Les effets du bruit sur la santé

lundi 12 mars 2018.
 

Le bruit est considéré aujourd’hui par les Français comme la pollution n°1. 1 sur 2 se dit concerné.

Environ 11% des français (soit plus de 6 millions de personnes) sont exposés à des niveaux sonores diurnes compris entre 65 et 70 dB(A).

En centre-ville, la population est soumise à des niveaux sonores compris entre 65 et 78 dB(A) avec une moyenne vers 72 - 75 dB(A) aux abords des grands axes.

500 000 personnes sont exposées aux nuisances des avions (dont 300 000 en région parisienne).

Plus de 80% des bruits urbains sont dus aux infrastructures de transports.

Le bruit des transports, en agglomération urbaine ou au voisinage des axes de liaison, est presque omniprésent (espace) et continuel (temps).

Les effets du bruit sur la santé sont de deux types : physiologiques et psychologiques. Le bruit et la gêne qu’il entraîne peuvent ainsi affecter la santé mentale des personnes les plus exposées en déclenchant chez elles des stress répétitifs.

Des valeurs guides relatives aux effets spécifiques du bruit sur la santé et dans les environnements spécifiques ont été proposés par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en 2000. Voir le tableau des valeurs guides OMS.

Le Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France (CSHPF) a également émis des recommandations relatives aux expositions des populations au bruit aérien (avis du 6 mai 2004). Il préconise ainsi :

- de ne pas dépasser, en façade des habitations, un niveau LDEN de 60 dB(A), toutes sources confondues ;

- de respecter pendant la période 22h-6h en façade des habitations, les critères suivants, correspondant aux recommandations de l’OMS en prenant en compte un isolement de façade de 25 dB(A) :

LAeq < 55 dB(A) (toutes sources confondues)

moins de 10 évènements sonores, toutes sources confondues, avec un LAmax > 70 dB(A)

Le seuil de danger acoustique est par ailleurs fixé à 90 décibels. Au-delà de 105 décibels, des pertes irréparables de l’audition peuvent se produire. Le seuil de douleur acoustique est fixé à 120 décibels. Au-delà de 120 décibels, le bruit devient intolérable, provoquant d’extrêmes douleurs et des pertes d’audition.

1) Le déficit auditif

Le déficit auditif est défini comme l’augmentation du seuil de l’audition. Des déficits d’audition peuvent être accompagnés de l’acouphène (qui sonnent dans les oreilles). Le déficit auditif dû au bruit se produit principalement dans l’intervalle de fréquence plus élevée de 3 000-6 000 hertz, avec le plus grand effet à 4 000 hertz. Mais avec l’augmentation de LAeq, 8h en un temps d’exposition croissant, le déficit auditif dû au bruit se produit même à des fréquences aussi basses que 2 000 hertz. Cependant, un déficit auditif ne se produit pas aux niveaux LAeq, 8h de 75 dB(A) ou moins, même en cas d’exposition prolongée sur les lieux de travail.

Partout dans le monde entier, le déficit auditif dû au bruit est le plus répandu des dangers professionnels.

L’ampleur du déficit auditif dans les populations exposées au bruit sur le lieu de travail dépend de la valeur de LAeq, 8h, du nombre d’années pendant lequel on a été exposé au bruit, et de la sensibilité de l’individu. Les hommes et les femmes sont de façon égale concernés par le déficit auditif dû au bruit. Le bruit dans l’environnement avec un LAeq 24h de 70 dB(A) ne causera pas de déficit auditif pour la grande majorité des personnes, même après une exposition tout au long de leur vie. Pour des adultes exposés à un bruit important sur le lieu de travail, la limite de bruit est fixée aux niveaux de pression acoustique maximaux de 140 dB, et l’on estime que la même limite est appropriée pour ce qui concerne le bruit dans l’environnement.. Dans le cas des enfants, en prenant en compte leur habitude de jouer avec des jouets bruyants, la pression acoustique maximale ne devrait jamais excéder 120 dB. Pour le bruit dû au tir avec des niveaux LAeq, 24h au-dessus de 80 dB(A), il peut exister un risque accru de déficit auditif.

