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Les trois pans de la fonction publique sont appelés à la grève et à la mobilisation mardi 29 septembre, veille de la présentation, en conseil des ministres, d’un budget qui gèle pour la troisième année de suite le point d’indice des fonctionnaires. Une première journée, qui, en cas de succès, pourrait en entraîner d’autres.
Presque trois mois que la date du 29 septembre est cochée dans le calendrier. Depuis ce 8 juillet où David Amiel, ministre de l’action et des comptes publics, a annoncé aux syndicats de la fonction publique que, pour la troisième année d’affilée, le point d’indice des fonctionnaires sera gelé.
Une annonce confirmée par le premier ministre, Sébastien Lecornu, lors de la présentation des grandes lignes de son projet de loi de finances pour 2027 au Figaro. « Une véritable provocation », commentent, dans une déclaration commune, l’ensemble des syndicats représentatifs – un fait rare –, qui appellent à une grande journée de grèves et de manifestations pour les trois pans de la fonction publique : d’État, hospitalière et territoriale.
CGT, FO, CFDT, Unsa, FSU, Solidaires, CFE-CGC et FA-FP : pas un ne manque à l’appel, ce qui témoigne d’une colère particulièrement importante chez les agent·es. « Les personnels nous réclament cette unité. Elle nous rend plus forts, plus crédibles. Dans le contexte actuel, on en a besoin », assure Caroline Chevé, secrétaire générale de la FSU.
Le « contexte actuel », ce sont des indicateurs inquiétants pour les fonctionnaires. Désormais, 862 000 d’entre elles et eux ont une rémunération indiciaire en dessous du smic, depuis la revalorisation automatique de ce dernier le 1er juin 2026.
Dans la fonction publique, les salaires réels (c’est-à-dire corrigés de l’inflation) étaient déjà plus bas en 2023 qu’en 2009, selon des données de l’Insee. Un écart qui a encore grandi avec le gel du point d’indice en 2024, 2025 et 2026. « La politique salariale par le pouvoir macroniste a des conséquences particulièrement lourdes pour le service public et nourrit la crise de recrutement », tacle la FSU, premier syndicat dans l’Éducation nationale.
Un rapport publié le 17 septembre par le collectif Nos services publics, s’appuyant sur une enquête réalisée auprès de plus de 20 000 agent·es, souligne que près de deux tiers des répondant·es jugent insuffisantes leurs perspectives de promotion et leur rémunération.
« Notre pays a besoin que nos services publics et celles et ceux qui les font tourner soient reconnu·es et valorisé·es. Aujourd’hui, leur rémunération et leurs conditions de travail ne sont pas à la hauteur », regrette Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT.
Des indicateurs qui se cumulent à un été qui a mis les services publics en première ligne des catastrophes climatiques successives, canicules et incendies. « L’enchaînement […] que notre pays a traversé a montré, une fois de plus, à quel point les services publics étaient nécessaires, mais aussi combien il fallait investir dans leur développement pour faire face à ces situations qui ne sont plus des crises, mais des événements réguliers », souligne, dans une conférence de presse, l’intersyndicale.
Le 29 septembre, les pompiers et pompières seront particulièrement mobilisé·es, alors qu’un préavis de grève, déposé par huit des neuf syndicats représentatifs, est en cours depuis le 8 septembre. À Paris, les soldat·es du feu devraient même avoir leur propre cortège.
Et l’automne ne part pas sur des bases plus sereines pour les agent·es du service public, alors que le prix inédit des carburants crée une crise du pouvoir d’achat qui affecte particulièrement les plus bas revenus. « Outre les personnes en dessous du smic, les grilles de salaire dans la fonction publique se sont fortement tassées. De nombreux agents restent autour du smic pendant des années. Avec le coût de l’essence, cela devient vraiment difficile », explique Chrystelle Rissel, de CGT Éduc’action.
« Les personnels nous alertent. Ils n’arrivent plus à tenir », abonde Caroline Chevé, qui constate une « paupérisation importante » des agent·es. Dans la même veine, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, parle de « rentrée du déclassement ». Et les 54 milliards d’euros d’économies annoncés par Sébastien Lecornu dans le budget pour 2027 aiguisent d’autant plus ce sentiment.
