Afghanistan : un enfer pour les femmes

jeudi 16 septembre 2021.
 

I Un décret oblige les jeunes Afghanes à se marier aux talibans

H) La longue lutte des femmes pour leurs droits Août 2021

Les talibans règnent désormais en maître absolu en Afghanistan, vingt ans après avoir été chassés du pouvoir par l’armée américaine.

C’est ce que craignaient le plus les 15 militantes que nous avons interviewées depuis un an, dirigeantes communautaires et politiciennes afghanes, dans le cadre d’une initiative internationale axée sur la défense et la protection constitutionnelle des droits des femmes en Afghanistan. Pour assurer la sécurité des participantes à notre étude, nous avons choisi de ne pas mentionner leur nom, ou de nous en tenir à leur prénom. Elles étaient extrêmement sceptiques sur le fait que les talibans aient pu changer.

« Toute réforme des talibans semble impossible », nous a affirmé une militante de Kaboul, âgée de 40 ans. « Ils prônent une idéologie fondamentaliste, en particulier en ce qui concerne les femmes. »

De la soumission au Parlement

De 1996 à 2001, les talibans ont régné sur l’intégralité de l’Afghanistan. Si l’ensemble de la population a dû se plier aux interdictions découlant de leur interprétation conservatrice du Coran, ce sont les femmes qui en ont le plus souffert.

À l’époque, les femmes n’étaient pas autorisées à sortir de chez elles sans un chaperon mâle, et devaient porter une burqa les recouvrant de la tête aux pieds. Il leur était interdit de se rendre dans les centres de santé, fréquenter l’école ou travailler.

En 2001, les États-Unis ont envahi l’Afghanistan, renversé le régime des talibans et travaillé avec les Afghans à mettre en place un gouvernement démocratique.

L’occupation américaine du pays visait officiellement à mettre la main sur Osama ben Laden, le cerveau des attentats du 11 septembre à New York, réfugié en Afghanistan avec l’aval des talibans. Mais les États-Unis ont aussi invoqué les droits des femmes pour justifier leur occupation.

Une fois les talibans chassés du pouvoir, de très nombreuses femmes ont intégré la vie publique, y compris dans les sphères du droit, de la médecine et de la politique. Les femmes représentent aujourd’hui plus du quart des parlementaires afghans. Déjà en 2016, plus de 150 000 femmes avaient été élues à des postes locaux.

Rhétorique et réalité

L’an dernier, après 20 ans de présence en Afghanistan, les États-Unis ont signé un accord avec les talibans, s’engageant à retirer leurs troupes du pays à condition que les talibans coupent les ponts avec al-Qaida et entament des pourparlers de paix avec le gouvernement. Cet accord est évidemment désuet aujourd’hui, alors que les talibans règnent en maître sur tout le pays.

Les talibans avaient alors affirmé dans le cadre des pourparlers engagés, - et réaffirmé ces jours-ci - vouloir accorder aux femmes des droits « conformes à l’Islam ».

Cela dit, selon les femmes que nous avons interviewées, les talibans rejettent toujours la notion d’égalité des sexes. « Même si les talibans ont appris à apprécier Twitter et les réseaux sociaux à des fins de propagande, leurs actions sur le terrain montrent qu’ils n’ont pas changé », nous a récemment affirmé Meetra, une avocate.

L’équipe de négociateurs des talibans ne comptait aucune femme, et, à mesure que leurs combattants locaux s’emparaient de districts, les droits des femmes y régressaient.

Une institutrice du district situé dans la province septentrionale de Mazâr-e-Sharif, tombé au printemps aux mains des talibans, nous a raconté : « Au début, en voyant les interviews des talibans à la télé, nous avons cru qu’il existait un espoir de paix, que les talibans avaient peut-être changé. Mais je les ai vus de près, et ils n’ont absolument pas changé. »

Dans les zones sous le contrôle des talibans, il n’était pas rare d’entendre les haut-parleurs des mosquées claironner que les femmes doivent désormais porter la burqa et être accompagnées d’un chaperon mâle en public. Ils brûlent les écoles publiques, les bibliothèques et les laboratoires d’informatique.

« Nous détruisons ces lieux et mettons en place nos propres écoles religieuses pour former les talibans de demain », a expliqué un combattant local à la chaîne France 24 en juin 2021.

Dans les écoles religieuses pour filles dirigées par les talibans, les élèves apprennent en quoi consiste le rôle « approprié » des femmes, selon leur interprétation stricte du Coran. Il consiste essentiellement en l’accomplissement de tâches domestiques.

Pour beaucoup d’Afghans, la manière d’agir des talibans prouve que ceux-ci rejettent les principes de base de la démocratie, dont ceux de l’égalité des sexes et de la liberté d’expression.

Une histoire d’égalité

De nombreux pays musulmans ont peu à peu progressé vers l’égalité des hommes et des femmes. C’est le cas de l’Afghanistan, où les femmes luttent depuis un siècle avec succès pour obtenir de nouveaux droits.

Dans les années 1920, la reine Soraya d’Afghanistan a pris part au développement politique du pays au côté de son époux, le roi Amanullah Khan. Militante des droits des femmes, elle a veillé à ce que les femmes bénéficient non seulement d’une formation traditionnelle axée sur les arts ménagers et la religion, mais aussi d’une éducation moderne axée sur les sciences, l’histoire et d’autres domaines.

Dans les années 1960, des femmes figuraient parmi les rédacteurs de la première véritable Constitution de l’Afghanistan. Ratifiée en 1964, elle a instauré l’égalité des droits entre hommes et femmes ainsi que des élections démocratiques. En 1965, quatre femmes ont été élues au Parlement afghan, et plusieurs autres sont ensuite devenues ministres.

