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Des reportages, des témoignages et des enquêtes sur le génocide perpétré par Israël dans la bande de Gaza, depuis deux ans, ont disparu de YouTube en un claquement de doigt. La plateforme, propriété du géant mondial Google, a discrètement supprimé près de 700 vidéos, début octobre, révèle le média indépendant The Intercept.
Les trois organisations non gouvernementales (ONG) concernées, le Centre Al-Mezan pour les droits humains, Al-Haq et le Centre palestinien pour les droits humains, ont découvert que leurs chaînes respectives ont été bloquées par la même occasion.
Ce sont des heures de documentation sur les crimes contre l’humanité – maintien d’une famine, assassinats de journalistes et d’humanitaires, bombardements de campements civils, etc. – dont est accusée l’armée israélienne, qui ne sont ainsi plus disponibles.
« Il est difficile d’imaginer un argument sérieux selon lequel le partage d’informations provenant de ces organisations palestiniennes de défense des droits humains constituerait une violation des sanctions, s’insurge Sarah Leah Whitson, directrice générale de Democracy for the Arab World Now. Céder à cette désignation arbitraire de ces organisations palestiniennes, et les censurer à présent, est décevant et assez surprenant. »
Cette censure du principal hébergeur de vidéos sur internet, qui compte 2,5 milliards d’utilisateurs actifs mensuels à travers le monde, est une conséquence de la croisade que mène Donald Trump contre le droit international. Les trois ONG ont d’ailleurs été sanctionnées par la Maison Blanche début septembre. Allié indéfectible du premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, le président des États-Unis s’est attaqué à la Cour pénale internationale (CPI) en multipliant les sanctions à l’encontre de magistrats… et d’organisations partenaires.
Pionnière dans les luttes décoloniales en Palestine depuis 1979, l’ONG Al-Haq enquête sur les crimes de guerre commis par les forces d’occupation israéliennes. Le Centre palestinien pour les droits de l’homme est quant à lui reconnu comme la plus ancienne organisation présente à Gaza par les Nations unies (ONU). Le Centre Al-Mezan, situé à Gaza, documente enfin les violations des droits humains depuis deux décennies.
Les hommes raffolent de ce polo au confort inégalé Sponsorisé Les hommes raffolent de ce polo au confort inégalé Durandvalier call to action icon more Contacté par The Intercept, YouTube assume avoir supprimé les trois chaînes pour se conformer aux sanctions états-uniennes visant la CPI. « Google s’engage à respecter les sanctions applicables et les lois relatives à la conformité commerciale », a affirmé Boot Bullwinkle, porte-parole de YouTube, dans un communiqué. Cette décision représente surtout, pour le Centre palestinien pour les droits de l’homme, un moyen de « protéger les auteurs de ces actes de toute responsabilité ».
La direction d’Al-Mezan, dont la chaîne a été bloquée le 7 octobre dernier, estime que « la fermeture de cette chaîne nous prive de la possibilité d’atteindre le public auquel nous aspirons à transmettre notre message et de remplir notre mission ». Même son de cloche pour Al-Haq, dont les vidéos sont supprimées depuis le 3 octobre, qui annonce que la plateforme détenue par Google a simplement expliqué que les vidéos en question enfreignent ses règles. « Les sanctions américaines sont utilisées pour entraver le travail de responsabilisation en Palestine et réduire au silence les voix palestiniennes et les victimes », rétorque l’ONG.
Surtout, cette affaire n’est pas isolée, mettant à mal la viabilité des trois organisations. Outre le choix de YouTube, les sanctions états-uniennes gèlent les avoirs des organisations et interdisent aux personnes sanctionnées de se rendre sur le territoire national. L’entreprise Mailchimp, un gestionnaire de listes de diffusion (par exemple pour l’envoi de newsletters), a aussi supprimé le compte d’Al-Haq en lien avec les sanctions de la Maison Blanche.
Article de Tom Demars-Granja, L’Humanité
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