La Poste veut rayer 441 bureaux de la carte

samedi 3 octobre 2026.
 

« Mediapart » révèle la liste des bureaux de poste dont la transformation en points relais ou en agences gérées par les mairies a été annoncée aux élus du personnel. Dans le même temps, le groupe prévient des maires de petites communes que leur agence va disparaître.

https://www.mediapart.fr/journal/ec...[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20260923-190413&M_BT=1489664863989

D’ici la fin de l’année 2027, 441 bureaux de poste devraient disparaître et être transformés en « agences postales communale » ou en relais commerçants. Une évolution qui n’est pas anodine : là où un bureau traditionnel permet d’effectuer environ 150 opérations, ses versions appauvries, hébergées dans un bâtiment municipal (agence communale) ou dans un autre commerce (relais Poste) n’offrent que l’achat d’enveloppes et de timbres, la gestion des recommandés et l’envoi de colis. Le professionnalisme et la confidentialité en moins.

« La Poste est désormais obligée de consulter les comités sociaux et économiques [CSE, les instances de représentation du personnel dans les entreprises – ndlr] avant toute transformation de l’entreprise, et une liste de bureaux a été soumise à chacun des cinq CSE du groupe », explique Nicolas Galepides, secrétaire fédéral du syndicat SUD PTT, qui n’avait pas accès à ces informations avant 2025.

« Les listes de bureaux de poste partagées aux CSE ne préjugent en rien de l’avenir de la présence de La Poste dans les territoires, se défend le service de presse du groupe. Elles recensent des sites sur lesquels La Poste pourrait engager une réflexion et concertation dans le cadre de sa convention tripartite avec l’État et l’Association des maires de France, afin d’identifier les solutions de présence postale les mieux adaptées aux besoins des habitants et aux réalités locales. »

L’entreprise a mis en demeure SUD PTT Vaucluse, qui a rendu publique le 1er septembre la liste des 108 bureaux concernés dans les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Auvergne-Rhône-Alpes, de retirer la publication de ces « informations confidentielles ».

La Poste explique ces transformations par l’accélération de la digitalisation des services postaux et bancaires, « qui se traduit par une baisse continue de la fréquentation des points de contact postaux ». « À l’échelle nationale, le trafic quotidien dans les bureaux de poste a été divisé par près de trois entre 2008 et 2024 », justifie l’entreprise.

Un argument qui ne passe pas auprès de Romain Boillon, secrétaire général de la CGT de La Poste, qui rappelle que le nombre de bureaux est passé de 8 144 en 2018 à 6 624 en 2026, soit une chute de près de 20 %.

Le syndicaliste attribue plutôt cette baisse de fréquentation à la fois à la réduction des amplitudes horaires des bureaux, inadaptées aux besoins des usagers et usagères, et à leur renvoi systématique vers les automates lorsque les opérations ne sont pas rentables pour l’entreprise.

Les agences communales dans le viseur

Certes, ces transformations se font dans le respect de la mission de service public confiée par l’État, qui impose à La Poste l’animation de 17 000 « points de contact » dans l’Hexagone. Mais toutes les entités physiques ne se valent pas.

« La principale différence, c’est l’offre de services bancaires. Ces fermetures touchent les usagers qui viennent chercher leurs allocations en début de mois. Tous ces clients qualifiés de “sociaux” prennent du temps et ne rapportent pas, dénonce Bruno Verdi, de SUD PTT Vaucluse. On envoie ailleurs les pauvres, les personnes âgées ou handicapées, qui ont plus de difficultés à se déplacer. Pour la commune de Lapalud, le bureau de poste sera désormais à Bollène, à 10 kilomètres, ville pour laquelle il n’y a qu’un bus le matin et un le soir. »

Les économies, qui poussent aussi La Poste à supprimer à tour de bras ses boîtes aux lettres, comme Mediapart le révélait fin 2025, conduisent parfois à la fermeture pure et simple, y compris des agences communales. Courant juillet, Vincent Decorde, maire de Roncherolles-sur-le-Vivier (Seine-Maritime), a ainsi reçu la visite de représentants de l’entreprise. « Ils m’ont expliqué qu’ils mettraient fin à notre convention fin août 2027, parce qu’ils devaient faire un effort de 350 millions d’euros sur leur présence territoriale », rapporte l’édile.

La Poste verse en effet 1 000 euros par mois à la commune, ce qui lui permet de financer le salaire d’une agente de la mairie. « Ce salaire pèsera désormais sur les comptes de la commune et ne sera pas utilisé, par exemple, pour climatiser nos salles de classes. Je veux dire à tous les maires que l’étape suivant la transformation d’un bureau en agence postale, c’est la fermeture », prévient Vincent Decorde. La Poste n’a pas répondu aux questions de Mediapart sur le nombre de conventions d’agences qu’elle ne renouvellera pas dans les prochains mois.

Sous-compensations de l’État

« L’État est censé compenser les coûts des missions de service public qu’il confie à La Poste : l’accessibilité bancaire pour tous, la distribution de la presse à des prix bas, le service postal universel et l’aménagement du territoire, rappelle Stéphane Chevet, élu CFDT au conseil d’administration du groupe. Mais il ne respecte pas son contrat : si on prend toutes les sous-compensations, on arrive à un déficit d’au moins 1 milliard par an. »

Un montant confirmé par le rapport parlementaire sur la nouvelle loi postale, rédigé par le socialiste Jacques Oberti et le macroniste Jean-René Cazeneuve, examiné début juillet à l’Assemblée nationale. « De façon structurelle, le choix a ainsi été fait de sous-compenser le coût des missions de service public qui sont à la charge de La Poste », constatent les députés. Ils proposent d’imposer un seuil de 66 % de compensation du coût net des missions de service public à l’État, mais aussi de supprimer l’obligation de maintenir les 17 000 points de contact.

Nicolas Galepides rappelle que La Poste est aujourd’hui largement bénéficiaire : elle a réalisé 1,16 milliard d’euros de résultat net en 2025, grâce à ses activités de livraison de colis, mais aussi de banque et d’assurance. « On nous expliquait que cette diversification permettrait de financer le service public. Mais malgré les bénéfices, La Poste rogne sur ses missions de service public, s’indigne le responsable de SUD PTT. Cela participe de la désertification, du recul des services publics dans les quartiers populaires et les zones rurales, et cela favorise le ressentiment. »

Son camarade du Vaucluse Bruno Verdi n’en revient toujours pas : « On entre en année de campagne présidentielle et ils annoncent 500 fermetures de bureaux. C’est du jamais-vu, alors que tout le monde n’a que le service public à la bouche. C’est un boulevard pour le Rassemblement national. »

« Les agences postales sont souvent les seuls services publics qui restent sur le territoire, s’inquiète lui aussi Vincent Decorde, le maire normand. Par les temps qui courent, on n’a pas besoin de renforcer le sentiment d’abandon. »

Elsa Sabado


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