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La victoire tant attendue de Zohran Mamdani aux élections municipales de New York, ce mardi 4 novembre 2025, permet de démontrer la double victoire de la stratégie de l’union populaire propre à la gauche de rupture. En battant à deux reprises Andrew Cuomo, le candidat centriste de l’establishment et ancien gouverneur de l’État de New York, Zohran Mamdani et sa campagne ont fait souffler un vent de victoire inédit pour la gauche de rupture sur l’ensemble du globe.
Il y a bien une chose qu’a inspiré ces derniers mois la campagne répugnante d’Andrew Cuomo : le dégoût chez un grand nombre d’électeurs démocrates, et d’indépendants progressistes. L’ancien gouverneur a la réputation de quelqu’un qui ne comprend pas le mot « non ». C’est ainsi qu’après sa défaite cuisante à la primaire de juin, le candidat des racistes et des milliardaires a décidé de relancer sa campagne avec un ticket indépendant du nom de « Fight and Deliver » (« Combattre et servir »), tout en sachant qu’il ne ferait ni l’un, ni l’autre, s’il avait été élu.
Il semblait ainsi insuffisant pour l’ancien secrétaire au logement de mal prononcer volontairement le nom du désormais candidat victorieux à la mairie de New York. Rappelons que le nom est Mamdani : M.A.M.D.A.N.I. Et ce sera « Monsieur le Maire » désormais. Ainsi, la campagne de caniveau du mauvais perdant Cuomo s’est rabaissée au racisme le plus crasse, en insinuant que Zohran était un communiste (et pourquoi pas ?), un djihadiste, ou encore un antisémite.
Ainsi, après un initial positionnement centriste, ou « consensuel » comme avait insisté le désormais perdant de la municipale, ce dernier n’a pas hésité à avoir recours aux stratégies de boule puante les plus ignobles, quitte à faire passer le candidat républicain Curtis Sliwa pour un homme agréable et ouvert d’esprit.
« Donald Trump, je sais que vous regardez, montez le son !
New York restera une ville d’immigrés, construite par des immigrés, qui tourne grâce aux immigrés, et désormais, dirigée par un immigré ! Pour atteindre l’un d’entre nous, vous devrez d’abord passer à travers nous tous.… pic.twitter.com/RlgqsOwxXq
— Mathilde Panot (@MathildePanot) November 5, 2025
Andrew Cuomo servait donc de plaque d’égout recouvrant tout le racisme qui s’est déversé contre Zohran Mamdani pendant la campagne électorale. Jusqu’à hier, nombreux sont les élus et porte-parole du Parti républicain ayant insinué qu’une victoire de Zohran Mamdani équivaudrait à un nouveau 11 septembre 2001, une affirmation ignoble et irrespectueuse pour les personnes tuées lors de cet attentat terroriste, pour les travailleurs mobilisés ce jour-là, dont 343 pompiers ayant sacrifié leur vie. Tout ça parce qu’en plus d’être socialiste (ce qui est déjà un affront pour beaucoup de gens), Zohran Mamdani est musulman – et désormais le premier maire musulman de l’histoire de New York.
Pour compléter tout cela, le grand manquement de la campagne de Cuomo consistait en une absence totale de projet clair pour la ville. Scander sans cesse que les problèmes sont le logement et le trop petit nombre de policiers dans les rues de la ville ne fait pas un programme.
À écouter l’ancien gouverneur, son programme était avant tout de barrer à tout prix la route à Mamdani et aux aspirations populaires que portait sa candidature. « Tout sauf Mamdani » était ainsi bien plus un programme qu’un slogan. Andrew Cuomo n’a ainsi jamais sourcillé face aux problématiques de logement, de transport, de garde d’enfants, d’accès aux études, de bifurcation écologique et de vie chère qui ont sans cesse animé la campagne de Zohran Mamdani.
