20 janvier 1942 La Conférence nazie de Wannsee accélère la "solution finale de la question juive en Europe"

vendredi 12 octobre 2018.
 

- 1) Le rôle de la Conférence de Wannsee dans le génocide des juifs

- 2) Pré-fascisme et antisémitisme

- 3) L’antisémitisme d’Hitler

- 3) Les débuts de la shoah avant la conférence de Wannsee

- 5) Conférence nazie de Wannsee : état des juifs à exterminer

- 6) Conférence nazie de Wannsee : moyens de l’extermination

1) Le rôle de la Conférence de Wannsee dans le génocide des juifs

Le 20 janvier 1942, quinze hauts dirigeants du 3ème Reich se réunissent dans une luxueuse villa sur les bords du lac de Wannsee (près de Berlin). Cette "conférence" connue par un procès-verbal découvert après guerre a été préparée par Adolf Eichman pour accélérer "la solution finale de la question juive en Europe".

Reinhard Heydrich, bras droit de Himmler, chef de la police allemande et des services de sécurité, introduit un bilan des mesures contre les juifs appliquées avant 1941 et présente les objectifs de répression meurtrière plus systématique envisagés pour l’avenir.

Cette conférence ne doit pas être considérée comme le moment fatidique où le génocide des juifs d’Europe a été décidé mais comme une étape dans un long processus :

- qui commence avec le pré-fascisme

- qui s’accélère avec la mobilisation réactionnaire engagée par les pays occidentaux (USA, Royaume-Uni, France, Allemagne, Autriche, Roumanie...) contre les révolutions populaires des années 1918 à 1925 assimilées au "judéo-bolchevisme".

- qui occupe pignon sur rue en Allemagne avec le soutien massif de banques et grandes entreprises (y compris anglo-saxonnes comme des compagnies pétrolières) à Adolf Hitler, à l’antisémitisme génocidaire pourtant évident.

- qui prend la forme de meurtres de masse à partir de l’invasion de l’URSS (22 juin 1941)

- "Wannsee apparaît comme une sorte de point final dans le processus par lequel le meurtre de masse se changea en génocide (Mark Roseman, Ordre du jour GENOCIDE le 20 janvier 1942, Editions Louis Audibert).

Nous allons ci-dessous résumer ces différentes étapes du processus génocidaire avant de développer quelques éléments concernant la Conférence de Wannsee elle-même.

2) Pré-fascisme, fascisme avant 1939 et antisémitisme

Dans les années 1880 à 1918, l’antijudaïsme traditionnel (catholique, militaire...) devient une orientation politique centrale d’organisations conservatrices de droite que nous caractérisons de pré-fascistes comme le Parti social-chrétien autrichien, l’extrême droite allemande, l’Action Française ou l’Union du Peuple russe.

Hitler naît le 20 avril 1889 en Autriche, fief du pré-fascisme

Allemagne avant 1918 Pourquoi et comment le patronat a fondé le fascisme ?

Action française : mouvement fasciste français (1889 à 1945)

L’Union du Peuple russe, organisation pré-fasciste

L’Union du Peuple russe, organisation pré-fasciste

Aussitôt après la victoire de la révolution russe en 1917, l’antisémitisme est utilisé par les Occidentaux et leurs armées comme moyen de mobilisation des milieux réactionnaires contre les courants progressistes. L’exemple des interventions armées en Hongrie et en Russie même aux côtés des Russes blancs sont éclairants sur ce point.

La propagande des corps francs paramilitaires allemands utilisés par le Parti Social-démocrate allemand pour casser la poussée ouvrière révolutionnaire est tout aussi éclairante. C’est dans ce contexte qu’Hitler est utilisé très officiellement par l’armée allemande pour valoriser l’antisémitisme et développer le nazisme.

12 septembre 1919 : l’armée charge Hitler de construire le parti nazi

Dès cette époque, comme durant les années suivantes, la violence antisémite d’Adolf Hitler laisse présager un risque de génocide s’il approchait du pouvoir.

