Travailleurs saisonniers... galère et bagarre

vendredi 1er décembre 2017.
 

Serveuse de restaurant, employé de camping, vendeuse de glace sur la plage, cueilleur de pêches... Le nombre de saisonniers augmente régulièrement, s’approche des 2 millions, des agences ANPE poussant de plus en plus de chômeurs vers cette "solution".

1) La précarité notoire des saisonniers

Selon la JOC, 20% sont obligés de travailler au noir, un sur six travaille plus de 56 heures par semaine et les heures supplémentaires sont souvent impayées. Environ 800000 sont employés dans l’agriculture, 240000 dans les hôtels, cafés, restaurants... Leur logement relève souvent de la débrouille sinon de l’insalubrité.

Jusqu’à présent, une majorité de ces salariés était payée avec un lance-pierre et "touchait souvent un revenu inférieur au RMI en dehors des saisons" (CGT).

Le dernier "accord" signé par trois syndicats et les organisations patronales menace encore plus ces salariés (qui ne sont pas majoritairement des étudiants). Il limite le chômage saisonnier à 3 périodes successives. Ainsi, un travailleur qui était rémunéré 1200 euros brut mensuel et touchait 792,30 euros de chômage, tombera la quatrième année à 395,06 euros au titre de l’allocation chômage classique.

Le pire, c’est que cette précarisation financière supplémentaire rend les salariés plus dépendants de certains employeurs indélicats. Ainsi, ces derniers jours, la JOC a dénoncé le fait que six saisonniers travaillant sur le site de Paris plage n’avaient pas signé de contrat. Une mobilisation s’est développée dans les départements touristiques. Tel a été le cas par exemple dans les Hautes Pyrénées où le ras le bol de certains a explosé : "Je fais 10 à 15 heures par jour, chaque jour, pour un salaire juste au dessus du SMIG ; le nouvel accord c’est vraiment la goutte qui fait déborder le vase". "Plus les gens sont dans la précarité, plus on les précarise".

Prenons à présent un cas parvenu devant les prud’hommes. Dans un restaurant des Côtes d’Armor, six saisonniers subissent la personnalité particulière d’une patronne et de son concubin "en état d’ébriété permanent". Le travail est exténuant (17 heures d’affilée le 14 juillet par exemple) et les relations avec l’emloyeur épuisantes. Le 18 juillet, un commis de cuisine quitte le travail : "les conditions de vie étaient innommables" dit-il. Vers 22h30, le gérant lance une bouteille de rosé sur une saisonnière. Toute l’équipe de salariés arrête le travail et prend contact avec la CFDT. Une première ordonnance des prud’hommes a obligé la restauratrice à payer les salaires jusqu’au 31 juillet.

2) Un exemple d’action : le Forum Social des saisonniers

Au printemps 2010, un appel a été lancé pour la tenue d’un Premier Forum Social des saisonniers.

L’appel à cette réunion peut être lu à l’adresse :

http://www.forumsocialsaisonniers.c...

Le Forum s’est tenu en décembre 2010 à Aubagne. Un compte-rendu peut être lu à l’adresse :

http://www.forumsocialsaisonniers.c...

Au printemps 2011, un progrès sensible du droit concernant les saisonniers a été obtenu par les organisations syndicales et associations de saisonniers :

http://www.forumsocialsaisonniers.c...

Interview de Richard Dethyre, co-animateur du Forum Social des saisonniers « Le travail saisonnier est aujourd’hui utilisé comme un fusible par le patronat »

Comment est né 
le Forum social des saisonniers  ?

Richard Dethyre. C’est le fruit d’un long processus d’organisation d’un réseau de salariés saisonniers, mis en route dans 
le but de faire valoir leurs droits. Pour diminuer la maltraitance infligée au salariat saisonnier et y apporter une approche institutionnelle, nous avons mutualisé nos expériences au travers de groupes de travail spécifiques, co-organisés avec la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne – NDLR). Un réseau d’acteurs en est né, bien destiné à braquer le projecteur sur les dérives faites à la marge des contrats de saisonniers et dénoncer une saisonnalité subie, non choisie. Le travail saisonnier est aujourd’hui utilisé comme un fusible, et c’est donc un véritable baromètre de la santé 
de l’emploi.

Quels sont vos objectifs  ?

Richard Dethyre. La priorité est à l’organisation du deuxième forum social des saisonniers. Nous souhaitons développer l’institutionnalisation du secteur, obtenir la reconnaissance de sa précarité et sa prise en charge. Il nous faut nous imposer aux prochaines assises des saisonniers annoncées par Xavier Bertrand. Nos priorités sont l’aménagement du CDD saisonnier actuel, la reconduction des contrats 
et le développement de maisons 
de saisonniers. Ces dernières doivent se muer en un espace démocratique capable d’informer des salariés isolés, mobiles et méconnaissant leurs droits. Elles sont amenées à devenir un interlocuteur représentatif des salariés. Le logement doit être associé juridiquement au contrat, il doit devenir un droit du saisonnier.

Entretien réalisé par Romain Poulet

CONCLUSION

La prise en compte des saisonniers par le mouvement ouvrier, par le droit du travail et par les Inspections du travail est encore insuffisante actuellement. Notre devoir aujourd’hui, c’est de ne pas laisser les plus précaires devenir encore plus précaires.

Jacques Serieys

À la rencontre 
des saisonniers


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