Droitisation de l’Église catholique : la messe est-elle dite ?

dimanche 27 juillet 2025.
 

https://www.mediapart.fr/journal/fr...[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20250721-180007&M_BT=1489664863989

Le 8 juin, CNews, la chaîne du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré, a diffusé en direct pour la deuxième année consécutive la messe de Pentecôte du pèlerinage traditionaliste de Chartres (Eure-et-Loir). Petit putsch médiatique et symbolique, cette diffusion toute en bannières, ors et commentaires sur le nécessaire retour aux valeurs et liturgies d’antan, est venue concurrencer – et tenter de ringardiser – la plus ancienne émission de la télévision française, « Le Jour du Seigneur », porteuse d’un catholicisme bien plus consensuel.

Derrière ce coup d’éclat télévisuel, mais aussi derrière les chèques distribués par Pierre-Édouard Stérin, un autre milliardaire ultraconservateur, aux associations désireuses de promouvoir une vision de la France profondément conservatrice, faut-il voir une tentative d’OPA réactionnaire sur l’Église catholique française ? Et ainsi attirer les fidèles et leurs suffrages vers la droite la plus dure ? Ou bien faut-il y voir la conséquence d’une droitisation déjà consommée de l’institution ?

Pour répondre à ces questions, Mediapart s’est adressé à des chercheurs ainsi qu’à des fidèles militant pour une vision sociale et progressiste du catholicisme.

Premier constat, asséné par Christine Pedotti, directrice de la publication de Témoignage chrétien : « Le fait majeur du catholicisme, c’est sa disparition. L’effondrement est cataclysmique. »

« Les gens ne se marient plus à l’église, les gosses ne vont plus au catéchisme, il n’y a plus de prêtres », poursuit la patronne du journal de gauche fondé par la Résistance en 1941. Entre 2000 et 2019, indique-t-elle, le nombre de baptêmes a chuté de 400 000 à 200 000 par an. La pratique hebdomadaire est quant à elle devenue archi-minoritaire.

Le catholicisme est entré dans une phase de transition minoritaire, confirme le sociologue bordelais Yann Raison du Cleuziou, « entre un régime majoritaire où la religion bénéficie d’une hégémonie culturelle, où les actes religieux – se marier à l’église, être baptisé – sont socialement intégrateurs dans l’ensemble de la société, et un stade minoritaire, où ces mêmes actes deviennent une marque de différence avec les valeurs sociales dominantes ».

Fracture générationnelle

Cette mutation fait que « le catholicisme se recompose autour de ceux qui restent, et ceux qui restent ce sont tendanciellement ceux qui ont le système de valeurs le plus conservateur, poursuit le sociologue du catholicisme. C’est-à-dire ceux qui, depuis les années 1960, résistent à la sécularisation interne [de l’Église] ». Des fidèles « observants » qui « ne cherchent plus l’ajustement de consensus avec les valeurs sociales dominantes », mais revendiquent un retour à l’autorité verticale des prêtres, à un style liturgique ancien ou encore au culte des saints.

Pour le chercheur, les nouveaux prêtres sont ainsi pour la plupart issus de familles pieuses, souvent nombreuses, éduqués dans des écoles catholiques privées, passés par les scouts d’Europe ou les scouts unitaires de France. Avec leurs parents, ils ont fréquenté des communautés nouvelles nées dans les années 1970 en résistance à la sécularisation du reste de l’Église.

L’autre grande conséquence de la transition minoritaire du catholicisme est une fracture générationnelle entre des fidèles plus âgés, « qui continuent de vivre dans un monde où le catholicisme est majoritaire, parce que dans leur tranche d’âge, il reste majoritaire et dominant », et des plus jeunes qui, eux, « vivent déjà dans un catholicisme devenu minoritaire, dans des générations où plus aucune religion n’est dominante », explique Yann Raison du Cleuziou.

Quand les premiers privilégient l’inclusion à la prescription, dans « un esprit de consensus avec les valeurs sociales dominantes », les seconds « sont dans une demande forte de règles, de prescription », car ils « ont besoin de re-créditer le caractère religieux du catholicisme, en s’appropriant des manières de faire plus que des manières de croire », et ce d’autant plus, affirme le sociologue, qu’ils vivent « une forme de rivalité mimétique, d’imitation et de distinction » par rapport à l’islam.

Les cathos de gauche sont en voie de disparition.

Christine Pedotti, directrice de la publication de « Témoignage chrétien »

Il résulte de ces lignes de fracture une emprise des courants conservateurs qui n’est pas uniforme dans les différentes strates de l’Église. « Ils sont majoritaires chez les jeunes prêtres, à au moins 70 ou 75 %, parce qu’il n’y a plus que dans ces milieux qu’on recrute. Je pense qu’ils sont encore minoritaires chez les évêques, même si petit à petit cela se retourne puisqu’on fabrique les évêques avec des prêtres, évalue Christine Pedotti. En revanche, ils sont encore largement minoritaires dans la plupart des paroisses, à l’exception des grosses paroisses du centre-ville. À la campagne, les gens, quand il en reste, ne sont pas du tout “réacs”. »


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