Ce risque de génocide se précise évidemment avec les lois anti-juives adoptées dès 1933, avec les lois de Nuremberg (1935) puis avec la Nuit de cristal. Ces évènements prouvaient la violence de l’antisémitisme hitlérien, prouvaient que ce régime était capable de tout mais ne représentaient pas une étape vers le génocide proprement dit. Cependant, les paroles du führer devenaient de plus en plus menaçantes.

- 30 janvier 1939 Discours d’Hitler au Reichstag « Aujourd’hui, je serai encore un prophète  : si la finance juive internationale en Europe et hors d’Europe devait parvenir encore une fois à précipiter les peuples dans une guerre mondiale, alors le résultat ne serait pas la Bolchevisation du monde, donc la victoire de la juiverie, au contraire, ce serait l’anéantissement de la race juive en Europe. »

3) Les débuts de la shoah avant la conférence de Wannsee

Dès la pénétration des armées allemandes dans les pays de l’Est, Hitler se vante de l’éradication des juifs qu’elle permet :

- > Le 17 octobre 1941 « Des Juifs destructeurs, nous nous débarrassons complètement […] Je procède en cette affaire de façon glacée. Je me sens seulement comme l’exécuteur d’une volonté historique. »

L’idée du génocide se concrétisa incontestablement avec la pénétration des forces nazies à l’Est où la plus importante concentration de Juifs européens se trouvait sur la route des armées allemandes."Les première persécutions de Juifs commencèrent en même temps que furent prises des mesures économiques et sociales ayant pour but de les déposséder et de les exiler ou encore de les transférer dans des ghettos installés sur des territoires polonais nouvellement conquis. Ces expulsions furent assurées avec une telle brutalité et une telle incompétence que de nombreuses victimes moururent au cours de l’opération qui eut lieu pendant le rigoureux hiver de 1939-1940. Mais il ne s’agissait pas encore d’un génocide organisé.

Néanmoins, en Pologne, l’action fut menée avec une férocité implacable. En Allemagne, les juifs n’avaient jamais représenté qu’un centième de la population. En Pologne, la proportion s’élevait à 10% soit 3 300 000 dont 1 300 000 se trouvaient en zone d’occupation russe et 2 millions sur les territoires conquis. Ces derniers furent expulsés de la partie Est de la Pologne incorporée au Reich pour être installés dans les ghettos situés dans la zone centrale, connue sous le nom de Gouvernement général. Ils y vécurent dans des conditions effroyables en attendant que le programme d’extermination soit au point. Selon Raul Hilberg, plus d’un million de Juifs polonais périrent dans les ghettos et dans les camps de travail avant que l’anéantissement systématique de leurs coreligionnaires ait été entrepris dans les centres d’extermination.

Mais auparavant les Groupes d’Action spéciaux de Himmler, les Einsatzgruppen, organisés en Russie par Heydrich , furent créés pour mettre à exécution le plan d’extermination massive. Ils furent responsables du massacre de plus d’un million de Juifs et de Slaves. Ce génocide fut perpétré ouvertement, au vu et au su des officiers et des soldats servant dans l’armée allemande.

Source de cette partie 3 : http://shoah-solutionfinale.fr/solu...

4) Conférence nazie de Wannsee : état des juifs à exterminer

En ce 20 janvier 1942, quinze hauts responsables nazis se réunissent autour de Reinhard Heydrich dans la banlieue de Berlin, au bord du lac de Wannsee. C’étaient des représentants des ministères de l’Intérieur, de la Justice, des Affaires étrangères, des territoires occupés et de la Chancellerie du Reich. Du côté S.S., Müller et Eichmann représentaient les Services de la Sécurité, et les colonels S.S. Schoengarth et Lange ceux de la Police. Le procès verbal ne laisse aucun doute sur l’objectif de cette rencontre

« Au cours de la solution finale de la question juive en Europe, seront à prendre en considération environ 11 millions de Juifs, répartis comme suit dans les différents pays...

