31 mars 2008 Nicolas Sarkozy à Londres : Leçon de savoir-vivre à l’usage du président français

mardi 31 mars 2020.
 

Avant la visite officielle de Nicolas Sarkozy à Londres, John Walsh, chroniqueur au très sérieux The Independent, ironise sur les conséquences que pourrait avoir l’attitude cavalière du chef de l’Etat.

1) BIENSEANCE : Leçon de savoir-vivre à l’usage du président français

Lorsque le président Nicolas Sarkozy arrivera à Londres pour sa première visite officielle [les 26 et 27 mars], beaucoup l’attendront en se rongeant les ongles d’inquiétude. Au château de Windsor, les assistants de la reine se demanderont s’il viendra vraiment : il les a choqués en annonçant qu’il ne resterait qu’une nuit, alors qu’il était invité pour deux...

Il semble inimaginable de rappeler au chef de l’Etat français comment il doit se tenir, mais le fait est que ­Nicolas ­Sarkozy est devenu un tel petit monstre d’arrogance que ses principaux conseillers lui ont dit d’arrêter de faire l’imbécile et de se comporter comme un véritable homme d’Etat.

Ils veulent qu’il enlève ses Ray Ban (lorsque Sa Majesté le saluera, elle ne veut pas y voir deux reflets de son visage grognon). Je suis presque sûr que ses conseillers remémoreront au président d’autres règles de l’étiquette, notamment sur :

1) Les baisers : le président ne doit pas embrasser Sa Majesté. Et encore moins sur la bouche. De plus, si la reine se dérobe, il ne doit pas faire comme il a fait à un homme qui refusait sa poignée de main et lui lancer un “Casse-toi, connasse”.

2) La tenue vestimentaire : le costume est de rigueur. Les cyclistes en Lycra, les shorts de jogging en coton et les maillots de bain ne feront pas l’affaire. Mme Sarkozy-Bruni est récemment apparue portant des cuissardes en cuir et une alliance pour tout vêtement. Ce n’est pas une toilette appropriée pour une visite d’Etat.

3) La façon de se conduire : le président Sarkozy ne devra pas tripoter son épouse en présence de la reine. Il est interdit de toucher autrui, de lui pincer les fesses, de lui mettre sa langue dans l’oreille, de courir partout et de sauter dans la piscine.

4) La musique : il est mal vu que les chefs d’Etat et leurs époux ou épouses s’adonnent à la musique pendant les visites officielles. Mme Sarkozy devra s’abstenir de susurrer ses chansons et/ou de jouer de la guitare en présence de la reine. Encourager Sa Majesté à se joindre à elle pour chanter le refrain de Sur le pont d’Avignon serait des plus futiles.

5) La conversation : la reine engagera toutes les conversations. Le rôle du président est de répondre aux questions dans un anglais hésitant. Il doit attendre qu’on lui demande s’il a fait un long voyage. Il ne dira pas que les Gallois lui ont “volé” la victoire au rugby. Et il ne se vantera pas de “faire grimper Carla aux rideaux”...

Courrier International

2) Pendant : Toasts, queues-de-pie et un certain ennui

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Les horse-guards au casque éclatant et les hallebardiers armés d’une pique sont figés dans une impressionnante immobilité à l’entrée du château de Windsor. Le protocole est minutieusement codifié. L’invité est d’abord reçu par un majordome. Un valet de pied le passe ensuite à un militaire qui le glisse successivement à la dame de compagnie de la souveraine et au maître de cérémonie. Enfin, un huissier l’introduit dans l’immense salle de réception, la Waterloo Chamber, où une centaine de convives prennent l’apéritif. Les hommes sont en queues-de-pie et les femmes en robes longues.

On se frotte les yeux. La salle à manger, le Saint George’s Hall, doté d’un plafond en chêne en forme de carène renversée comportant les blasons de l’ordre de la Jarretière, perpétue l’illusion d’une prééminence monarchique. L’Angleterre d’hier toise celle d’aujourd’hui.

L’immense table d’acajou, autour de laquelle les convives prennent place, croule sous l’argenterie et les candélabres. Chaque invité a six verres à sa droite, et non pas devant comme en France, placés suivant l’ordre dans lequel les vins sont servis : champagne, vin blanc, vin rouge, eau, porto. Les couverts portent le monogramme royal. Les assiettes sont en argent. Des bols de fruits sont placés à intervalle régulier. Les bouquets de fleurs n’empêchent pas de voir son vis-à-vis distant d’au moins trois mètres. En revanche, les convives, serrés les uns contre les autres, se touchant presque, sont obligés de garder les coudes serrés le long du corps et de se tenir raides comme des I sur leur siège.

