« Ça ne peut pas durer jusqu’en 2027 » : la démission de Macron gagne les esprits

samedi 14 décembre 2024.
 

Avant même la censure du gouvernement Barnier, la possibilité d’une démission refait surface ces derniers jours. Alors que les appels à la démission se multiplient, l’Élysée continue de balayer l’hypothèse… comme avant la dissolution de l’Assemblée nationale en juin.

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Il y a encore quelques semaines, l’évocation de ce scénario déclenchait souvent un éclat de rire, façon de dire : « Vous êtes sérieux ? » Ces derniers temps, les proches et les soutiens du président de la République ont changé de ton, à l’image de ce ministre dont le regard s’assombrit quand on lui pose la question. « Moi, je ne vois pas du tout le président de la République démissionner dans une période comme celle-là », glisse ce macroniste de la première heure fin novembre.

Entre le rire moqueur et la dénégation, un peu de temps est passé, la crise politique s’est aggravée et ce qui paraissait inconcevable ne l’est plus tout à fait au sein de l’ancienne majorité. Début septembre, déjà, les uns et les autres ont halluciné en voyant Édouard Philippe déclarer sa candidature à l’élection présidentielle, deux jours avant la nomination de Michel Barnier à Matignon.

Le maire du Havre (Seine-Maritime) sait forcément, à l’époque, comment sera interprété un tel empressement à se lancer. Ça n’a pas loupé. Au Point, qui lui demande s’il est prêt, « y compris en cas de présidentielle anticipée », il ne prend pas la peine de dissiper l’hypothèse. La réponse se veut sans ambages : « Je vous le confirme. » Et voilà l’éventualité d’une démission d’Emmanuel Macron confortée par son ancien premier ministre.

Trois mois plus tard, l’adoption probable d’une motion de censure, mercredi 4 décembre, ferme – temporairement ? – la parenthèse Michel Barnier et rouvre la machine à spéculations. Pour contourner sa mise en minorité à l’Assemblée nationale, le président de la République a improvisé une coalition avec la droite Les Républicains (LR) et tenté de gouverner sans majorité parlementaire.

Le trimestre passé par l’ancien commissaire européen à Matignon en témoigne : l’entreprise est aussi vaine que coûteuse. Soumis à l’épée de Damoclès d’une censure du Rassemblement national (RN) au-dessus de sa tête, le premier ministre a tout tenté. Il a reçu le parti d’extrême droite, a sermonné un ministre qui ne voulait pas en faire autant, a cédé à plusieurs de ses exigences, a promis une loi sur l’immigration et un chantier sur la proportionnelle… « Nous voterons la censure », a promis, malgré tout, le RN lundi.

Sitôt le gouvernement renversé, c’est vers l’Élysée que se tourneront les regards. Privé du pouvoir de dissolution jusqu’à l’été prochain, le président de la République paraît plus démuni que jamais. Après avoir écarté l’option Lucie Castets, proposée par la gauche, au nom de la « stabilité » supplémentaire qu’était censé offrir le scénario Barnier, le voilà contraint de reconnaître un nouvel échec.

Sa manœuvre estivale ne lui aura donné que trois mois de répit. Revoilà l’équation post-législatives à nouveau posée, en des termes plus complexes encore. Comme après le 7 juillet, Emmanuel Macron pourrait proposer au Nouveau Front populaire (NFP) de constituer un gouvernement et de chercher des majorités ou, à défaut, la bienveillance du bloc central.

L’option paraît aujourd’hui hautement improbable tant le chef de l’État veut voir se poursuivre les grandes orientations socio-économiques de son premier quinquennat. Depuis trois mois, Emmanuel Macron a perdu beaucoup de ses leviers, ses conseillers ne participent plus aux réunions interministérielles où sont pris la plupart des arbitrages et Matignon ne prend même plus la peine de prévenir le « Château » avant telle ou telle décision importante.

