Le gouvernement Barnier tombe, après un réquisitoire et une motion de censure

jeudi 12 décembre 2024.
 

331 députés du NFP et du RN ont voté la censure du gouvernement de Michel Barnier. À l’Assemblée, l’événement, historique quoi qu’attendu, a déclenché les hauts cris d’un camp présidentiel refusant toujours d’accepter la réalité politique des urnes.

https://www.mediapart.fr/journal/po...

LaLa France n’a plus de gouvernement. Ainsi en a décidé dans la soirée du mercredi 4 décembre l’Assemblée nationale, qui a voté à 331 voix la motion de censure du gouvernement de Michel Barnier déposée par le Nouveau Front populaire (NFP) et défendue, devant un hémicycle bondé, par le président de la commission des finances, Éric Coquerel.

Face à Michel Barnier encaissant sagement au premier rang son long réquisitoire, mais aussi à Jean-Luc Mélenchon qui s’était invité dans le public, le député La France insoumise (LFI) a rappelé en quoi le sort du premier ministre était inéluctable : « Au fond, cette motion va emporter votre gouvernement parce que vous n’avez jamais su déjouer la malédiction que vous a transmis le vrai responsable de cette situation, Emmanuel Macron. Cette malédiction, c’est l’illégitimité », a-t-il souligné à la tribune.

Illégitimité due au fait que Michel Barnier est issu du parti arrivé dernier aux élections législatives de 2024 ; illégitimité manifestée par le 49-3 déclenché pour faire passer le budget de la Sécurité sociale ; illégitimité révélée par les négociations désespérées entre le premier ministre et le Rassemblement national (RN) ; illégitimité encore mise en évidence lors de la niche parlementaire de LFI, il y a quelques jours, quand le « socle commun » a fait obstruction à l’abrogation de la réforme des retraites, a rappelé Éric Coquerel.

Sans surprise, des huées se sont alors élevées depuis les bancs du camp présidentiel. Elles ont continué quand Marine Le Pen est à son tour montée à la tribune pour une déclaration qui se voulait empreinte de solennité. S’adressant d’abord au premier ministre en sursis, dont elle a affirmé « avoir voulu croire, manifestement à tort, [qu’il ne serait pas] le simple continuateur d’un système rejeté lors des dernières élections », la cheffe du parti d’extrême droite s’en est rapidement pris aux « manœuvres de couloirs » du « socle commun » qui auraient miné son mandat.

La triple candidate à la présidentielle a ensuite attaqué Emmanuel Macron qui a, selon elle, « terriblement affaibli la fonction présidentielle ». « J’ai trop de respect pour la fonction suprême pour participer à une quelconque entreprise, même parlementaire, de demande de destitution. Je laisse ça aux Che Guevariste de carnaval », a-t-elle toutefois nuancé, moquant ainsi l’initiative des Insoumis.

« Réparer ce que vous avez créé »

Marine Le Pen a cependant appelé à mots couverts à la démission du chef de l’État : « C’est à sa conscience de lui commander s’il peut sacrifier le sort de la France à son orgueil. C’est à sa raison de déterminer s’il peut ignorer l’évidence d’une défiance populaire massive [et] définitive. » « Le temps n’est plus très loin avant que ne se profile la grande alternance, qui sera synonyme, pour tous les Français, de délivrance », a-t-elle conclu, sous les hourras de ses collègues de banc, et tandis que Jean-Luc Mélenchon se levait et tournait les talons.

Le siège du chef de file de LFI était donc ostensiblement vide lorsque le président des député·es socialistes, Boris Vallaud, a pris la parole pour évoquer l’après-Barnier. Critiquant une méthode qui « n’aura été en définitive qu’un bruit qui court » et fustigeant un gouvernement « sinistre » en pleine « connivence » avec l’extrême droite, il a appelé de ses vœux la nomination d’un premier ministre « de gauche » soutenu par « une Assemblée qui cherche les compromis et les majorités larges autour de quelques priorités qui répondent à l’urgence et aux attentes des Français ».

