Non irlandais du 12 juin 2008 : France Culture et les Importants paraissent regretter le suffrage censitaire

vendredi 20 juin 2008.
 

Ci dessous le courrier que j’ai adressé à Monsieur Baddou producteur et animateur de l’emission "Les matins de France Culture" par Bernard Lavenus 6 route de Meuse 76590 St Germain d’Etables

Monsieur,

J’ai voté non au référendum d’avril 2005 en France.

L’émission de ce matin, lundi 16 juin 2008 avait pour objet de commenter le résultat du référendum sur l’opportunité de ratifier le traité de Lisbonne qui s’est déroulé en Irlande. J’ai été profondément choqué et par l’organisation de l’émission à laquelle n’ont participé que des partisans du oui (où était passée C. Autain ?) et par certains propos qui ont été tenus. Dans ce contexte très particulier il me semble que votre rôle était de rappeler honnêtement l’autre position. Au lieu de cela vous accentuez le caractère unilatéral en introduisant des questions avec des remarques comme celle-ci (vous adressant aux présents) : comment se fait-il qu’entre vous tous qui représentez un vaste éventail politique il y ait un accord sur le oui ?

« Le vaste éventail politique » n’est guère ouvert, il va me semble-t-il, de la droite assez traditionnelle au centre gauche. Mais ce qui est certain c’est que le message sous-jacent peut être formulé ainsi : « Il est décidément parfaitement incongru de voter non, tout le monde est d’accord là-dessus » Je vais tenter de résumer ce que j’ ai retenu de votre émission :

* Les partisans du non sont contre la construction européenne.

* Les partisans du non en Irlande ont rallié les électeurs à leur position avec des arguments farfelus : droit à l’avortement imposé, politique fiscale encadrée, incorporation inéluctable dans une politique militaire commune ect...

* « Les gens ont voté non parce qu’on leur a demandé de se prononcer sur un problème auquel ils ne comprenaient rien » (R. Badinter qui jusqu’à cette remarque était sans doute le seul homme politique vivant pour lequel j’éprouvais respect et admiration).

Côté oui. Uniquement des gens sérieux, qui ont fait preuve de leur efficacité et qui refusent de s’abaisser à raconter des balivernes pour attirer l’électeur. Décidément la vertu n’est guère récompensée et le peuple est bien ingrat. Quand en 58, en 62, en 2000 on les questionne sur la Constitution, les électeurs français comprennent. Aujourd’hui, non. Encore une preuve que le niveau baisse !

Qu’on se rassure quand même, les Irlandais sont encore plus nombreux à n’y rien comprendre que les Français. Soyons un peu sérieux.

Parmi les parlementaires, en France et ailleurs, qui se sont prononcés sur cette ratification, combien avaient lu le texte du traité ? Combien même avaient en tête les principales mesures ? Combien avaient vraiment réfléchi sur leurs conséquences ?

Qui ne sait pas que dans leur immense majorité ils votent en fonction des consignes qui leur ont été données par les chefs de leur groupe parlementaire eux-mêmes largement influencés par différents lobbies ? L’antienne actuelle est que nous vivons dans une démocratie représentative et que les grandes décisions doivent être prises par les représentants du peuple lesquels seraient les seuls éclairés. De qui se moque-t-on ? Pour ceux que je connais, leur bougie est plutôt sous l’éteignoir, et depuis longtemps !

Ignore-t-on que les députés sont choisis dans une compétition qui tient plus du concours de convivialité que de l’appréciation de la compétence à gérer les affaires publiques ? Quant aux Sénateurs, ils sont avant tout les bénéficiaires d’un système de distribution de prébendes que les partis accordent suite à des marchandages où sont pesés avec soin les rapports de force pour consolider des accords politiques entre fractions ou alliés.

Et soyons francs aussi. Allons jusqu’au bout de cette logique. Derrière le ton parfois agacé de l’évidence maintes fois énoncée dont néanmoins la pertinence échappe au citoyen ordinaire qui a souvent été celui de cette émission n’y a-t-il pas le regret du suffrage censitaire ? Voudrait-on instituer la démocratie des seuls clercs ? Eh bien parlons en de ces experts.

De ceux qui ont voulu amener la démocratie en Irak manu militari, de ceux qui, au FMI ou à la banque mondiale ordonnaient doctement il y a peu les programmes de suppression des cultures vivrières, de ceux qui ont mené l’élargissement de l’Europe à marche forcée pour occuper le terrain face à la Russie et nous ont conduit dans l’impasse actuelle. Ce sont les mêmes, ou leurs cousins, qui ont rédigé le traité de Lisbonne. Et ce ne sont jamais eux qui paient la casse. Eh bien Mme Lepage, MM Badinter, Duhamel, Slama, Adler je n’ai pas voté non parce que je n’y comprenais rien, je n’ai pas voté non parce que je suis contre l’Europe. J’ai voté non tout simplement parce que le projet qu’on me présentait ne dessinait pas l’Europe dans laquelle je veux vivre.

Je ne veux pas d’une Europe avec un parlement croupion (quoiqu’en dise Duhamel),d’ une Europe qui est prise d’une fringale de dérèglementation sociale, d’une Europe dans laquelle la banque centrale est un électron libre, une Europe avec des services publics en peau de chagrin, d’une Europe animée d’une idéologie ultralibérale hargneuse,d’ une Europe qui n’a d’autre projet que d’être le cadre qui permette à quelques uns de faire du fric.

L’Europe est panne ? Certes. Ce n’est pas une raison pour accepter n’importe quoi. D’autant que les règles de révision de la constitution étaient si draconiennes qu’on était sûr d’en prendre pour quelques décennies (à l’heure où les USA commencent à remettre en cause ce modèle économique, décidément on sera toujours en retard de 25 ans ! !)

J’ai voté non Mme Lepage, MM Badinter, Adler, Duhamel, Slama et j’aurais apprécié que vous preniez un ton moins condescendant pour mes opinions, que vous ne me considériez pas comme un citoyen de second choix parce que je ne partage pas votre point de vue, j’aurais apprécié surtout que vous affrontiez les arguments pour le non présentés avec une certaine bonne foi .

J’ai voté non et j’aurais apprécié, Monsieur Baddou, que vous ne laissiez pas dénaturer mes choix par vos invités, nous aurions été alors sur une radio de service public et non dans je ne sais quelle officine de désinformation.

Bernard Lavenus


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