Macron le fugitif

dimanche 25 août 2024.
 

Alors que la France attend un gouvernement, Macron se promène d’inaugurations en cérémonies, jalonne son existence politique de sauts de puce, comme hier matin à Toulon où la météo lui fait poser un lapin aux invités de l’après-midi sur le porte-hélicoptères Dixmude. Ce président gyrovague joue avec les nerfs des politiques

Macron par-ci, Macron par-là, les chaines info talonnent le chef de l’État. Pour le petit peuple de France, elles suivent le Narcisse gyrovague où le jeu d’acteur participe de la distraction politique. Après son casse à l’Assemblée nationale (sa majorité a perdu 82 députés après le coup de sang des législatives), le tournis vire au tour de manège. Les électeurs qui ont fait leur travail le 7 juillet s’impatientent et attendent des actes. Le président devenu sourd aux sifflets de la parade olympique du 12 juillet reste un grand bavard et inquiète. Se rend-il compte de ce qu’il dit ? Au hasard, voici ce qu’il promet le 25 avril dernier : « Si vous me faites confiance, je n’entends pas, en tant que président, intervenir sur tout et partout » osait-il...

La géographie, tout comme les jeux, peut offrir le divertissement. À défaut de faire la carte des déplacements de Macron, on peut les évaluer par leur coût. La Cour des Comptes a publié un rapport édifiant fin juillet sur l’explosion du budget de l’Élysée en 2023. De 9,87 millions d’euros en 2021, on est passé à 21 millions deux ans plus tard, avec un déficit de 8,3 millions. En tête des dépenses, les 112 déplacements (soit presqu’un tous les trois jours), dont 69 en Falcon ou Airbus A330[1] pour des destinations lointaines parmi lesquelles la Chine, l’Océanie, le Japon, la Mongolie, l’Inde, le Bengladesh pour la seule année 2023. Pour les aller-retours de Macron au Qatar pour la Coupe du monde en 2022, les Français ont aligné 501 000 euros, soit 31 ans de Smic. En 2023, la moindre bougeotte présidentielle en France coûte en moyenne 207 000 euros.

Au titre des voyages « thématiques » copiés sur ceux de Sarkozy (industrie, transports, agriculture, technologies...), on a pu retrouver en octobre 2021 la visite d’un refuge de la SPA à Gray (Haute-Saône) pour annoncer une future loi sur la maltraitance animale : « Un chasseur, il aime les animaux [...] Il faut éviter d’opposer les modes de vie ». À quoi servent les voyages ?

Pour distraire encore le monarque, on peut lui proposer un tour au Palais idéal du facteur Cheval pour y annoncer que la Poste se porte bien, à Rustrel (Vaucluse) dans le Colorado français pour inaugurer une usine de stabilos, à Saint-Amour (Beaujolais) le jour de la saint Valentin, dans la pagode bouddhiste de Lugny à Moissy-Cramayel (Seine-et-Marne) avec Houellebecq pour l’amitié franco-thaïe, aux balcons du vertige dans les gorges du Tarn en cas de décision difficile à prendre, aux Catacombes de Paris pour lancer les première NTI (nuits tactiles internationales) avec le roi des Belges déjà initié...

À moins que cette stratégie de brouiller les pistes politiques en usant et abusant de la géographie, tel un enfant fugueur, Macron en devienne la victime. Brigitte peut lui faire relire la vie de chefs d’État pris en flagrant délit de fuite à Varenne, contraints à une retraite forcée à Sainte-Hélène ou, tout récemment à l’exil, comme Sheikh Hasina, première ministre du Bengladesh chassée par les étudiants de Dacca qui remplacent la police.

La vie politique en France est un roman qui peut tourner à la tragédie.

Manouk BORZAKIAN (Neuchâtel, Suisse), Gilles FUMEY (Sorbonne Univ./CNRS). Renaud DUTERME (Arlon, Belgique), Nashidil ROUIAI (U. Bordeaux), Marie DOUGNAC (U. La Rochelle)


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message