La conséquence principale du déficit auditif est l’incapacité de comprendre le discours dans des conditions normales, et ceci est considéré comme un handicap social grave. Même les petites valeurs de déficit auditif (10 dB ramenés à une moyenne plus de 2 000 et 4 000 hertz et pour les deux oreilles) peuvent compromettre la compréhension de la parole.

2) La perturbation du sommeil

La perturbation du sommeil est une conséquence importante du bruit dans l’environnement. Le bruit environnemental peut causer des effets primaires pendant le sommeil, et des effets secondaires qui peuvent être constatés le jour, après exposition au bruit dans la nuit. Le sommeil non interrompu est un préalable au bon fonctionnement physiologique et mental, et les effets primaires de la perturbation du sommeil sont : la difficulté de l’endormissement ; les réveils et les changements de phase ou de profondeur de sommeil ; la tension artérielle, la fréquence cardiaque et l’augmentation de l’impulsion dans les doigts ; la vasoconstriction ; les changements de respiration ; l’arythmie cardiaque ; et les mouvements accrus de corps. La différence entre les niveaux sonores d’un événement de bruit et les niveaux sonores de fond, plutôt que le niveau de bruit absolu, peuvent déterminer la probabilité de réaction. La probabilité d’être réveillé augmente avec l’importance des nuisances sonores durant la nuit. Les effets secondaires, ou répercussions, le jour suivant sont : une fatigue accrue, sentiment de dépression et performances réduites.

Pour un sommeil de bonne qualité, le niveau sonore équivalent ne devrait pas excéder 30 dB(A) pour le bruit de fond continu, et des niveaux de bruit excédant 45 dB(A) devraient être évités. En fixant des limites pour des expositions particulières au bruit dans la nuit, le caractère du bruit intermittent doit être considéré. Ceci peut être réalisé, par exemple, en mesurant les différents bruits, aussi bien que la différence entre le niveau sonore maximum et le niveau sonore de fond. Une attention particulière devrait également être accordée, aux sources de bruit dans un environnement sonore bas, à l’association des bruit et des vibrations, et aux sources de bruit avec des composants de basse fréquence.

3) La compréhension de la parole

La compréhension de la parole est compromise par le bruit. La majeure partie du niveau acoustique dans la conversation est située à la fréquence de 100-6 000 hertz, avec un niveau plus important jusqu’à 300-3 000 hertz. L’interférence avec la parole est fondamentalement un processus masquant, dans lequel les interférences par le bruit rendent la compréhension impossible. Le bruit dans l’environnement peut également provenir d’autres signaux acoustiques qui sont importants dans la vie quotidienne, tels que les carillons de porte, la sonnerie du téléphone, du réveil-matin, des signaux d’alarmes, la musique.

La compréhension de la parole dans la vie quotidienne est influencée par le niveau sonore, par la prononciation, par la distance, par les bruits interférents, par l’acuité auditive, et par l’attention. À l’intérieur des bâtiments, la compréhension de la parole est également affectée par les qualités de sonorisation. Des temps de réverbération plus de 1 s produisent une de la discrimination de la parole et rendent la perception de la parole plus difficile et fatiguante. Pour que les auditeurs avec une audition normale comprennent parfaitement la parole, le taux signal/bruit (c.-à-d. la différence entre le niveau de la parole et le niveau sonore du bruit interférent) devrait être au moins 15 dB(A). Puisque le niveau de pression acoustique du discours normal est environ 50 dB(A), un bruit avec des niveaux sonores de 35 dB(A) ou plus, gêne la compréhension de la parole dans les plus petites pièces. Pour les groupes vulnérables, des niveaux de fond encore plus bas sont nécessaires, et un temps de réverbération en-dessous de 0,6 est souhaitable pour une compréhension adéquate de la parole, même dans un environnement silencieux.

L’incapacité à comprendre la parole a pour résultat un grand nombre de handicaps personnels et de changements comportementaux. Particulièrement vulnérables sont les personnes souffrant d’un déficit auditif, les personnes âgées, les enfants en cours d’apprentissage du langage et de la lecture, et les individus qui ne dominent pas le langage parlé.