Les femmes afghanes ont manifesté contre toutes les atteintes à leurs droits. En 1968, par exemple, lorsque les conservateurs ont tenté d’adopter une loi leur interdisant de partir étudier à l’étranger, des centaines d’étudiantes ont manifesté à Kaboul et dans d’autres villes.

Le statut des femmes afghanes a continué de s’améliorer sous les régimes socialistes de la fin des années 1970 et des années 1980, soutenus par les Soviétiques. Pendant cette période, le Parlement a encore renforcé l’éducation des filles et rendu illégales les pratiques préjudiciables aux femmes, comme celles qui consistaient à les offrir en mariage pour mettre fin aux conflits entre tribus ou encore à forcer les veuves à épouser le frère de leur mari décédé.

À la fin de l’ère socialiste, en 1992, les femmes participaient pleinement à la vie publique en Afghanistan. En 1996, l’ascension des talibans a mis un terme aux progrès accomplis, temporairement.

Une république résiliente

L’ère post-talibans a montré la résilience des femmes afghanes après le terrible recul de leurs droits. Elle a aussi mis en lumière le souhait des citoyens de voir mis en place un gouvernement plus démocratique et réactif.

Les talibans n’étaient pas en mesure de s’emparer du pouvoir par les urnes. En effet, dans le cadre d’un sondage mené en 2019 par The Asia Foundation, seuls 13,4 % des répondants ont exprimé une certaine sympathie pour eux.

C’est la raison pour laquelle les talibans ont imposé leur autorité au peuple afghan par la force des armes, comme ils l’avaient fait dans les années 1990. De nombreuses femmes craignent que l’Histoire ne se répète…

Homa Hoodfar Professor of Anthropology, Emerita, Concordia University

Mona Tajali Associate Professor of International Relations and Women’s, Gender, and Sexuality Studies, Agnes Scott College

This article was originally published in English

The Conversation

https://theconversation.com/les-tal...

G) L’Afghanistan vu par les femmes de RAWA

Les Talibans ont pris le pouvoir en Afghanistan dans la foulée du retrait des forces d’occupation américaines. Alors que la situation des femmes afghanes a souvent été instrumentalisée par les médias mainstream et les intellectuels philo-impérialistes pour légitimer les interventions occidentales, nous avons souhaité traduire en français cette interview de l’une des porte-parole de l’Association des femmes révolutionnaires d’Afghanistan (RAWA), réalisée alors que les Talibans entamaient leur reconquête militaire.

RAWA est une organisation politique féministe basée à Quetta, au Pakistan, et fondée en 1977 par Meena Keshwar Kamal dans le but d’aider les femmes dans leur lutte pour l’émancipation et les droits civils. Dès les années 1990, lors du premier régime taliban, elle a mené des activités clandestines dans le pays en soutien à l’émancipation des femmes. À travers cet entretien mené par l’Osservatorio Afghanistan, Maryam fait le bilan de 20 ans d’occupation occidentale et formule des perspectives sur la continuation de la lutte dans la nouvelle séquence qui s’ouvre.

Cristiano Tinazzi : Depuis la chute des Talibans en 2001, quels progrès ont été réalisés en ce qui concerne le statut des femmes dans le pays ?

Maryam : Il y a eu très peu de progrès, et nous pouvons dire qu’aucun de ces changements ne s’est enraciné profondément dans la société. Ils ont été fragiles, et à certains niveaux, illusoires.

Les 20 dernières années ont apporté plus de déceptions et plus de larmes. L’insécurité, la guerre généralisée et l’incertitude quant à l’avenir, les attentats suicides, les assassinats ciblés, la corruption rampante, la drogue et la toxicomanie, la pauvreté, les déplacements de population et bien d’autres choses encore, sont les préoccupations quotidiennes de notre peuple, et en particulier des femmes. L’Afghanistan est toujours décrit comme « le pire endroit pour naître en tant que femme ». L’une de nos membres a déclaré de manière prophétique dans une interview du 13 mars 2002 : « Nous savons qu’il est difficile de ne pas vouloir réagir lorsqu’un événement comme le 11 septembre se produit, mais le bombardement de l’Afghanistan ne débarrassera pas le monde du terrorisme. Les terroristes et les fondamentalistes vivent partout dans le monde, et en bombardant un pays, vous ne tuez pas leur réseau ». Nous voyons aujourd’hui le résultat : les Talibans, plus puissants qu’avant, dirigent le pays.

Quels ont été les plus grands succès et les plus grands échecs de ces vingt longues années d’occupation militaire ?

Il y a eu quelques succès, comme le fait que les filles ne sont plus interdites d’école et que les femmes ont pu exercer certains emplois. Les médias ont réussi à atteindre même les villages les plus reculés et les gens ont eu accès aux émissions de radio et de télévision. Des systèmes de communication tels que les téléphones portables et l’internet ont été introduits. Ces choses peuvent sembler évidentes, mais pour un pays très pauvre et arriéré, ce sont de véritables conquêtes. Mais dans le même temps, la corruption s’est généralisée et le fossé entre les riches et les pauvres s’est creusé. Sous le régime des Talibans, la culture de l’opium a été interdite, mais aujourd’hui, l’Afghanistan est la plus grande base de contrebande de drogue tandis que les divisions ethniques et les affrontements armés sont à leur plus haut niveau.

Nous aimerions également vous rappeler que si l’Afghanistan a été bombardé par les États-Unis et l’OTAN, c’est à cause des Talibans et d’Al-Qaïda. Aujourd’hui, les Talibans sont de retour au pouvoir et Daech est présent dans tout le pays… Même si les Talibans gouvernent l’Afghanistan, le terrorisme, la destruction et les combats ne cesseront pas.

Tant que les États-Unis et de nombreux autres courtisans impliqués tels que le Pakistan, l’Iran, la Turquie, et même la Russie, la Chine et l’Inde trouveront leur intérêt à soutenir des fondamentalistes religieux et des criminels connus, il sera difficile de trouver une solution.