Trouver sa place est un exercice compliqué. Heureusement que les différents membres de la famille royale, disposés tous les vingt invités, servent de repères. Les Windsor sont les seuls à ne pas avoir à consulter le plan de table : le protocole des grands dîners royaux offerts aux illustres étrangers est, en effet, immuable.

Tous les convives sont assis. L’orchestre des gardes royaux irlandais entonne alors la Marche des Folies Bergère de Paul Lincke.

La procession royale fait son entrée à 20 h 20 pile. En tête, la reine montre le chemin au président Sarkozy, qui paraît un tantinet perdu dans ce cadre grandiose. Suivent le duc d’Edimbourg et Mme Sarkozy, puis le prince de Galles et l’archevêque de Cantorbéry, Mgr Rowan Williams, le duc d’York qui donne le bras à Rama Yade. Pas moins de douze membres de la famille royale ont été mobilisés pour l’occasion, contre sept lors du banquet de l’Entente cordiale donné à Windsor en l’honneur du président Chirac en novembre 2004. Tout le monde se lève. Le monarque prend place. Les invités se rasseyent. Le ballet rappelle le pompage des Shadoks.

D’une voix neutre, la souveraine porte un bref toast à l’amitié franco-britannique, et à l’Eurostar et à Airbus en particulier, "sachant que nous pouvons produire des résultats efficaces et durables en travaillant ensemble". Le président de la République remercie en français la reine de son "exceptionnelle invitation dans ce lieu de rêve". A l’évidence, son laïus, long, émotionnel, exubérant, latin en somme, plaît aux Anglais. Du moins à ceux qui comprennent le français, à l’inverse de mes deux voisines qui "chipotent" leur petit pain. A l’étage, l’orchestre militaire joue de la musique d’ambiance. Il ne manque que l’annonce d’une promotion sur la lessive pour se croire dans un supermarché.

Sa Majesté est servie. Les menus des banquets officiels sont toujours écrits en français, hommage sans doute aux ancêtres normands et angevins de la lignée Windsor. Premier plat, "filet de barbue Béatrice" servi avec un chassagne-montrachet 2000. Deuxième plat, "noisette d’agneau Bréhan" arrosé d’un Château Margaux 1961 avec salade au fromage. Le savarin à la rhubarbe est servi sur une assiette de Sèvres, cadeau de Louis XVI à la duchesse de Manchester, épouse de l’ambassadeur britannique à Paris qui, désargentée, l’avait revendue au roi George IV. Le repas se termine par des fruits, mais la plupart des invités, incapables sans doute de manger une mandarine à la fourchette et au couteau, font l’impasse.

Tout le monde passe au salon pour prendre le café. La famille royale est détendue. Le prince de Galles, très décontracté, se félicite devant nous des relations bilatérales : "Regardez tous ces Français qui vivent chez nous." Son épouse, la duchesse de Cornouailles, nous parle de son séjour à Paris comme étudiante : "Malheureusement, je n’ai pas suffisamment l’occasion de pratiquer mon français." On cherche des yeux le couple présidentiel, mais il a filé à l’anglaise dans ses appartements avec vue imprenable sur le parc.

Marc Roche

3) Devant le Parlement britannique, M. Sarkozy vante le Royaume-Uni, "devenu pour nous un modèle"

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Quand il aime, Nicolas Sarkozy ne compte pas. Ni les compliments, ni les hyperboles. Au premier jour de sa visite d’Etat de trente-huit heures au Royaume-Uni, mercredi 26 mars, le président de la République a adressé une vibrante déclaration d’amour aux membres du Parlement britannique réunis dans la Royal Gallery de Westminster. Debout, ceux-ci, qu’ils soient de la Chambre des lords ou des Communes, l’ont applaudi une bonne minute au terme de son discours. "Thank you for your tremendous (immense) passion", l’a remercié Madame la speaker de la Chambre des lords.

