Je m’en vais...

samedi 29 novembre 2008.
 

Une journée comme une autre, même si elle n’a pas vraiment le même goût qu’une autre, celle-là. Ce matin, au réveil, on t’annonce que ça y est, le PS a une première secrétaire. Première aux deux sens du mot. Bon, que tu te dis, ça, c’est fait. Reste à voir maintenant combien de voix, et de fédés, et de sections, et d’écart aussi. Et là, boum ! 42 toutes petites voix d’avance. Ça fait pas épais. Mais bon, on en a vu, il y a quatre ans au-delà de l’Atlantique ; ce n’est pas ce genre de détail qui les a empêchés de gouverner et de quelle façon !

Pour tout dire, Martine Aubry, ce n’était pas vraiment ma candidate, loin s’en faut. Mais dans ce type de débat, tu fais contre mauvaise fortune bon cœur. Et tu vas voter, même pas à reculons. Tu y vas. Parce que 35 années de bons et loyaux services dans ton parti t’ont appris que rien n’est jamais perdu tant que le gong n’a pas sonné. Alors voilà, elle est élue, c’est toujours mieux que rien. Mais, il a vite fallu réviser les classiques. Contestations, ils appellent ça. On pense bien que les médias relaient. Leur championne battue d’un cheveu. Ils sont un peu chiffon, les folliculaires. Et ils s’en donnent à cœur joie. Et vas-y que je te refasse les additions. Toutes les voix de Benoît ne sont pas allées à Martine, rendez-vous compte… Il y aurait des mauvais joueurs, des mauvais perdants dans ce parti ? Pas possible ? Et on ne nous avait rien dit ? Mine de rien, ça commençait à bien nous gaver toute la journée cette affaire de comptage de voix. Elle a gagné, c’est tout. On ne va pas refaire le match indéfiniment, quand même.

D’autant que petit à petit, les nouvelles nous arrivaient de l’autre bord, de droite, de chez Sarko. Ils boivent du petit lait, là-bas en face, vous pensez bien ! Eux aussi, ils vont de petites phrases assassines en slogans à peine venimeux. Les responsables de l’UMP ne le cachaient même pas : leur préférence allait à Ségolène Royal. Comme en 2006, pardi. Et si jamais il se trouvait encore un socialiste pour en douter, c’est qu’il n’avait pas vu le début du sketch. Ils le clamaient haut et fort : c’était, à leur avis, l’adversaire la plus facile à battre. (Tiens, voilà que je suis d’accord avec l’UMP, à présent ! C’est grave, docteur ?) Ils se marrent, les gars de l’UMP, ils ont bien raison d’ailleurs, on ferait tout pareil si on était à leur place, non ? Ce « bordel généralisé » ainsi que le définissait cet après-midi un de leurs députés, pour eux, c’est cadeau. Et nous redisons ici ce que nous disions déjà en début de semaine : le vrai vainqueur de cette foire d’empoigne, c’est bel et bien Sarkozy. Ça ne vous fait pas mal au cœur, à vous ?

Et maintenant, me direz-vous ? Maintenant, il reste à reconstruire. Bâtir sur des ruines, ça ne va pas être facile. Ruines des espoirs déçus des militants. Ruines des idées. Ruines des projets. Ruines des personnes aussi, car qui sort grandi de cette mascarade ? Champ de ruines. Sur lequel on se dispute encore les haillons des vaincus. Lamentable. Pathétique. À pleurer. Et j’en pleure. Parce que ce soir, ma décision est prise : je m’en vais.

Je quitte mon parti. Certains me disent que c’est lâche, que je décampe devant les difficultés. Mais non. Quand on a supporté les trahisons assumées de ceux qui n’ont même pas la reconnaissance du ventre, quand on a vu les vestes se retourner à la vitesse de l’éclair, quand on a entendu les grandes envolées liturgiques des uns et des autres, on est devant une évidence : qu’est-ce que je fous là ?

Je ne pars pas la fleur aux dents, ni la tête claire. Je pars la rage au ventre de tout ce gâchis impardonnable. Mais c’est fini. J’en pleure, comme après un chagrin d’amour. Mais je pars. Mes camarades, vous qui m’avez accompagnée au long de toutes ces années, je vous quitte avec regret, mais je vous quitte. Ailleurs, là-bas, À Gauche, on va bosser. On nous attend. Il y a du boulot.

Là-bas, il y a des militants à l’ancienne, avec de vrais morceaux de convictions à l’intérieur. Vous devriez essayer. Ça vous rappellerait le bon vieux temps, vous savez quand les socialistes citaient Jaurès en le nommant, et même en fleurissant sa tombe. Je m’en vais, sans vous demander de me rembourser ma carte, même si l’idée est très à la mode…

brigitte blang


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