Selon Human Rights Watch, environ 87 % des filles et des femmes afghanes sont victimes d’agressions au cours de leur vie. Ces chiffres sont terrifiants…

L’Afghanistan a toujours été un endroit misérable pour ses femmes en raison de la forte mentalité patriarcale, du système féodal, du manque d’éducation, de la culture et des traditions, des croyances religieuses, etc. Mais les 40 longues années de guerre et surtout le renforcement du fondamentalisme ont rendu la situation encore pire.

Les femmes afghanes sont les premières victimes de la guerre et de la violence persistante. Des cas de viols, d’enlèvements, de mariages forcés, de mariages de mineurs et de violences domestiques sont signalés quotidiennement. Plusieurs raisons expliquent pourquoi ces chiffres ne baissent pas, mais la principale est la forte emprise de ces fondamentalistes qui ont été soutenus par les États-Unis et qui sont les mêmes misogynes qui siègent au parlement, qui font les lois, qui contrôlent la police, le système judiciaire et tous les organes gouvernementaux.

Le rôle des ONG occidentales dans le pays a-t-il été positif ou négatif ?

Les ONG dans notre pays faisaient partie de l’occupation militaire occidentale. Elles ont poussé comme des champignons après le 11 septembre. À l’exception de quelques petits projets efficaces, ils ont surtout joué un rôle négatif. USAID (l’agence gouvernementale américaine), a principalement mis en œuvre les politiques des États-Unis, tout comme de nombreuses autres ONG internationales.

Ces ONG étaient d’ailleurs la raison principale de la corruption et des pots-de-vin. Elles ont réalisé des projets qui n’étaient bons que sur le papier, sous la supervision d’étrangers, et n’ont apporté aucun changement réel dans la vie de notre peuple.

Les pays occidentaux ont quitté l’Afghanistan les uns après les autres. Le retrait américain était-il une erreur ? Et si non, pourquoi ?

Oui, presque tous les pays sont partis. Ce n’est absolument pas une erreur pour nous, c’est plutôt quelque chose de positif. Nous étions totalement contre cette occupation et la présence de ces troupes. Mais malheureusement, ce retrait est le résultat d’un accord diplomatique entre les États-Unis et les Talibans. Une fois encore, comme les années précédentes, ce sont les civils afghans qui paient le prix fort. Les combats en cours tuent des civils, brûlent leurs maisons et leurs fermes et les obligent à quitter leurs villages.

Rawa croit fermement qu’aucune nation ne peut recevoir la paix et le progrès comme si c’était un cadeau. Les nations doivent se battre, construire la paix de leurs propres mains, pour avoir un lien solide avec elle.

Que se passera-t-il si les Talibans prennent le pouvoir ?

Ils sont déjà au pouvoir dans les principales régions du pays, mais tout est arrivé soudainement. Les gens sont encore sous le choc. Jusqu’à présent, ils ont agi différemment selon les zones : certaines régions sont encore disputées, sous le feu des combats, mais d’autres villes et frontières leur ont été remises sans aucune résistance. Tôt ou tard, ils arriveront à Kaboul et il sera difficile de prévoir ce qui se passera. Les Talibans feront de leur mieux pour maintenir une image positive et différente cette fois-ci. Ils tenteront également d’obtenir un soutien international. Ils peuvent organiser des « élections », mais il est impossible de cacher leur nature misogyne, criminelle et ambiguë. Ces derniers jours, les gens sont effrayés par leurs actes criminels et aucun Afghan ne peut oublier les horribles attentats perpétrés ces dernières années, comme les attaques contre des écoles et des hôpitaux, le meurtre de journalistes, de vaccinateurs, de juges, de policiers, de médecins, les attentats suicides…

Même les femmes membres de la délégation des soi-disant pourparlers de paix, comme Fouzia Kofi, avaient affirmé que les Talibans étaient en train de changer, mais les derniers jours ont prouvé le contraire. Les Talibans n’attendent que le bon moment pour atteindre Kaboul et créer leur émirat islamique qui appliquera la charia et s’immiscera dans tous les aspects de nos vies.

L’alternative est-elle de fuir ?

Non, pas du tout. Nous trouverons un moyen de poursuivre notre lutte en fonction de la situation. Il est difficile de dire comment, mais nous poursuivrons certainement nos activités souterraines comme nous l’avons fait dans les années 1990, sous le régime des Talibans. Bien sûr, cela ne se fera pas sans risques et dangers, mais toute forme de résistance nécessite des sacrifices. P.-S.

• Acta.zone. 20 août 2021 : https://acta.zone/lafghanistan-vu-p...

A) Afghanistan : un enfer pour les femmes (Jacques Serieys)

De tous temps quelle que soit la religion dominante institutionnalisée, la place des femmes a oscillé entre enfer et enfermement. Leur situation avait progressé en Afghanistan à l’époque où la gauche était au pouvoir.

Afghanistan 1978 1992 Quand la gauche était au pouvoir

Cependant, les Moudjahidines armés par les USA et leurs alliés faisaient sauter les écoles de filles car leur non scolarisation constitue pour eux un principe divin. Ce seul fait aurait dû pousser les dirigeants politiques et les médias occidentaux à être prudents dans leur soutien à de tels conservateurs arriérés. Les fondamentalistes moudjahidin, tels que Gulbaddin, Rabbani, Masood, Sayyaf, Khalili, Akbari, Mazari et leur complice criminel Dostum ont commis les crimes les plus odieux et les plus perfides qui soient contre les femmes afghanes.