Macron tente encore des plans B

Il n’en reste pas moins que les « ruptures » promises par Michel Barnier à sa nomination n’ont pas ébranlé l’édifice macroniste : les nominations nécessitent encore la signature présidentielle, la politique n’a jamais cessé d’être « pro-business » depuis sept ans et ce que l’Élysée perçoit comme des « acquis » (la réforme des retraites ou celle de l’assurance-chômage) est défendu avec vigueur par le nouveau gouvernement.

Dès lors, la suite doit s’écrire à l’avenant, estime encore Emmanuel Macron : trouver une autre formule, un peu moins instable, qui puisse durer au moins jusqu’à l’été… sans remettre en question le cœur de la doxa présidentielle. Conserver le pouvoir, donc, même étiolé, même ébranlé.

Mais pour combien de temps ? En face, les oppositions menacent déjà de réactiver l’arme de la motion de censure autant de fois qu’il le faudra. Avec l’idée, théorisée par Jean-Luc Mélenchon, d’accélérer le rythme politique pour pousser le président de la République à démissionner.

À l’Élysée, ses proches tentent d’évacuer l’option du paysage. « Ce n’est pas son genre, dit l’un. Il ne partira pas, il l’a déjà dit. Plus ça sera dur, plus il aura envie de se battre. » Une autre s’interroge sur l’intérêt même d’une telle décision : « Démissionner, qu’est-ce que ça règle au problème ? Ça donne les clés à Marine Le Pen ? L’Assemblée nationale sera comme ça, au moins jusqu’en juillet. Qu’il parte n’y changera rien. »

À l’un de ces interlocuteurs, on fait remarquer qu’il disait la même chose quelques semaines avant la dissolution. Dans la logique des ministres, parlementaires et conseillers de l’exécutif qui soutiennent encore le chef de l’État, la démission paraît irrationnelle, improbable, sans précédent comparable. C’est en partie vrai. Mais la dissolution du 9 juin l’était-elle moins ?

Partir pour préserver la Ve République ?

C’est à cette date, par une décision aussi inattendue qu’incompréhensible, qu’Emmanuel Macron a ouvert la crise politique qui l’enserre encore six mois plus tard. En prolongeant un peu les échanges, les mêmes interlocuteurs qui ne « [voulaient] pas y croire » sont bien obligés de le reconnaître : « S’il tente plusieurs trucs dans les semaines à venir et que tout reste bloqué... » Jean-François Copé, le maire (LR) de Meaux (Seine-et-Marne), résume : « Sa démission est la seule solution au problème qu’il a lui-même posé. »

L’ancien baron de la droite a surpris la coalition au pouvoir en mettant publiquement le sujet sur la table, ces derniers jours. « Ça ne peut pas continuer comme ça jusqu’en 2027, a-t-il affirmé. Il n’y a plus qu’une solution, c’est une nouvelle élection présidentielle. Il faut qu’elle soit anticipée. »

À droite, chez celles et ceux qui se réclament encore du gaullisme, l’enjeu est de préserver la Ve République. « Quand il y a eu une crise politique, qu’est-ce que faisait le général de Gaulle ?, a par exemple interrogé Charles de Courson, député Liot et rapporteur général du budget à l’Assemblée nationale. Lui, il a eu le courage de démissionner. Qu’Emmanuel Macron respecte le vote des Français. »

« Il n’y a pas de crise de régime, balaie Jean-François Copé auprès de Mediapart. Les institutions fonctionnent si on en respecte la logique. Il faut reprendre la logique institutionnelle qui fonctionne le mieux : d’abord le président, ensuite l’Assemblée. Le seul moyen de retrouver cette légitimité, c’est d’avoir une élection présidentielle anticipée. Il faudrait l’organiser à partir du mois de mars pour avoir, dans la foulée, une législative. Là, les choses s’enchaîneront dans le bon sens et les Français voteront en connaissance de cause. »

Ilyes Ramdani

2 décembre 2024 à 20h14


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