La Catalogne, terre de civilisation !

vendredi 28 septembre 2018.
 

Je viens de revoir le film Land and Freedom de Ken Loach. J’ai ressenti le même bouleversement que la première fois. Pourquoi ?

- parce que j’ai toujours été profondément solidaire des républicains espagnols face aux fascistes

- parce que je me suis toujours senti solidaire des combats fréquents des Catalans à l’avant-garde des mouvements progressistes européens

- 1) 7 juin 1640 : La Révolution populaire victorieuse de Barcelone

- 2) 25 septembre 1932 : La Catalogne accède à l’autonomie, avec son drapeau, sa langue et son Parlement

- 3) Espagne et Catalogne dans les années 1968

- 4) Notre rubrique Catalogne et sa cinquantaine d’articles récents

1) 7 juin 1640 : La Révolution populaire victorieuse de Barcelone

De 1620 à 1640, le royaume d’Espagne connaît une période difficile au plan économique et financier. Or, il maintient son projet de domination impérialiste et cléricale sur l’Europe (possessions dans la péninsule italienne et aux Pays Bas, participation à la Guerre de Trente Ans).

Manquant d’argent pour poursuivre ses guerres, la Cour de Madrid veut faire participer financièrement et militairement le royaume de Portugal et la vice-royauté de Catalogne à l’effort du royaume. Cependant, les conditions juridiques de leur intégration au royaume d’Espagne permettent à ces deux Etats de refuser la prise en compte d’objectifs ne relevant pas de leurs compétences.

En 1626, les Corts de Catalogne sont dissoutes. A partir de 1635, des tercios (régiments) espagnols sont logés en Catalogne pour menacer la frontière française.

En 1639, le comte d’Olivares, ministre tout-puissant du royaume décide d’attaquer militairement la France à partir de la Catalogne de façon à obliger celle-ci à lever des troupes et à participer financièrement à leur prise en charge.

Durant tout l’hiver 1639 à 1640, la nourriture et le logement de troupes nombreuses de l’armée royale espagnole dans les villages, particulièrement par les paysans catalans suscite des tensions. Certains bourgs refusent la prise en charge des soldats comme Sant Feliu de Pallerols, ou Santa Coloma de Farners. La répression exercée en mai 1640 contre les récalcitrants (à Riudarenes le 3 mai et à Santa Coloma de Farners (14 mai) provoque un soulèvement de plus en plus général de la Catalogne

A l’arrivée du printemps, les milieux peu fortunés sont excédés par cette situation. Chaque vol de nourriture ou d’argent par des soldats castillans, chaque viol radicalise un peu plus les Catalans dont le soulèvement va relever d’une lutte à la fois de classe et nationale.

Début mai 1640, les paysans et milieux populaires de Gérone affrontent les soldats qui viennent d’incendier plusieurs églises.

Le 7 juin 1640, environ 400 à 500 faucheurs (Segadors), travailleurs temporaires, accourent à Barcelone pour participer à la traditionnelle procession organisée en vue de la récolte et ils attisent la révolte. Un faucheur est grièvement blessé ; à partir de là, avec la connivence d’une bonne partie de la population locale, l’émeute se généralise dans les rues de Barcelone. Rapidement un groupe de 300 faucheurs se dirigé en désordre vers le Palais du Vice-roi Dalmau de Queralt, comte de Santa Coloma, pour demander justice.

Les cris de ralliement des faucheurs sont « Vive la terre ! », « Vive la foi du Christ ! », « Mort aux traitres ! », « Mort au mauvais gouvernement ! », « Vive la Catalogne et les Catalans ! ».

Un échange de coups de feu entraîne la mort d’un faucheur ; à partir de ce moment, la foule saccage plusieurs maisons de juges de la Reial Audiència. Le vice-roi s’échappe de sa maison vers les Drassanes (arsenaux royaux), afin d’essayer de quitter la ville par la mer. Les insurgés l’apprennent et entreprennent une chasse à l’homme. Le vice-roi est retrouvé et poignardé sur la plage.

Le soulèvement se transforme en une révolte des paysans appauvris contre la noblesse et les riches des villes qui sont à leur tour l’objet d’agressions. L’oligarchie catalane se trouve au milieu d’une authentique révolution sociale, prise entre l’autorité du roi et le radicalisme de ses sujets les plus pauvres.

A partir du 14 août 1640, le pouvoir de Madrid lance son armée contre les Catalans. Ceux-ci demandent l’aide militaire de la France, alors en guerre avec le royaume d’Espagne. L’armée de Philippe 4 d’Espagne avance vers Barcelone semant la terreur sur son passage ce qui renforce encore la détermination catalane. La République catalane est proclamée le 17 janvier 1641 mais l’armée castillane est aux portes de Barcelone que le roi de France consent à soutenir au prix d’un titre de comte de Barcelone et souverain de Catalogne.

La guerre s’éternise ; en 1652, l’armée de Philippe 4 reprend Barcelone. Il redevient suzerain de la catalogne en s’engageant par écrit à respecter ses propres lois.

2) 25 septembre 1932 : La Catalogne accède à l’autonomie, avec son drapeau, sa langue et son Parlement (wikipedia)

En 1931 est proclamée la République catalane confédérée à l’Espagne à la suite de la victoire électorale des partis catalanistes de gauche et obtient en échange, après négociation avec le nouveau gouvernement de la République espagnole, un statut d’autonomie en 1932 qui ressuscite l’institution de la Généralité de Catalogne (en catalan : Generalitat de Catalunya), présidée par l’indépendantiste de gauche Francesc Macià. Sous la présidence de Francesc Macià (1931-1933) et Lluís Companys (1933-1940), tous deux membres de la Gauche républicaine de Catalogne (en catalan : Esquerra Republicana de Catalunya, ERC), la Généralité développe un programme social et culturel avancé. Ce statut est suspendu en 1939 lorsque la Catalogne, fidèle à la République, se soumet aux troupes nationalistes de Franco à la fin de la guerre d’Espagne. En 1940, le président catalan, Lluís Companys, est arrêté en France par les Allemands, livré au régime franquiste qui le fait condamner et fusiller au château de Montjuïc. Destructions causées par un raid aérien allemand sur Granollers, 31 mai 1938.

Durant la dictature franquiste, la répression politique concerne aussi les usages publics de la langue et des symboles de l’identité catalane. Les drapeaux, les hymnes comme Els Segadors ou le Cant de la Senyera, la célébration des fêtes comme la Diada Nacional, voire la sardane, sont considérés comme des signes de subversion et sont déclarés illégaux. Ainsi, le 19 mai 1960, l’interprétation du Cant de la Senyera par le public au palais de la musique catalane en présence de plusieurs ministres franquistes est l’élément central des événements du Palais de la Musique qui se soldent par la condamnation à sept ans de prison du jeune militant nationaliste Jordi Pujol42. Concernant l’enseignement, seules les leçons en langue « chrétienne » (castillane) sont autorisées. Les toponymes sont hispanisés, l’usage du catalan est interdit dans les administrations et en public, par l’introduction du slogan : « Si tu es Espagnol, parle espagnol ! ». Ceci va si loin que le chanteur Joan Manuel Serrat n’a pas le droit de participer au Concours Eurovision de la chanson 1968, parce qu’il veut y chanter la chanson « La la la » en catalan.

3) Espagne et Catalogne dans les années 1968

[4) Notre rubrique Catalogne et sa cinquantaine d’articles récents

http://www.gauchemip.org/spip.php?r...


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