Un discours qui lui a valu une chaleureuse accolade de ses collègues socialistes Philippe Brun et François Hollande, ainsi que les applaudissements debout de l’écologiste Cyrielle Chatelain qui lui a succédé à la tribune. « Monsieur le premier ministre, après votre censure, il nous reviendra de construire un budget qui viendra réparer ce que vous avez créé », a pronostiqué cette dernière, bientôt suivie par le communiste Nicolas Sansu qui a estimé qu’une « alternative progressiste [devait] prendre corps ».

Puis, les anti-censure ont enchaîné les prises de parole, s’employant à noircir le tableau et à renvoyer dos à dos « les extrêmes ». Chez Les Républicains (LR), Laurent Wauquiez a pointé la « passion de tout renverser », d’une « coalition des contraires » sur le point d’« enfoncer la France dans une crise économique et financière ». Quant à Laurent Marcangeli, patron des député·es Horizons, le parti d’Édouard Philippe, il a dit redouter que la censure ne devienne « un réflexe pavlovien qui conduirait à ce que les budgets ne soient pas adoptés d’ici l’été prochain ».

Membre du petit groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires (Liot), Charles de Courson s’est quant à lui inquiété des « solutions extrêmes » qui pourraient être apportées et a appelé à un un large rassemblement républicain. De son côté, l’ancienne macroniste Stella Dupont, aujourd’hui siégeant en non-inscrite, a expliqué pourquoi elle se refusait à voter la censure, quand bien même elle ne soutenait pas ce gouvernement : « Nous n’avons pas de plan B. »

En mauvais termes avec Michel Barnier, qui l’avait ridiculisé au moment de la passation de pouvoir à Matignon, Gabriel Attal s’est contenté de déplorer une « politique française malade », avant de s’en prendre frontalement au RN. « Madame Le Pen, assumez votre alliance avec LFI, assumez le désordre… », a-t-il lancé.

Je n’ai pas peur de la motion de censure.

Michel Barnier lors de son discours, avant d’être censuré

L’ex−premier ministre, qui prendra dimanche la tête du parti Renaissance, a ensuite tenté de manière peu subtile de diviser « l’extrême gauche » insoumise et la gauche « républicaine, de gouvernement ». « C’est à ceux-là que nous disons : affranchissez−vous ! Mettons-nous autour de la table ! », a-t-il clamé devant les bancs socialistes quasiment vides.

En réponse, Michel Barnier avait, lui, choisi de faire court – un quart d’heure – pour son dernier « moment de vérité » dans l’hémicycle. Après une brève standing ovation, le déjà ex-chef du gouvernement a remercié ses ministres, comme s’il était à une remise de prix. « C’est compliqué ici, hein ? », a-t-il dit à l’adresse de Gabriel Attal qui a hoché longuement la tête. Faute de budget, « près de 18 millions de foyers paieront des impôts supplémentaires », a-t-il surtout affirmé, répétant l’avertissement qu’il avait déjà formulé la veille, aux 20 heures de TF1 et de France 2 – et qui a été démenti depuis, notamment par Éric Coquerel.

Le premier ministre le plus éphémère de la Ve République a enfin eu quelques mots plus personnels : « Je n’ai pas peur de la motion de censure », a-t-il dit avant de se comparer à Georges Pompidou, lui aussi défait par une motion de censure en 1962, « cet homme d’État que j’ai toujours admiré » et qui « recherchait la morale de l’action ».

« Je ressens comme un honneur d’avoir été et d’être encore le premier ministre des Français. Cela reste un honneur d’avoir servi la France », a-t-il conclu, pendant que les bancs macronistes et ceux de LR se levaient pour un dernier applaudissement. Et que les bancs de la gauche et de l’extrême droite quittaient ostensiblement l’hémicycle.

Mathieu Dejean et Pauline Graulle


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message