Allemagne : Les grèves des 21 et 26 septembre sont un bon point de départ

dimanche 4 octobre 2026.
 

La Confédération allemande des syndicats (DGB) avait appelé à manifester le 26 septembre dans 15 villes contre les mesures d’austérité prévues par le gouvernement fédéral. Selon les chiffres du DGB, 175 000 personnes y ont pris part.

Plusieurs médias avancent le chiffre de 200 000 participant·e·s, tandis que d’autres n’en ont pratiquement pas parlé, voire pas du tout. On notera que le syndicat IG Metall avait annoncé le même nombre de participant·e·s à sa journée d’action dans l’industrie automobile, le lundi 21 septembre. Quoi qu’il en soit, ces deux journées d’action peuvent être considérées comme un succès en termes de participation et indiquent que cela bouillonne fortement à la base des syndicats et que la volonté de se défendre contre les provocations du capital et du gouvernement est très répandue.

« On a eu du mal à les gagner – Ton travail – Ta santé – Ta retraite »

Tel était le thème des manifestations et des rassemblements. Dans les jours qui ont précédé, nombreux/ses étaient les sceptiques qui estimaient que cela risquait plutôt d’être un échec, car l’ambiance dans les entreprises et dans les structures syndicales était plutôt morose. Ce scepticisme reposait surtout sur l’impression que, après toutes ces années de collaboration intensive avec les directions des grands groupes et le gouvernement fédéral, les dirigeants syndicaux n’étaient plus jugés capables de mener un véritable combat pour la défense des droits sociaux. L’une des raisons en est le lien étroit qui existe entre les directions syndicales au SPD, dont presque tous et toutes sont membres.

Les manifestations du DGB du 26 septembre ont présenté les caractéristiques suivantes :

De nombreuses organisations actives au sein du mouvement social ont répondu à l’appel du DGB et ont saisi cette journée comme une étape importante dans la construction d’une résistance de grande envergure.

La participation de la base syndicale a été très variable selon les lieux, les entreprises et même les différents syndicats, mais elle s’est tout à fait inscrite dans la lignée des mobilisations comparables de ces dernières années. Il est réjouissant de constater que, localement, un nombre croissant de jeunes collègues ont également été activement impliqué.es. Dans la mesure où nous en avons une vue d’ensemble, nous pouvons dire que dans de nombreux endroits, l’ambiance était plutôt très bonne, voire combative par endroits. Toutefois, le nombre total de participant·e·s aurait pu être nettement supérieur aux 175 000 officiellement annoncés, d’autant plus que cette fois-ci, l’appel n’est pas venu uniquement des syndicats.

La présidente du DGB, Yasmin Fahimi, qui est également membre du SPD, a pris la parole lors du rassemblement organisé à Essen, dans une métropole de la Ruhr. Contrairement à ce qui s’est passé dans de nombreuses autres villes, cette manifestation était exclusivement organisée par le DGB. Il n’y a eu aucune tentative d’organiser quelque chose en commun, par exemple avec les associations qui organisent l’aide socialeon lucratif, comme ce fut le cas notamment en Hesse pour la manifestation de Francfort. Ce rassemblement-là a d’ailleurs réuni 30 000 personnes, selon le président de ver.di, Frank Werneke.

À Essen, Yahmin Fahimi a annoncé dans son discours que le nombre de participant·e·s était bien supérieur aux attentes. On avait l’impression que c’était elle qui semblait la plus surprise. Pas moins de 18 000 participant·e·s ont été recensé·e·s, ce qui n’était pas forcément prévisible après des semaines d’inaction en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Elle a passé en revue les projets du gouvernement fédéral visant à détériorer les conditions de retraite, le temps de travail, la protection contre le licenciement, les arrêts maladie, les aides au logement, les soins, etc. Mais il est manifeste qu’elle cherche le compromis plutôt que la résistance. En conséquence, elle a appelé le gouvernement fédéral à engager des discussions avec les syndicats. On peut toutefois se demander à quoi devraient ressembler ces compromis en matière de défense du temps de travail, des retraites, de la réduction des aides au logement, etc. Cette initiative visait-t-elle simplement à ce que ce gouvernement fédéral, comme les précédents, reconnaisse les syndicats comme de véritables interlocuteurs ?

Une journée d’action sans lendemain identifiable

Ainsi, sur le fond, les manifestations sont restées au même niveau que ces dernières années et n’ont pas traduit le mécontentement et la colère croissants qui règnent dans de nombreux secteurs de la fonction publique, mais aussi dans l’industrie. Cela tenait avant tout au désaccord au sein du comité exécutif fédéral de la DGB, où il y a encore trop de monde à refuser de renoncer au partenariat social et à la priorité à la préservation des sites, ainsi qu’à la loyauté indéfectible envers le SPD. Cela apparaît dans deux principaux points faibles qui ont affecté la préparation et l’argumentation de fond de ces manifestations, ainsi que les discours (pour ce que nous avons pu en percevoir ; ce serait une grosse surprise si un ton différent avait été adopté lors de l’un des discours d’ouverture, voire de clôture, car la ligne avait été déterminée préalablement par la direction du DGB) :

a.) À aucun moment, les principaux orateurs et oratrices n’ont clairement indiqué que les mobilisations devaient se poursuivre après le 26 septembre et qu’il fallait monter en puissance dans les actions.