Allemagne : 131 800

Autriche : 43 700

Territoires de l’Est : 420 000

Gouvernement Général : 2 284 000

Bialystok : 400 000

Protectorat de Bohème et Moravie 74 200

Estonie : libre de Juifs

Lettonie : 3 500

Lituanie : 34 000

Belgique : 43 000

Danemark : 5 600

France / territoires occupés : 165 000

France / territoires non occupés : 700 000

Grèce : 69 600

Pays-Bas : 160 800

Norvège : 1 300

B.Bulgarie :48 000

Angleterre : 330 000

Finlande : 2 300

Irlande : 4 000

Italie, Sardaigne incluse : 58 000

Albanie : 200

Croatie :40 000

Portugal : 3 000

Roumanie, Bessarabie incluse : 342 000

Suède : 8 000

Suisse : 18 000

Serbie : 10 000

Slovaquie : 88 000

Espagne : 6 000

Turquie (partie européenne) : 55 500

Hongrie : 742 800

URSS : 5 000 000

Ukraine : 2 994 684

Russie blanche, Bialystok exclue : 446 484 »

5) Conférence nazie de Wannsee : moyens de l’extermination

Au cours de la solution finale, les Juifs de I’ Est devront être mobilisés pour le travail avec I’encadrement voulu. En grandes colonnes de travailleurs, séparés par sexe, les Juifs aptes au travail seront amenés à construire des routes dans ces territoires, ce qui sans doute permettra une diminution naturelle substantielle de leur nombre.

Pour finir, il faudra appliquer un traitement approprié à la totalité de ceux qui resteront, car il s’agira évidemment des éléments les plus résistants, puisqu’ issus d’ une sélection naturelle, et qui seraient susceptibles d’être le germe d’une nouvelle souche juive, pour peu qu’on les laisse en liberté (voir l’expérience de l’histoire).

Au cours de l’exécution pratique de la solution finale, l’Europe sera passée au peigne fin d’ouest en est. L’opération débutera sur le territoire du Reich, y compris les protectorats de Bohème et de Moravie, à cause de la situation du logement et de la spécificité sociopolitique du Reich.

Les Juifs évacués passeront d’abord, convoi par convoi, par des ghettos de transit, et de là seront transportés plus à loin à l’est...

Le commencement des plus grandes opérations d’évacuation dépendra largement de l’évolution de la situation militaire En ce qui concerne le traitement de la solution finale dans les territoires européens occupés ou sous influence, il à été proposé que les responsables concernés du Ministère des Affaires étrangères se concertent avec le chef de section compétent de la police de sécurité et du SD.

L’affaire n’est pas plus difficile en Slovaquie et en Croatie, puisque les questions essentielles à régler dans cette perspective ont déjà trouvé une solution. En Roumanie, le gouvernement à nommé un chargé de mission pour les questions juives. Pour régler la question en Hongrie, il faut imposer au plus vite au gouvernement un conseiller pour les questions juives.

En France occupée et non occupée,le recensement des Juifs pour l’évacuation sera effectué, selon toute vraisemblance, sans grande difficulté...

Au cours de la mise en œuvre des projets pour la solution finale, les lois de Nuremberg doivent en quelque sorte en former le fondement, mais la condition d’une liquidation du problème sans laisser de trace passe également par la résolution des questions relatives aux mariages mixtes et aux Mischling...

Le Gruppenführer SS Hofmann exprima l’avis qu’il fallait user largement de la stérilisation, d’autant plus que le Mischling, placé devant le choix entre évacuation et stérilisation, se soumettra plutôt à la stérilisation. Le secrétaire d’État, Dr. Stuckart, fit le constat que la mise en œuvre des solutions qui viennent d’être exprimées pour la liquidation des questions relatives aux mariages mixtes et aux Mischling entraînerait, dans les formes prévues, une immense quantité de tâches administratives. Pour tenir compte des données biologiques présentes dans tous les cas, le secrétaire d’État, Dr Stuckart, proposa en outre d’adopter la stérilisation obligatoire. Pour simplifier le problème des mariages mixtes, il faudrait réfléchir à des dispositions par lesquelles le législateur dirait :« ces mariages sont dissous »...

En mettant un terme à la réunion, le chef de la police de sécurité et du SD demanda aux participants de lui accorder tout leur soutien dans l’exécution des tâches décidées.


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