Un fait récent indique le degré d’arriération de ces fondamentalistes dits "modérés" actuellement au pouvoir à Kaboul grâce au soutien des occidentaux. Des députés avaient proposé récemment une loi visant à sanctionner les violences contre les femmes ; ils ont été obligés de retirer leur texte que les moudjahidin considéraient comme typique des influences occidentales contrevenant à la charia.

L’Afghanistan est aujourd’hui classé en tête des pays les plus dangereux pour les femmes, suivi de la République Démocratique du Congo, du Pakistan, de l’Inde et de la Somalie.

B) Le sort atroce 
des femmes 
en Afghanistan

Elles sont jeunes, mariées de force. Certaines ont été défigurées, d’autres violées, quand 
ce n’est pas 
les deux à la fois. 
Elles témoignent 
pour l’Humanité 
du sort atroce 
des femmes 
en Afghanistan, 
pays où 57% d’entre elles sont mariées 
de force avant l’âge de seize ans.

A priori, dans ce quartier de Kaboul que l’on nous a demandé de ne pas nommer, rien ne distingue cette bâtisse de quelques étages des maisons alentour. Il y a bien une petite guérite à l’entrée mais, après tout, ce pourrait être un endroit où vit une personnalité afghane. Les récents attentats dans la capitale ont montré que la sécurité était toute relative. Même pour y accéder, il nous a fallu montrer patte blanche. Venir une première fois, se présenter, expliquer notre demande puis revenir le lendemain. La porte s’ouvre. L’homme jette un regard circulaire sur l’extérieur. Un garde nous fouille. Huma Safi nous attend à l’étage.

Nous sommes dans l’un des rares centres créés pour accueillir les Afghanes en difficulté. Responsable de Women for Afghan Women, Huma Safi explique que l’endroit a été ouvert en 2007. « Au départ, il s’agissait d’un simple bureau ouvert à Kaboul surtout pour tenter des médiations entre les familles et, si besoin, leur fournir un avocat. Mais tout de suite nous nous sommes rendu compte qu’il fallait un foyer pour ces femmes qui, pour une raison ou pour une autre, avait dû fuir leur domicile ou leur famille. » Le besoin est si fort que les responsables de l’association ouvrent, en 2008, une antenne au nord du pays, à Mazar e-Sharif. Et en 2009, l’association s’installe à Kapisa. Cette année, ils espèrent bien faire de même à Kundunz et à Jalalabad. « Nous nous occupons de plus de 1 200 cas, souligne Huma Safi. La plupart du temps, il s’agit de mariages forcés, de mariage d’enfants, c’est-à-dire de jeunes filles qui n’ont pas seize ans, de violences diverses, de divorces et de viols. »

La jeune femme, qui – on ne le réalise pas suffisamment – risque sa vie pour s’occuper de ces femmes en difficulté, estime qu’« en Afghanistan la violence contre les femmes est élevée. Les écoles pour filles sont régulièrement brûlées par les talibans. Lorsque Najibullah (communiste – NDLR) était au pouvoir, les moudjahidin faisaient la même chose. On ne peut pas dire que la situation est bonne, même s’il y a eu quelques changements. Même la Commission pour les droits de l’homme estime que les témoignages que nous rapportons sont infimes par rapport à la réalité ». Consciente des difficultés, elle dit  : « Ce qu’on fait permet d’obtenir quelques changements. Mais les problèmes sont grands et les changements petits. » De la même manière, s’agissant de la communauté internationale, Huma Safi regrette qu’il y ait « beaucoup de rapports mais peu d’actions. Or, ici, les gens sont illettrés. Les femmes ne connaissent pas leurs droits ».

Dans une pièce avoisinante, une jeune femme nous attend. Elle ne montrera pas son visage. On nous demande également de ne pas inscrire son nom. La peur des représailles est réelle. L’histoire monstrueuse, affreuse, inhumaine. Nous sommes dans la province d’Uruzgan. La jeune fille n’a que seize ans. Appelons-la Shakiba. Sa famille était en conflit avec une autre. Un meurtre avait eu lieu. Pour éviter une vengeance, la famille de Shakiba décide de la donner ainsi que sa sœur de dix ans. C’est ce que l’on appelle le « baad ». Shakiba, la mort dans l’âme, quitte alors son foyer pour s’installer dans l’autre famille. On la prévient ainsi qu’elle sera mariée avec l’un des garçons qui, pour le moment, se trouve au Pakistan, à Karachi. Les semaines qui suivent, Shakiba va vivre un véritable calvaire. Rien à côté de ce qui va lui arriver par la suite. Huma Safi raconte  : « Elle était battue tous les jours par les autres membres de cette famille. Alors, quand deux voisines lui ont proposé de l’aider à s’enfuir, elle a cru son drame terminé. » En fait, ces deux femmes ont voulu la vendre à Kandahar, la grande ville du sud de l’Afghanistan pour 200 000 afghanis (environ 4 000 dollars). Arrêtées par la police, les trois femmes se retrouvent en prison. Shakiba pour s’être enfuie de la maison  ! Une fois relâchée, elle est contrainte de retourner dans la famille où elle doit se marier. Pour la première fois, elle y rencontre celui qui va être son mari et qui vient de rentrer du Pakistan. Furieux et sans doute pressé de montrer son pouvoir d’homme, il emmène Shakiba dans la montagne. Il a fait venir les talibans. Ils ont coupé le nez et les deux oreilles de la jeune femme. Âgée aujourd’hui de dix-neuf ans, elle s’est enfuie. Elle a trouvé refuge à Kaboul. L’association tente de l’aider, notamment à bénéficier d’une chirurgie plastique.

