L’extrême droite cogne : les Hussards, jeune visage d’un vieux fascisme en lien avec des proches du RN

jeudi 24 juillet 2025.
 

Alors que le Rassemblement national poursuit sa stratégie de dédiabolisation et de respectabilité médiatique, les groupes violents qui lui sont liés continuent d’agir dans l’ombre. L’attaque des Hussards, groupuscule néofasciste, contre une soirée antifasciste à Paris révèle la persistance d’un réseau idéologique, militant et économique, aux liens troublants avec l’extrême droite institutionnelle. StreetPress en a également fait une enquête vidéo.

Sous les costards du RN, les poings de l’ultradroite

Tandis que le RN soigne son image sur les plateaux télé, entre promesses de respectabilité républicaine et cravates patriotes, ses anciens compagnons de route poursuivent leur besogne dans les marges. Même réseau, mêmes noms, mêmes familles, mêmes employeurs : si la façade s’est lissée, la violence, elle, demeure. Et elle s’abat, comme toujours, sur les quartiers populaires, les militants antifascistes, les lieux culturels engagés.

Une projection, une attaque préméditée

Le 16 février 2024, une trentaine de militants des Hussards attaquent une projection organisée par Young Struggle, organisation antifasciste internationaliste, dans les locaux de l’ACTIT, une association de travailleurs immigrés turcs à Paris. Le film projeté — une œuvre de Costa-Gavras sur les coulisses de la finance européenne — n’a rien d’un événement « à risque ».

Pourtant, le commando agit avec une extrême violence. Paul, militant CGT et antifasciste, est roué de coups au sol par huit agresseurs : frappé à la tête, piétiné, blessé au dos — probablement par un tesson de verre. Il finira hospitalisé.

Une logique militaire : tester les recrues par la violence

L’attaque est soigneusement organisée. Dans une conversation Telegram intitulée « Prospects Hussards », Charles Février, figure connue du milieu néonazi, donne les consignes : « Le but est de fumer l’équipe type ou des mecs isolés. » Tout est codé, méthodique. Les anciens coordonnent, les plus jeunes exécutent.

Certains arrivent avec des casques de moto, d’autres avec des bouteilles. Rien n’est laissé au hasard. La violence est utilisée comme rite d’initiation, dans une logique de militarisation des troupes.

Pour aller plus loin : Groupuscule néonazi, liens avec le RN et Zemmour : le GUD, l’un des groupuscules d’extrême droite les plus violents

Racisme décomplexé et matériel néonazi

Après l’attaque, une partie du groupe s’enfuit dans un bar du 1ᵉʳ arrondissement. Là encore, ils frappent : insultes racistes, menaces de mort, coups sur les personnels. « On va revenir vous crever », « On va brûler ta sœur, sale Arabe ».

Certains Hussards sont interpellés dans le métro, en possession de matériel de propagande, de couteaux, de brassards nazis, d’un pistolet semi-automatique.

Des profils révélateurs et des connexions assumées

Les mis en cause témoignent d’un enracinement idéologique profond. Alexandre C., arrêté, possédait chez lui des matraques, des bombes lacrymogènes et des centaines de stickers des Hussards. Lenny M., impliqué dans la descente raciste de Romans-sur-Isère en 2023, est aussi présent. Julian G., 20 ans, a pour sonnerie un chant glorifiant les « jeunes loups du Führer ». Louis T. arbore dans sa chambre un drapeau au soleil noir, symbole mystique du IIIe Reich.

Beaucoup de ces jeunes ont été formés au sein de la Division Martel, groupuscule néonazi dissous, proche du GUD — célèbre pour ses ratonnades étudiantes dans les années 90. Dissous officiellement en juin 2024, le GUD survit sous d’autres noms : Les Hussards, Auctorum, Lyon Populaire…

Le lien idéologique et économique avec le RN

Charles Février, cerveau de l’attaque, est l’un des points de jonction entre ces groupes radicaux et les sphères politiques. Déjà condamné pour des tags antisémites, il travaillait jusqu’à peu pour la Financière Wagram, dirigée par Axel Loustau, ancien du GUD et proche du RN. Il rendait aussi service à Astoria Sécurité, autre entreprise gérée par Loustau. Quant à Gabriel Loustau, fils d’Axel et actuel chef des Hussards, il est en contact direct avec les membres arrêtés.

Ces liens ne sont ni anecdotiques, ni rompus. Ils traduisent une continuité idéologique, logistique et économique entre les cercles violents de l’ultradroite et le noyau dur historique du FN devenu RN.

D’un climat d’impunité à la légitimation politique

L’enquête judiciaire est en cours. Quinze personnes ont été mises en examen, certaines sont incarcérées, d’autres sous contrôle judiciaire. Mais au-delà des poursuites, l’affaire révèle un climat politique lourd de menaces : celui d’un retour assumé de milices identitaires, qui ont trop longtemps bénéficié d’une tolérance implicite.

Le RN pourra multiplier les signaux de respectabilité, rien n’efface les alliances du passé — ni les silences du présent. Les Hussards cognent, mais ce sont des années de complaisance idéologique, d’alliances économiques, et d’ambiguïtés politiques qui ont préparé leurs coups.

Par Allan Clerc


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