« Pour les agentes et les agents publics, ce ne sont pas des chiffres abstraits. Ce sont des rattrapages de pertes de pouvoir d’achat qui n’auront pas lieu. […] Avec l’accroissement de l’inflation due aux produits pétroliers et aux coûts de l’alimentation, la situation des agentes et agents publics continuera de s’aggraver », alerte l’intersyndicale dans sa déclaration conjointe.
Le 29 septembre, la revendication phare de la mobilisation sera donc celle de la rémunération. « Des mesures salariales générales et notamment une revalorisation significative de la valeur du point d’indice. L’indexation de la valeur du point d’indice sur l’inflation », égrène notamment l’intersyndicale qui joue gros dans la réussite, ou non, de cette journée de grève et de manifestations.
En effet, pour les syndicats, les enjeux sont multiples. En premier lieu pour instaurer un rapport de force avec le gouvernement, alors qu’un nouveau rendez-vous salarial est prévu le 1er octobre. « On va se mobiliser pour imposer d’autres choix. Pas pour les demander gentiment. C’est l’heure de passer à la caisse pour nos services publics », tance, offensive, Sophie Binet.
La présentation précise de la copie budgétaire du gouvernement le lendemain de la mobilisation pourrait permettre d’embrayer vers un appel plus large.
Les forces syndicales espèrent mobiliser autant, voire plus, que le 5 décembre 2024. À ce moment, le gouvernement de Michel Barnier vient de tomber et, avec lui, les 1,2 milliard d’euros de coupes sur les fonctionnaires prévues dans son projet budgétaire. « Quand on agit collectivement, on fait peur », glisse Gaëlle Martinez, secrétaire nationale chargée de la fonction publique chez Solidaires.
À quelques jours de l’échéance, les syndicats se veulent confiants quant à leur capacité à mettre des centaines de milliers de personnes dans les rues. « Avoir une date prévue depuis longtemps a permis d’informer les collègues dès la prérentrée. On sent un bon accueil de cette mobilisation, nos réunions d’information réunissent du monde, c’est bon signe », espère Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, principal syndicat du second degré dans l’Éducation nationale.
« Évidemment, on ne peut pas savoir avant le jour J, mais je sors de deux jours de tractage et la réception par les collègues est bonne, embraie Sylvie Aebischer, cosecrétaire générale de l’Union fédérale des syndicats de l’État CGT, qui met en avant le nombre de cortèges d’ores et déjà déclarés pour mardi 29 septembre. On est presque à cent soixante, comme le 5 décembre 2024. C’est bon signe. »
Mais, outre cet enjeu tautologique – mobiliser pour instaurer un rapport de force –, la réussite de cette mobilisation a un aspect presque existentiel pour les syndicats, notamment pour ceux qui se présentent comme « de luttes ».
Alors que la colère monte partout dans le pays, que les sujets des salaires et du pouvoir d’achat s’imposent comme centraux dans le débat public, ils veulent prouver qu’ils sont en capacité de représenter ce ras-le-bol et, surtout, de l’organiser.
Et ils en ont conscience. Depuis quelques semaines, Sophie Binet n’hésite pas à tenter d’élargir le mot d’ordre du mouvement du 29 septembre. D’une mobilisation de la fonction publique, la secrétaire générale de la CGT parle désormais d’une journée « pour les services publics et pour [tous] les salaires ». Après les premières annonces budgétaires, elle a promis que le 29 septembre serait « une journée noire ».
Déjà, plusieurs syndicats évoquent un éventuel élargissement du mouvement, notamment à travers l’organisation d’une grande journée de mobilisation interprofessionnelle. « On discute déjà d’un relais interprofessionnel après le 29 », confirme Murielle Guilbert, cosecrétaire générale de Solidaires.
La présentation précise de la copie budgétaire du gouvernement le lendemain de la mobilisation pourrait permettre d’embrayer vers un appel plus large. D’autant qu’avec 54 milliards d’économies annoncées, les mesures austéritaires risquent d’être nombreuses.
Sur les réseaux sociaux, l’appel à « un retour des Gilets jaunes » le 17 octobre prend de l’ampleur. Une mobilisation hors de tout cadre organisationnel qui témoigne d’une colère grandissante. Une journée interprofessionnelle permettrait alors d’apporter un cadre revendicatif et d’actions à celle-ci.
« Le premier rendez-vous majeur, c’est le 29 septembre », évacue Sophie Binet. « Avant de parler des suites, il faut réussir le 29 », abonde Caroline Chevé. Rendez-vous est pris, donc.
Pierre Jequier-Zalc
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