L’histoire de Raihana n’est guère plus réjouissante. Elle vient du district de Ghorband, dans la province de Parwan. Elle aussi a trouvé dans ce centre un havre de paix. « Quand j’avais treize ans, on m’a mariée avec un cousin qui avait onze ans, ici à Kaboul. C’était un baad, un arrangement. Je me suis donc retrouvée dans la famille de mon “mari”. Là-bas, tout le monde me battait. Un an après, on m’a forcée à mendier dans la rue. Puis nous avons quitté Kaboul pour Ghorband. Il y a trois mois, au milieu de la nuit, je suis allée à la station de bus et je suis allée à la Commission indépendante pour les droits de la personne en Afghanistan (AIHRC) parce que j’avais entendu des gens dire que c’était un organisme qui pouvait aider les femmes. Maintenant, je veux divorcer. » Huma Safi précise  : « Selon la loi afghane, ce mariage n’est pas légal. »

Gulghatai, elle, arrive de Jalalabad avec sa fille aujourd’hui âgée de huit ans. Gulghatai a aussi été mariée de force avec un homme qui avait déjà une épouse. Elle tombe enceinte et accouche. « Je ne voulais plus avoir de relations avec lui, il me maltraitait, avoue-t-elle. Comme je me refusais à lui, il m’a jeté de l’eau bouillante sur le corps. La deuxième fois, il m’a donné des coups de couteau dans les reins. » L’homme décide alors de prendre une troisième épouse. « Moi, il ne me donnait plus rien, même pas à manger. Ni à moi ni à ma fille », confie Gulghatai. Combative, elle obtient le divorce au bout de six ans. Elle n’était pourtant pas au bout de ses peines. Confiante, elle se rend chez sa sœur, à Kaboul, en attendant d’obtenir « un appartement que le ministère m’avait promis. Il fallait juste que j’attende un peu. C’est ce qu’on m’avait dit ». Elle se met à pleurer. Huma Safi demande à la petite de sortir. « Chez ma sœur, son mari et son fils nous ont violées, moi et ma fille qui n’avait que six ans. » Gulghatai ne veut pas se laisser faire. Elle se rend au ministère de la Femme. On lui conseille de déposer plainte auprès de la police. Les policiers ne la croient pas et demandent un examen médical. Il est alors bien établi que la gamine a perdu sa virginité. Les deux hommes sont maintenant en prison. Gulghatai, qui a du mal à vivre seule avec sa fille dans une société aussi patriarcale et machiste, accède à la proposition de sa deuxième sœur  : prendre un nouveau mari. Celui-ci va tenter de la vendre. L’intervention des personnels de l’AIHRC mettra l’homme en échec. « J’ai vingt-six ans, j’en parais quarante, éclate Gulghatai. Je ne veux pas que ma fille connaisse ce que j’ai enduré. »

Dans un témoignage recueilli par Human Rights Watch, la militante féministe afghane Wazhma Frogh soulignait  : « Huit ans après la chute des talibans et la mise en place du gouvernement Karzai, la situation des Afghanes reste une des pires au monde. Les factions politiques qui dominent l’Afghanistan restent idéologiquement hostiles à de nombreux droits que beaucoup de femmes ont commencé à apprécier depuis la chute des talibans, comme la liberté de mouvements, celle de travailler et le droit à l’éducation. » La commission afghane indépendante des Droits de la personne estime que de 60 % à 80 % de tous les mariages sont des mariages forcés en Afghanistan et qu’environ 57 % des jeunes filles sont mariées avant l’âge de seize ans.

En mars 2006, la commission de la Condition de la femme des Nations unies soulignait que « les rapts, la séquestration, les meurtres dits d’honneur, l’échange de filles et de femmes pour régler une dette ou une querelle restaient une partie importante de la vie des femmes et des filles en Afghanistan et figuraient au nombre des multiples obstacles à leur habilitation et à la parité. L’insuffisance de l’appui et de l’aide aux femmes victimes de violence a été liée à la fréquence des suicides par le feu (…) en 2005. Souvent, on décourage ou on interdit la poursuite par les femmes d’activités hors du foyer. On a également signalé (…) des cas de prostitution forcée et de traite d’étrangères, d’Afghanes et d’enfants afghans ».

Pierre Barbancey, L’Humanité

C) La vie épouvantable des Afghanes sous le régime taliban (par la Revolutionary Association of the Women of Afghanistan)

Selon les talibans, les femmes n’ont aucun autre rôle à jouer que celui de procréer, satisfaire les besoins sexuels des hommes ou de s’atteler aux tâches domestiques.

Source : http://www.rawa.org/rules_fr.htm

Les restrictions et brutalisations des talibans incluent :

1- L’interdiction totale du travail des femmes hors de chez elles, y compris pour les enseignantes, les ingénieurs et la plupart des professions. Seules quelques femmes médecins et infirmières sont autorisées à travailler dans quelques hôpitaux de Kaboul.

2- L’interdiction totale de l’activité des femmes hors de chez elles si elles ne sont pas accompagnées par un mahram (parent masculin).

3- L’interdiction pour les femmes de traiter avec les marchands masculins.

4- L’interdiction pour les femmes de se faire soigner par un médecin homme.

5- L’interdiction d’aller à l’école, à l’université ou dans quelque autre organisme éducatif. (Les talibans ont converti les écoles de filles en séminaires.)

6- L’obligation de porter un long voile (Burqa), les recouvrant de la tête au pied.

7- Les femmes qui ne portent pas ce voile ou ne sont pas accompagnées d’un mahram sont fouettées, battues et insultées.

8- Les femmes dont on voit les chevilles sont fouettées en public.

9- La lapidation publique des femmes accusées de relations sexuelles extra-maritales. (Nombre d’entre elles ont été lapidées jusqu’à la mort).

10- L’interdiction de se maquiller. (On a tranché les doigts de beaucoup de femmes aux ongles vernis).

11- L’interdiction de parler ou de serrer la main d’hommes autres que les mahram.

12- L’interdiction de rire de manière audible. (Aucun étranger à la famille ne doit pouvoir entendre la voix d’une femme).

