Serbie : marée humaine à Belgrade

mercredi 26 mars 2025.
Source : France 24
 

Au moins 107 000 personnes manifestent contre la corruption samedi à Belgrade, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, qui précise qu’aucun "incident majeur" n’a eu lieu depuis le début du rassemblement à la mi-journée. Cette mobilisation historique a lieu après des mois de contestation menée par les étudiants serbes.

Manifestation historique dans la capitale de la Serbie. Au moins 107 000 personnes, arborant des drapeaux et insignes allant de la droite nationaliste à l’extrême gauche en passant par les écologistes, étaient rassemblées à Belgrade, samedi 15 mars, pour une manifestation après des mois de contestation contre la corruption dans le pays, selon les chiffres du ministère serbe de l’Intérieur.

Précisant qu’aucun "incident majeur" n’a eu lieu depuis le début du rassemblement à la mi-journée, le ministère précise dans un communiqué "lancer une fois de plus un appel à tous les participants à préserver la paix et la dignité de notre pays dans les heures à venir, dans un esprit de responsabilité citoyenne et en respectant les lois".

"Pumpaj ! Pumpaj !" (Pompe ! Pompe !) chantent les manifestants, entonnant le slogan du mouvement, destiné à montrer que leur énergie ne faiblira pas. Beaucoup arborent un pin’s avec une main ensanglantée – le symbole du mouvement qui a adopté comme mot d’ordre "la corruption tue".

Des groupes de motards, de vétérans et le service d’ordre des étudiants, qui assure depuis le début la sécurité du mouvement, forment un filet de sécurité autour du cortège pour éviter les débordements, en particulier au niveau du Parlement et de la présidence, devant laquelle campent depuis plusieurs jours des soutiens du gouvernement.

Des dizaines de fermiers au volant de leurs tracteurs sont également arrivés en soutien aux étudiants. D’autres, amenés par des partisans du gouvernement, ont été installés près de la présidence vendredi matin.

Les vitres des bâtiments officiels sont protégées depuis samedi matin, et des policiers anti-émeutes sont stationnés devant le Parlement, la présidence, et la mairie.

Manifester "dans le calme et de façon responsable"

Dès vendredi soir, des dizaines de milliers de personnes – 31 000, selon le ministère de l’Intérieur – ont accueilli, dans une ambiance festive, les manifestants venus à pied, à vélo ou en tracteur de toute la Serbie.

Dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux, les étudiants ont appelé à manifester "dans le calme et de façon responsable". "L’objectif de ce mouvement n’est pas l’intrusion dans des institutions, ni d’attaquer ceux qui ne pensent pas comme nous (...). Ce mouvement ne doit pas être utilisé à mauvais escient", ont-ils écrit. Le rassemblement doit se disperser à 21 h.

"Nous sommes descendus dans la rue pour dire notre insatisfaction après des années de dictature, de corruption. Et j’espère que ce rassemblement sera, avant tout, pacifique et digne", expliqua dans la foule Ognjen Djordjevic, 28 ans.

Les manifestations s’enchaînent dans le pays depuis l’accident de la gare de Novi Sad le 1er novembre, qui a fait 15 morts, lorsque s’est écroulé l’auvent en béton du bâtiment tout juste rénové.

La colère a explosé, les manifestants voyant dans cet accident la preuve d’une corruption qui, selon eux ,entache les institutions et les travaux publics. De semaine en semaine, le mouvement est devenu l’un des plus importants de l’histoire récente de la Serbie, avec des manifestations quotidiennes.

"Le régime essaie de faire monter les tensions"

Mais les rassemblements se sont tendus depuis que le gouvernement a accusé les protestataires d’être payés par des agences étrangères, de préparer des actions violentes, voire une révolution, notamment lors de la mobilisation de ce samedi dans la capitale.

La situation a fait réagir l’ONU, qui a appelé les autorités serbes à ne pas "interférer indûment" dans la manifestation et à "respecter l’exercice complet des droits à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d’expression".

"Nous sommes un pays extrêmement démocratique", a répondu dans la soirée de vendredi, lors d’une allocution, le président serbe Aleksandar Vucic, affirmant : "Nous ferons tout ce que nous pouvons pour sécuriser le rassemblement". Et d’ajouter aussitôt : "Pour être clair, je suis le président de ce pays, et je ne laisserai pas la rue dicter les règles".

La télévision publique, prise à partie régulièrement par les manifestants pour sa partialité, diffusait samedi après-midi un concert de musique traditionnelle, avant une série.

"On voit déjà depuis quelques jours que le régime essaie de faire monter les tensions", analyse Srdjan Cvijic, du Belgrade Centre for Security Policy. "Ce que tout le monde se demande, c’est si le gouvernement va essayer de créer des situations de violence pour ensuite avoir une excuse pour décréter l’état d’urgence. Jusqu’à présent, on a vu un mouvement qui n’est pas du tout violent (...). Je pense que les manifestants garderont leur calme".

"Je crois que le 15 mars démontrera l’insatisfaction profonde des étudiants et des citoyens", avance Maja Kovacevic, présidente de la faculté de sciences politiques de Belgrade.

Avec AFP


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