New York est généralement une ville qui vote peu. Il faut ainsi remonter à 1993 pour que le taux de participation à une élection municipale dépasse les 50 %. En cela, l’élection d’hier bat des records et permet de démontrer que la participation active du peuple au processus démocratique lui permet des victoires inédites, quand celui-ci est suffisamment mobilisé. Ainsi, c’est depuis 1969, la première élection municipale à laquelle plus de deux millions d’électeurs ont participé.
Les chiffres du vote anticipé ont donné l’impression d’un matin de Noël, avec plus de 750 000 électeurs y ayant participé, soit six fois plus qu’en 2021. La participation de 2021 avait été dépassée dès midi, alors que les bureaux de vote fermaient à 21 h. L’élection d’hier s’inscrit donc comme l’une des élections à laquelle, en chiffres bruts, le plus de New-Yorkais ont participé.
C’est ainsi étonnant de voir que, selon les chiffres du Bureau des élections de la ville de New York, les 18-29 ans représentent 36 % de l’électorat s’étant déplacé hier, bien plus qu’en 2021… et qu’à la présidentielle de 2024. Ceci explique que la candidature de Zohran Mamdani ait suscité beaucoup plus d’enthousiasme que celle de Kamala Harris un an auparavant.
Ce n’était pourtant pas mince affaire : une partie de la direction du Parti démocrate a refusé de soutenir publiquement Zohran Mamdani, comme Chuck Schumer (natif de Brooklyn) et Kirsten Gillibrand (qui n’est pas inscrite sur les listes électorales new-yorkaises), sénateurs de l’État de New York ayant tous deux décliné de donner le moindre indice sur le candidat qu’ils soutenaient.
Une autre partie de l’establishment a traîné des pieds, jusqu’au jour du vote anticipé, comme Hakeem Jeffries, chef de la minorité démocrate à la Chambre des représentants et élu du 8e district de l’État de New York (qui couvre une partie de Brooklyn).
Le peuple s’est donc substitué aux élites partisanes, offrant à Mamdani le plus grand nombre de voix depuis le républicain John Lindsay en 1965. La participation brute a donc quasiment plus que doublé par rapport à 2021, sous tous ses aspects : vote anticipé ×6, vote postal ×4, vote global ×2.
Cette victoire ne tombe pas du ciel et s’appuie sur un réel succès du candidat-maire Mamdani : donner aux gens l’envie de voter, quelque chose pour quoi voter, plutôt que dire de voter contre quelqu’un ou quelque chose, comme le Parti démocrate en a beaucoup trop l’habitude. Mamdani était à la fois le candidat de proposition, et le candidat d’opposition. Le candidat du peuple contre Trump.
Dans son discours de victoire devant plusieurs centaines de militants ce mardi soir, l’euphorie du moment se faisait ressentir. L’opposition à Trump d’un côté, la perspective d’une ville où il fait meilleur vivre de l’autre, le tout dans un discours d’aboutissement de longue haleine d’une victoire des idées populaires portées par des milliers de militants de la gauche radicale, dont Zohran est maintenant devenu l’un des principaux porte-parole. En citant Eugene Debs (représentant socialiste de l’Indiana entre 1885 et 1887), Zohran Mamdani commença ainsi son discours : « Je peux voir l’aube d’un jour meilleur pour l’humanité. »
La stratégie gagnante fut de mettre la classe travailleuse et les catégories populaires de New York au centre de la campagne. Trop longtemps laissés de côté, les gens « aux doigts blessés à force de soulever des boîtes du sol des entrepôts, aux paumes cornées à force de tenir la selle d’un vélo de livraison, aux phalanges encore brûlées par le feu des cuisines » (discours de victoire) sont enfin mis au centre d’un projet politique enfin concrétisé, qui va améliorer la vie de la majorité des habitants de la ville.
Cette campagne municipale a finalement eu, pour toutes ces raisons, un retentissement mondial. Plus qu’un candidat, désormais maire, Zohran Mamdani, et les milliers de militants qui ont lutté à ses côtés, sont désormais un modèle pour la gauche de rupture du monde entier.
Par Bastien C.
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