13- L’interdiction de porter des chaussures à talons, pour ne pas faire de bruit en marchant. (Un homme ne doit pas entendre les pas d’une femme.)

14- L’interdiction de se déplacer en taxi sans un mahram.

15- L’interdiction d’être présentes à la radio, à la télévision ou lors d’événements publics d’aucune sorte.

16- L’interdiction de faire du sport ou d’entrer dans un club ou un centre sportif.

17- L’interdiction de faire de la bicyclette ou de la mobylette, même accompagnées d’un mahram.

18- L’interdiction de porter des habits aux couleurs vives. Les talibans sont d’avis qu’il s’agit de "couleurs qui incitent au sexe."

19- L’interdiction de se rassembler lors de fêtes populaires ou pour tout motif récréatif.

20- L’interdiction de laver le linge près des rivières ou en public.

21- La modification de tous les noms de lieux comportant le mot "femmes." Par exemple, "jardin des femmes" a été renommé "jardin printanier".

22- L’interdiction d’apparaître au balcon de leur maison ou appartement.

23- L’obligation de peindre toutes les fenêtres, pour éviter que les femmes soient vues de l’extérieur.

24- L’interdiction pour les tailleurs hommes de prendre les mensurations d’une femme ou de lui coudre des habits.

25- L’interdiction pour les femmes de se baigner en public.

26- La séparation des hommes et des femmes dans les transports en commun. Les bus portent la mention "réservé aux hommes" ou "réservé aux femmes".

27- L’interdiction de porter un pantalon large, même sous la burqa.

28- L’interdiction de photographier et de filmer les femmes.

29- L’interdiction d’imprimer des photos de femmes dans les journaux et les livres ou d’en accrocher sur les murs des maisons ou des magasins.

À part ces restrictions sur les femmes, les talibans ont :

- Interdit d’écouter de la musique, pour les hommes comme pour les femmes.

- Interdit de regarder des films, la télévision et des vidéos pour tout le monde.

- Interdit de célébrer le nouvel an traditionnel (Nowroz) le 21 mars, qui a été proclamé jour férié non islamique.

- Abrogé la fête du travail (le 1er mai), qu’ils ont qualifiée de "fête communiste".

- Exigé que les personnes ne portant pas un nom islamique changent de nom.

- Imposé des coiffures pour les jeunes afghans.

- Exigé que les hommes portent des habits islamiques et se couvrent la tête.

- Exigé que les hommes ne se rasent pas et ne se taillent pas la barbe tant qu’elle ne descend pas de la largeur d’un poing à partir de l’extrémité du menton.

- Exigé que tout le monde assiste aux cinq prières quotidiennes dans les mosquées.

- Interdit de garder des pigeons et de jouer avec les oiseaux, car c’est une attitude non islamique. Les fauteurs seront emprisonnés et les oiseaux tués. Il est aussi intedit de jouer au cerf-volant.

- Exigé des spectateurs de manifestations sportives qu’ils encouragent en incantant Allah-o-Akbar (Dieu est grand) et a interdit les applaudissements.

- Interdit certains jeux, comme le cerf-volant, considérés comme "non-islamiques" par les talibans.

- Toute personne en possession d’écrits répréhensibles sera exécutée.

- Tout musulman qui se convertira à une autre religion sera exécuté.

- Tous les écoliers et étudiants (masculins) doivent porter un turban. "Pas de turban, pas d’éducation".

- Les minorités non musulmanes doivent porter un badge distinctif ou coudre un morceau de tissu jaune sur leurs habits. Exactement comme les nazis l’ont exigé des juifs.

Etc...

D) 2016 « La situation des femmes en Afghanistan est pire que sous les talibans » Entretien

Quelle est la situation des femmes en Afghanistan ? Vous sentez-vous libérées ?

Malalai Joya La situation des femmes en Afghanistan est malheureusement encore plus désastreuse qu’à l’époque des talibans. Les Afghanes et les Afghans ne sont pas du tout libérés. Ils souffrent d’injustices, d’insécurité, de la corruption, du chômage et de la pauvreté. Les femmes et les enfants sont encore plus mal lotis. Si la situation catastrophique des femmes a été une très bonne excuse pour l’OTAN pour occuper notre pays, le régime des seigneurs de la guerre, qui a remplacé celui des talibans, est tout aussi néfaste pour nous. Ils vont main dans la main avec les talibans et trompent le peuple afghan sous leur déguisement de démocrates.

Le dramatique cas de Farjunda, une jeune fille de 27 ans accusée d’avoir brûlé un Coran, illustre la situation de désastre absolu des femmes. Le 19 mars 2015, elle a été brutalement lynchée en plein jour, à seulement quelques kilomètres du palais présidentiel et à proximité de la police afghane et des troupes étrangères. Après avoir reçu des coups, elle a été écrasée par une voiture. Son corps a été brûlé et jeté dans une rivière voisine. Dans les zones rurales, c’est encore pire. La violence contre les femmes a empiré.

Il y a 15 ans, les femmes et les hommes de notre pays avaient un ennemi, qui était les terroristes talibans, mais avec l’occupation, notre peuple en affronte quatre : les seigneurs de guerre, les talibans, les forces d’occupation et Daech. S’il est vrai que dans certaines grandes villes comme Kaboul, Herat ou Mazar-i-Sharif, certaines femmes ont accès au travail et à l’éducation, c’est surtout pour légitimer l’occupation. Mais dans les zones rurales, le régime n’a rien fait.

Comment votre vie a-t-elle changé depuis l’occupation ?

Durant la période des talibans, j’étais enseignante clandestine et portais la burka. Aujourd’hui, je dois encore porter cet horrible vêtement. Je pense qu’il est un symbole de l’oppression, mais il me donne la sécurité, ainsi qu’à des milliers d’autres femmes, en particulier celles qui sont militantes. Il leur permet de cacher leur identité.