4) Les fonctions physiologiques

Chez les travailleurs exposés au bruit, et les personnes vivant près des aéroports, des industries et des rues bruyantes, l’exposition au bruit peut avoir un impact négatif sur leurs fonctions physiologiques. L’impact peut être temporaire aussi bien que permanent. Après une exposition prolongée, les individus sensibles peuvent développer des troubles permanents, tels que de l’hypertension et une maladie cardiaque ischémique à des niveaux sonores élevés. L’importance et la durée des troubles sont déterminées en partie par différentes caractéristiques, style de vie et conditions environnementales. Les bruits peuvent également provoquer des réponses réflexes, principalement lorsqu’ils sont peu familiers et soudains.

Les travailleurs exposés à un niveau élevé de bruit industriel pendant 5 à 30 ans peuvent souffrir de tension artérielle et présenter un risque accru d’hypertension. Des effets cardio-vasculaires sont également survenus après une exposition de longue durée aux trafics aérien et automobile avec des valeurs de LAeq 24h de 65-70db(A). Bien que l’association soit rare, les effets sont cependant plus importants chez es personnes souffrant de troubles cardiaques que pour celles ayant de l’hypertension. Cependant cet accroissement limité des risques est important dans la mesure oú un grand nombre de personnes y est exposé.

5) Niveaux de performance

Il a été montré, principalement pour les travailleurs et les enfants, que le bruit peut compromettre l’exécution de tâches cognitives. Bien que l’éveil dû au bruit puisse produire une meilleure exécution de tâches simples à court terme, les performances diminuent sensiblement pour des tâches plus complexes. La lecture, l’attention, la résolution de problèmes et la mémorisation sont parmi les effets cognitifs les plus fortement affectés par le bruit. Le bruit peut également distraire et des bruits soudains peuvent entraîner des réactions négatives provoquées par la peur.

Dans les écoles autour des aéroports, les enfants exposés trafic aérien, ont des performances réduites dans l’exécution de tâches telles que la correction de textes, la réalisation de puzzles difficiles, les tests d’acquisition de la lecture et les capacités de motivation. Il est crucial d’admettre que certaines stratégies d’adaptation au bruit d’avion, et l’effort nécessaire pour maintenir le niveau de performance ont un prix. Chez les enfants vivant dans les zones plus bruyantes, le système sympathique réagit davantage, comme le montre l’augmentation du niveau d’hormone de stress ainsi qu’une tension artérielle au repos élevée. Le bruit peut également produire des troubles et augmenter les erreurs dans le travail, et certains accidents peuvent être un indicateur de réduction des performances.

6) Effets sociaux et comportementaux, gêne

Le bruit peut produire un certain nombre d’effets sociaux et comportementaux aussi bien que des gênes. Ces effets sont souvent complexes, subtils et indirects et beaucoup sont supposés provenir de l’interaction d’un certain nombre de variables auditives. La gêne engendrée par le bruit de l’environnement peut être mesurée au moyen de questionnaires ou par l’évaluation de la perturbation due à des activités spécifiques. Il convient cependant d’admettre qu’à niveau égal des bruits différents, venant de la circulation et des activités industrielles, provoquent des gênes de différente amplitude. Ceci s’explique par le fait que la gêne des populations dépend non seulement des caractéristiques du bruit, y compris sa source, mais également dans une grande mesure de nombreux facteurs non-acoustiques, à caractère social, psychologique, ou économique. La corrélation entre l’exposition au bruit et la gêne générale, est beaucoup plus haute au niveau d’un groupe qu’au niveau individuel. Le bruit au-dessus de 80 dB(A) peut également réduire les comportements de solidarité et accroître les comportements agressifs. Il est particulièrement préoccupant de constater que l’exposition permanente à un bruit de niveau élevé peut accroître le sentiment d’abandon chez les écoliers.

On a observé des réactions plus fortes quand le bruit est accompagné des vibrations et contient des composants de basse fréquence, ou quand le bruit comporte des explosions comme dans le cas de tir d’armes à feu. Des réactions temporaires, plus fortes, se produisent quand l’exposition au bruit augmente avec le temps, par rapport à une exposition au bruit constante. Dans la plupart des cas, LAeq, 24h et Ldn sont des approximations acceptables d’exposition au bruit pour ce qui concerne la gêne éprouvée. Cependant, on estime de plus en plus souvent que tous les paramètres devraient être individuellement évalués dans les recherches sur l’exposition au bruit, au moins dans les cas complexes. Il n’y a pas de consensus sur un modèle de la gêne totale due à une combinaison des sources de bruit dans l’environnement.


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message