soit un développement intense du capitalisme industriel en même temps que l’explosion des actes de lynchages, de massacres et d’insurrections raciales. Une fois de plus, les dominés sont en conflit entre eux plutôt qu’unis contre leurs exploiteurs, au bénéfice entier de ces derniers.

La lutte des classes comme moteur de l’histoire a ainsi été neutralisée par une dynamique de hiérarchisation ethnique produite et entretenue par les structures capitalistes. En d’autres termes, le divide and rule est une arme aux mains des puissants pour mettre à mal l’unité de classe et la conscience commune dans le but de renforcer leur pouvoir. Voilà le prix du Rêve américain et de la violente compétition pour y parvenir.


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