Les femmes afghanes avaient certains droits dans les années 1960 et 1970. Elles étaient habillées plus ou moins à l’occidentale, avaient un rôle dans la société, marchaient même dans la rue sans foulard. Après quatre décennies de guerre, ce sont elles qui ont le plus souffert. Elles courent beaucoup de dangers, en particulier les militantes.

On a essayé plusieurs fois de me tuer. Je ne peux pas rester dans un endroit, je dois aller d’une maison à l’autre et je ne peux pas vivre avec ma famille. Ce sont des problèmes qui touchent toutes les autres militantes afghanes. On a voulu me faire taire, parce que je dénonce ces fondamentalistes à la population et que j’expose à la lumière leurs crimes de guerre parrainés par les États-Unis et de l’OTAN, qui soutiennent le pouvoir en Afghanistan.

Je vous ai montré la photo d’Angela Merkel dans le bureau d’un de ces seigneurs de guerre fondamentalistes, Atta Mohammad Noor, gouverneur de Mazar-i-Sharif dans le nord de l’Afghanistan. C’est un seigneur de guerre très puissant, qui a participé à la guerre civile de 1992 à 1996. Il a maintenant appris à se raser et à mettre costume et cravate. Il reçoit des millions de dollars des gouvernements occidentaux. Il a une sorte de gouvernement à l’intérieur du gouvernement. Le Washington Post l’a signalé comme un célèbre trafiquant de drogue et un homme corrompu, qui a volé des millions de dollars à la « communauté internationale », destinés à la reconstruction et à l’éducation. Des centaines de millions de dollars que le gouvernement a reçu des Occidentaux ont été volés par ces politiciens corrompus qui sont au pouvoir, mais aussi par des ONG, qu’elles soient afghanes et étrangères.

Pourquoi les gens fuient-ils l’Afghanistan et deviennent des réfugiés ?

La situation en Afghanistan est catastrophique. Surtout du fait de l’insécurité et du manque d’emploi. 60% de la population est au chômage, peut-être même plus. Ils quittent le pays pour vivre une vie sûre et obtenir un emploi. Lorsqu’ils s’en vont sur des routes dangereuses, ils affrontent la discrimination et la cruauté. Et cela non seulement dans les pays occidentaux, mais également dans les pays voisins. Ils doivent faire face à la dictature de l’Iran et du Pakistan. Ce que nous voulons, c’est le respect des conventions internationales sur les droits humains, les réfugiés et l’asile. Quand ils sont renvoyés vers l’Afghanistan, ces requérants finissent par être forcés de choisir entre s’enrôler dans les rangs des talibans ou de Daech, qui paient 600 euros par mois, ou devenir toxicomanes.

La responsabilité de cette crise, non seulement en Afghanistan, mais aussi dans d’autres pays comme l’Irak, le Yémen, la Somalie ou la Libye, est le fait des USA et de l’OTAN. Le terrorisme a été utilisé par les hommes politiques pour leur propre stratégie et pour leur intérêt politique et économique. Le peuple en est la victime. Depuis 15 ans, ils ont joué avec le destin des Afghans. Ils ont envahi l’Afghanistan au nom de la guerre contre le terrorisme, en tuant des innocents, dans une prétendue guerre contre les talibans. Ils utilisent l’Afghanistan pour leurs propres intérêts, pour contrôler d’autres puissances asiatiques comme la Chine, l’Iran, la Russie, etc et pour avoir un accès facilité au gaz et au pétrole des états d’Asie. Et, en même temps, gagner des centaines de millions de dollars avec le trafic d’opium. Celui-ci est plus dangereux qu’al-Qaïda et le terrorisme, car il y a plus de trois millions d’Afghans opiomanes, en particulier chez les jeunes.

Le peuple manifeste-il sa colère face à cette situation ?

Nous avons un dicton en Afghanistan qui dit : « Où il y a de la cruauté, il y a aussi de la résistance ». Les gens en ont assez de cette situation désastreuse. Chaque jour, plus de voix s’élèvent contre l’occupation et le régime. Le 11 novembre 2015, par exemple, une mobilisation historique a eu lieu en Afghanistan, suite à la décapitation d’une fillette de neuf ans et de six autres jeunes personnes appartenant à la minorité ethnique des Hazaras. Les responsables de ces crimes sont les talibans et Daech. Quand on a ramené leurs corps à Kaboul à minuit, des dizaines de milliers de personnes de différentes ethnies ont défilé jusqu’au palais présidentiel pour protester. Mais personne ne les a écoutés. Malgré la pluie, ils sont restés là jusqu’au lendemain, jusqu’à ce que le gouvernement, qui a essayé de manipuler la mobilisation, fasse quelques promesses vides.

Chaque jour, ce type de résistance augmente. La guerre en Afghanistan n’est pas seulement affaire d’invasion militaire, mais aussi de propagande. Nous croyons qu’aucune nation ne peut apporter la libération à une autre. La libération se fera par les Afghans. Mais il faut que les Etats-Unis et l’OTAN nous laissent tranquilles, cessent de mettre des criminels de guerre au pouvoir et de négocier avec les terroristes talibans. Les gens détestent ces fondamentalistes. S’ils cessent de les soutenir, nous croyons qu’ils deviendront « orphelins », sans leur pilier fondamental. La seule alternative pour un avenir de paix en Afghanistan réside chez les forces progressistes, les intellectuels.