Le subtil triangle Paris-Londres-BerlinLe souhait d’un rôle accru de la Grande-Bretagne en Europe a été régulièrement évoqué, aussi bien en France qu’en Allemagne. Tony Blair avait été courtisé par le président Chirac et par le chancelier Gerhard Schröder, qui voyait en lui un modèle pour ses réformes. L’Irak a rompu le charme. Nicolas Sarkozy n’a jamais caché qu’il souhaitait un rééquilibrage des relations avec Londres et Berlin. Ce qui ne l’a pas empêché le 30 janvier à Paris, lors d’une convention de l’UMP, de célébrer, en présence d’Angela Merkel, l’amitié franco-allemande. "Le peuple français veut être l’ami du peuple allemand pour toujours", avait-il dit.

[-] fermerPassion ? Qu’on en juge. Elevant le Royaume-Uni au rang "d’idéal humain et politique", faisant du système politique anglais "la pierre angulaire de toute démocratie", M. Sarkozy a d’abord adressé le "merci éternel" de la France "pour les sangs anglais, écossais, gallois, irlandais mêlés au sang français dans la boue des tranchées", pour "l’accueil du peuple britannique au général de Gaulle" pour sa "belle jeunesse se sacrifiant sur les plages et les bocages de Normandie". Et le chef de l’Etat de comparer la France et le Royaume-Uni à "deux frères plus forts l’un à côté de l’autre que l’un face à l’autre". L’Entente cordiale ? Dépassée. Paris veut "une entente amicale", voire une "nouvelle fraternité franco-britannique pour le XXIe siècle".

Ce tropisme anglais n’est pas neuf chez M. Sarkozy. Ministre de l’intérieur, il a travaillé en harmonie avec son homologue de l’époque, David Blunkett ; ministre des finances, il a fait de même avec Gordon Brown, avant que celui-ci ne devienne premier ministre ; candidat, il avait fait deux voyages à Londres, le premier pour rencontrer Tony Blair, au grand dam de Jacques Chirac, le second pour tenir meeting dans cette ville qu’il considère comme "la septième ville française".

Alors que les Britanniques doivent ratifier le traité de Lisbonne avant le 1er juillet, il a voulu lever les réticences européennes de ses hôtes. "Nos deux pays veulent une Europe qui respecte les identités, qui refuse les tentations bureaucratiques, qui ne cherche pas à imposer les mêmes normes partout", s’est-il enflammé, invitant le Royaume-Uni, qui bénéficie de nombreuses dérogations aux règles européennes, à prendre toute sa place parmi les Vingt-Sept : "Aujourd’hui plus que jamais, l’Europe a besoin du Royaume-Uni."

"UNE RÉFÉRENCE"

A l’heure où le couple franco-allemand traverse des turbulences, M. Sarkozy entend fortifier l’axe Paris-Londres : "Aujourd’hui, le moteur franco-allemand reste indispensable mais il n’est plus suffisant." Une déclaration de défiance vis-à-vis de la chancelière Angela Merkel ? "Pas du tout, se défend un conseiller de l’Elysée. Ce n’est pas parce que nous avons gagné deux guerres ensemble qu’il nous faudrait ne plus rien faire." "Dialectique fausse et dépassée, balaye un autre, il faut sortir de cette opposition systématique."

Pour M. Sarkozy, toutefois, l’appui de Londres est déterminant pour atteindre ses buts au plan international. "Nos deux pays ont une place éminente dans les institutions issues de la seconde guerre mondiale, a-t-il rappelé, citant l’ONU, le FMI et la Banque mondiale. Ces institutions doivent être réformées pour être plus justes, plus légitimes, plus fortes."

Le chef de l’Etat a donné des gages sur sa volonté de réformer d’abord la France. "La France d’aujourd’hui s’est remise en marche, a-t-il assuré, dix jours après la défaite de l’UMP aux municipales. Je n’ai pas été élu pour m’incliner devant des fatalités." S’il devait prendre un exemple de réforme, il le choisirait au Royaume-Uni. "Vous êtes devenus pour nous un modèle, une référence, et nous devons nous inspirer de ce que vous avez su faire, quelle que soit la couleur politique de vos gouvernements, ces vingt ou ces trente dernières années", a expliqué le président, estimant que le Royaume-Uni "a montré que dans l’économie globale, il existait une voie pour atteindre une croissance forte, le plein emploi, la solidarité. La France doit apprendre à regarder ce que ses voisins ont fait plus fort et avant elle".

Aussi britannique à Londres qu’il était apparu américain à Washington, M. Sarkozy a semblé parfois céder aux petites facilités du discours amoureux, assurant que "la grandeur britannique avait souvent nourri ses rêves de jeunesse".

Philippe Ridet


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