b.) À notre connaissance, dans tous les discours, on a pris soin de manière presque gênante de ne pas aborder la question du réarmement et de ne surtout pas mettre en cause la politique du « des canons plutôt que du beurre ». À une exception près : Maike Schollenberger, la responsable régionale de ver.di pour le Bade-Wurtemberg, a clairement établi le lien entre le réarmement et la militarisation lors du rassemblement à Stuttgart. On a pu voir de nombreuses banderoles et affiches réalisées à la main, sur lesquelles des individus exprimaient leur rejet de la « préparation à la guerre ». Certes, tous les collègues ne partagent pas cet avis, mais c’est précisément cette corrélation qu’il aurait fallu souligner. Il manque ainsi un élément essentiel à une explication cohérente du contexte des attaques actuellement menées par le gouvernement et le capital.

A fortiori, les causes profondes n’ont pas été identifiées, à savoir l’aggravation de la crise du système capitaliste dans son ensemble. Trop souvent, les critiques ont porté sur la mauvaise stratégie des entrepreneurs (comme le fait d’avoir « manqué le coche lors du passage à la mobilité électrique »), comme si l’on pouvait détourner les capitalistes d’une politique de profit maximum à court terme en invoquant leur « responsabilité » et en les exhortant à investir davantage.

Si la crise du capitalisme n’est pas reconnue pour ce qu’elle est , les directions syndicales ne sont pas non plus disposées à s’engager en faveur d’une alternative sociale. Dans ces conditions, les syndicats ne peuvent bien sûr pas élaborer de programme de lutte visant à imposer un changement en profondeur. Au vu de tous ces déficits, il n’est pas surprenant que les syndicats ne puissent que s’adresser à « la classe politique » en tant que simples quémandeurs. Et c’est précisément cela qui n’encourage vraiment pas les collègues dans l’entreprise à s’engager dans la voie de la mobilisation.

Ce qui sera désormais déterminant pour la suite des événements, c’est dans quelle mesure nous parviendrons à faire monter la pression depuis la base. Il revient ici à toutes celles et tous ceux qui sont actifs dans les syndicats d’exiger, au sein de leurs structures de base – ou même de groupes autonomes au sein des entreprises –, un plan d’action plus ambitieux de la part des directions syndicales.

Parallèlement, nous devons mettre à profit les rendez-vous des divers réseaux de syndicalistes combatifs prévus en octobre pour renforcer la coordination et inciter les différentes initiatives à regrouper leurs activités, afin qu’elles soient connues d’un public plus large au sein des entreprises et qu’elles viennent renforcer l’envie de résister.

Nos propositions

Il faut organiser une manifestation nationale cette année encore (de préférence d’ici mi-novembre) à Berlin, qui exige sans ambiguïté le retrait des projets de coupes budgétaires. Dans le cadre de cette mobilisation, il faut également discuter de la manière dont la résistance au sein des entreprises peut être développée. Notre objectif doit être, à terme, l’organisation de rassemblements pendant les heures de travail. Car : sans grève, rien ne changera !

Il faut également saisir l’occasion des négociations salariales dans l’industrie métallurgique et électrique, où l’IG Metall est confrontée aux exigences élevées de l’organsation patronale Gesamtmetall. Entre le 2 et le 6 novembre, des grèves d’avertissement auront lieu dans de nombreuses entreprises à travers tout le pays, pour réclamer une augmentation salariale de 5 %, une revendication plus que modeste au vu de l’évolution des prix. Mais même sur ce point, l’accord ne sera pas facile à trouver, puisque Gesamtmetall a annoncé son intention de dénoncer la convention collective sur le temps de travail et d’imposer des horaires plus longs pour un salaire inchangé. Si cela devait déboucher sur des compromis pourris, cela pourrait faire céder toutes les digues.

Un autre conflit de taille se profile dans le secteur de la santé. Le gouvernement fédéral envisage de ne plus faire prendre en charge les futures augmentations salariales par les caisses d’assurance maladie. Cela entraînerait de nouvelles réductions d’effectifs dans les hôpitaux et les établissements de soins. Ici, ver.di fait face à la nécessité de réagir avec détermination.

Les luttes défensives contre toutes ces attaques peuvent et doivent converger, et s’accompagner d’actions de masse sur le lieu de travail. Pour ce faire, les syndicats doivent revoir leur position hostile aux grèves politiques et prendre en compte ce droit fondamental, ou tout au moins la jurisprudence européenne. Selon celle-ci, les grèves politiques sont tout aussi légitimes que les grèves pour les conventions collectives. Cela devrait être enfin applicable en Allemagne. Sinon, si la crise politique venait à s’aggraver davantage, un gouvernement fortement autoritaire, voire fasciste, pourrait s’imposer sans même que les syndicats aient été en mesure d’opposer une véritable résistance.

Helmut Born et Jakob Schäfer


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