Le Parti de la solidarité d’Afghanistan, par exemple, représente un espoir pour la jeunesse qui est la première victime de la guerre. C’est un parti laïc, qui lutte contre l’occupation et le fondamentalisme. Il organise des manifestations et compte des militants actifs et très courageux, qui risquent leur vie. Il est nécessaire que les personnes progressistes en Espagne, aux Etats-Unis ou d’autres pays membres de l’OTAN fassent pression sur leurs gouvernements. Que les alliances de gauche de ces pays nous soutiennent, en particulier en ce qui concerne l’éducation, qui est la clé contre l’occupation et contre l’ignorance.

E) Afghanistan : La journaliste et militante du droit des femmes Malala Maiwand abattue

Malala Maiwand a été abattue le 10 décembre 2020 alors qu’elle se rendait à son travail. Son chauffeur a également été tué. Cet assassinat n’a pas été revendiqué mais ce n’est pas le premier meurtre de journaliste ces derniers mois.

Cet article a été publié par Emma Graham-Harrison dans The Guardian, le 10 décembre 2020

Une journaliste et militante des droits des femmes a été abattue dans l’est de l’Afghanistan, la dernière d’une série d’assassinats ciblés qui ont terrorisé les zones urbaines alors que le gouvernement tente de négocier la paix avec les insurgés.

Malalai Maiwand, reporter à Enikas Radio and TV, a été tuée avec son chauffeur, Mohammad Tahir, alors qu’elle se rendait le matin à son travail à Jalalabad, la capitale de la province de Nangarhar, dans l’est du pays.

Sa mort survient un mois après qu’un éminent journaliste du sud de l’Helmand, Elyas Dayee, et un ancien présentateur de nouvelles télévisées de Kaboul, Yama Siawash, aient été tués dans des attentats à la voiture piégée. Cette année a également vu des défenseurs des droits de l’homme, des universitaires religieux modérés et des militants de la société civile s’affronter dans leur vie quotidienne.

Les Talibans ont nié la responsabilité de la mort de Maiwand et n’ont pas revendiqué les autres meurtres. Mais les analystes affirment que les attaques ont visé des personnes travaillant dans des professions ou des conditions – y compris dans des bureaux mixtes – que les talibans veulent réduire ou abolir s’ils reprennent le pouvoir à Kaboul.

Ils ont créé un climat de peur, laissant beaucoup de gens se demander s’il est sûr de continuer à travailler.

Des milliers ont fui la province de Ghazni, à 150 km au sud-ouest de la capitale, attaquée par les talibans. Ils sont partis comme ils pouvaient, sans rien pouvoir emporter. «  Les talibans sont arrivés à pied et en voiture, témoigne Hussein Ali. Il y avait des Afghans mais aussi des Pakistanais et des Ouzbeks. Ils ont commencé à tirer sur les gens. 63 civils ont été tués.  » Les paroles rapportées sont terribles. Nadjibah, 30 ans, un bébé dans les bras, raconte sa peur. «  Ils n’ont pas de pitié, ils sont sauvages. Ils ont frappé des femmes parce qu’elles ne portaient pas la burqa.  »

F) Août 2021 Femmes en danger : rencontre avec ces Afghanes dans la crainte du retour des talibans

Certaines ont fui les exactions des talibans ou craignent leur retour à Kaboul. Elles sont étudiante, directrice de journal ou d’un centre de yoga, patronne d’un café ou informaticienne. Nous nous sommes rendus en Afghanistan pour rencontrer ces femmes qui veulent vivre libres.

Dans la capitale afghane, la vie se poursuit inlassablement malgré la menace d’une arrivée possible des talibans. Les rues de la capitale afghane ne désemplissent pas. La circulation est toujours aussi intense et les embouteillages monstres. Sur les avenues, les échoppes ambulantes étalent leurs pastèques, leurs melons, leurs mangues ou leurs citrons. Sur les bords de la route, des hommes d’un certain âge, foulard autour de la tête, ont transformé leur brouette de porteurs en siège. Ils attendent le chaland chargé de sacs.

Le long de la rivière Kaboul, qui a donné son nom à la ville, s’étend le quartier Mandai. C’est la porte d’entrée du bazar, qui grouille toujours de monde. Les odeurs le disputent aux couleurs, selon que vous passiez du marché aux épices à celui des fruits secs ou à celui des oiseaux. Les apparences sont néanmoins trompeuses.

Mehmoob, vendeur de gilets et de patous (les couvertures afghanes), est maintenant l’un des rares vendeurs de burqa, là où, sous le règne des talibans, ce voile intégral était fièrement accroché à l’extérieur, flottant au vent comme des fantômes bleus, jaunes ou verts. Aujourd’hui, il faut entrer dans la boutique pour en trouver.

Ce qui ne fait pas de Mehmoob un nostalgique des talibans. Au contraire. «  J’étais petit quand ils dirigeaient le pays mais je connais leur sauvagerie.  » Ce qui le préoccupe, comme beaucoup de commerçants, est la perte de 70% de son chiffre d’affaires. Même le vendeur de corans se désole de ses ventes en chute libre. C’est dire  ! Malgré l’agitation, les Kabouliotes sont inquiets. Le souvenir des talibans est revenu hanter les femmes.

3000 familles chiites ont dû s’enfuir

Si Kaboul a vécu dans un calme relatif ces derniers mois, l’attaque suicide de mardi est venue rappeler que le danger rôde, tout comme la mort. Et si la capitale peut encore vivre, ce n’est pas le cas partout dans le pays. Il suffit d’aller à Dasht-e-Barchi, un quartier de l’ouest de la capitale afghane où vit principalement la communauté hazara de confession chiite.

C’est là que près de 3 000 familles, soit plus de 15 000 personnes, ont trouvé refuge. Le gouvernement et la municipalité sont dans l’incapacité de les aider. Si de nombreuses familles sont logées par les habitants, d’autres se déplacent de mosquée en mosquée pour pouvoir dormir. Les restaurateurs se sont mobilisés pour apporter de la nourriture, une fois par jour.


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