Elections allemandes Mecklembourg-Poméranie

lundi 28 septembre 2026.
 

- 2 Victoire de l’AfD devant les sociaux démocrates
- 1 L’élection en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. La situation du land

- 2 Victoire de l’AfD devant les sociaux démocrates

L’extrême droite AfD a remporté le scrutin régional en Mecklembourg-Poméranie occidentale (nord-est) d’une courte tête devant les sociaux-démocrates

L’AfD, dans la foulée de son score historique en Saxe-Anhalt le 6 septembre, est arrivée en tête dans le Mecklembourg-Poméranie occidentale, land de l’ex-RDA frontalier de la Pologne, qui s’étale le long de la Baltique. Avec près de 38 % des voix, selon les estimations provisoires des télévisions allemandes ZDF et ARD dimanche soir, elle a plus que doublé son score de 2021, date des dernières élections dans ce land, ce qui donnerait, en projection des voix, 27 sièges au parlement régional qui en compte 71.

Elle siffle ainsi la première place au SPD (Sozialdemokratische Partei Deutschlands, sociaux-démocrates), lequel obtiendrait un score de plus de 35 % des voix et 28 sièges, en très léger recul par rapport à 2021. Die Linke, son partenaire dans la coalition actuellement à la tête de la région, arrive loin derrière, avec un score similaire à celui de 2021 – près de 7 % des voix -, tandis que la CDU (Christlich Demokratische Union Deutschlands, droite), est sur le fil avec seulement 5 % des suffrages, soit le seuil pour se maintenir au parlement. Les résultats définitifs seront donc déterminants. C’est son plus mauvais résultat dans l’histoire de la République fédérale.

1 L’élection en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale La situation du land

Le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale est le land le plus septentrional de l’ex-RDA. C’est aussi le moins peuplé, avec, fin 2025, 1,56 million d’habitants et d’habitantes, soit 360 000 de moins que la Saxe-Anhalt. Au niveau fédéral, seuls Brême et la Sarre sont moins peuplés.

Pays des grandes forêts et des lacs de la plaine germano-polonaise, le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale est surtout le moins dense des länder allemands, avec 70 habitants par kilomètre carré, contre 240 pour l’ensemble de l’Allemagne.

Ce land est un des plus faibles sur le plan économique. Son produit intérieur brut (PIB) nominal était, en 2025, de 63,6 milliards d’euros, supérieur seulement à ceux de Brême et de la Sarre, mais inférieur de près de 18 milliards d’euros à celui de la Saxe-Anhalt. Rapporté au nombre d’habitants, le PIB du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale était également en 2024 treizième sur seize, ne surpassant cette fois que deux länder orientaux : la Thuringe et la Saxe-Anhalt.

Récemment, la croissance économique de la région a été plus soutenue que celle de ses voisins et des länder de l’ex-RDA. En 2025, le PIB régional réel a augmenté de 1,4 %, contre 0,2 % pour l’ensemble de l’Allemagne, et diminué de 0,2 % pour la Saxe-Anhalt. C’est, avec celle de Brême, la plus forte croissance parmi les länder.

Cette dynamique tient beaucoup au tourisme, d’abord parce que le land est une destination appréciée en raison de ses forêts et de sa côte baltique, mais aussi parce qu’il accueille d’importants chantiers navals constructeurs de navires de croisière. Enfin, à la différence de la Saxe-Anhalt, le tourisme favorise le secteur de la construction.

Sur dix ans, le PIB réel du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale a progressé de 9,2 %, contre 7,6 % pour l’Allemagne (mais a diminué de 1 % pour la Saxe-Anhalt). Cela a soutenu le revenu disponible brut des ménages, qui a dépassé en dix ans celui de la plupart des länder de l’Est, le Brandebourg excepté, même si les écarts en 2025 sont faibles (26 913 euros pour le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, contre 26 297 euros en Saxe-Anhalt, le plus faible d’Allemagne).

La situation sociale est donc moins critique qu’en Saxe-Anhalt, avec une part de la population menacée de pauvreté moins élevée (17,2 % contre 22,3 % en 2024). Mais ce niveau reste supérieur de 1,7 point à la moyenne allemande. Les difficultés propres à l’ex-RDA restent ainsi présentes : les salaires demeurent bas (le salaire moyen est le plus faible d’Allemagne), la pauvreté des retraités demeure importante et le taux de chômage, élevé (8,6 % en 2025, soit le troisième plus fort taux du pays).

Manuela Schwesig, figure dominante de la politique locale

Politiquement, le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale est aussi très différent de la Saxe-Anhalt, car c’est une terre historiquement plutôt à gauche. Le Parti social-démocrate (SPD) occupe la place de ministre-président depuis 1998 sans discontinuité, d’abord avec Harald Ringstorff (1998-2006), puis avec Erwin Sellering (2006-2017) et enfin Manuela Schwesig depuis 2017.

C’est aussi un land où a été expérimentée une coalition, souvent rejetée ailleurs par le SPD, avec le parti de gauche Die Linke. Harald Ringstorff a été le premier à conduire une telle alliance de 1998 à 2006. Entre 2006 et 2021, le SPD s’est allié, plus classiquement, avec la CDU, mais Manuela Schwesig a, après le scrutin de 2021, monté une alliance avec Die Linke, qui est au pouvoir depuis lors.

Cet élément joue un rôle important dans la campagne actuelle. Manuela Schwesig peut, forte de cette coalition, se distinguer nettement de la grande coalition fédérale au pouvoir. Elle a ainsi ouvertement critiqué la réforme des retraites décidée par le gouvernement Merz, ainsi que la politique budgétaire, notamment en matière de santé, du président du SPD et ministre des finances, Lars Klingbeil.

Par ailleurs, la ministre-présidente sortante, âgée de 52 ans, bénéficie d’une popularité solide et d’un bilan qu’elle prétend flatteur sur le plan de la politique régionale. Une de ses premières décisions a ainsi été la gratuité des crèches, une mesure très populaire, tout comme celle qui oblige les entreprises ayant des contrats avec l’administration régionale à payer les salaires selon les accords de branche.

Le contexte est plus délicat pour l’AfD qu’en Saxe-Anhalt, en raison de la popularité du gouvernement sortant et de son éloignement de la coalition au pouvoir à Berlin.

Son autre atout dans le land fait l’objet de critiques ailleurs : elle a participé à la formation d’un fonds financé par la Russie dans les années 2000 et a soutenu la construction du gazoduc Nord Stream 2 qui aboutit dans la région. Mais la Russie reste relativement populaire dans cette région. Résultat : le positionnement prorusse du parti d’extrême droite AfD et de l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW) profite moins à ces deux formations dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale.

Dès lors, Manuela Schwesig a fortement personnalisé la campagne autour de slogans du type : « Une femme contre la vague bleue » (le bleu est la couleur de l’AfD). Une stratégie simple : rassembler autour d’elle les oppositions à l’extrême droite. La victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt l’a encore encouragée à persévérer dans cette voie, au point que les autres partis traditionnels ont protesté contre une volonté du SPD local de siphonner leurs électeurs et électrices.

La dynamique locale de l’AfD

Sur ces dernières semaines, cette stratégie semble payer. Si le niveau atteint par les sociaux-démocrates en 2021 (39,6 %) semble inatteignable, l’écart avec l’AfD semblait s’être réduit en fin de campagne. Et la possibilité d’un SPD devant l’extrême droite ne peut plus être entièrement écartée.

En face, l’AfD tente de rejouer la campagne de Saxe-Anhalt. Son candidat au poste de ministre-président, Leif-Erik Holm, 56 ans, animateur à la radio publique locale NDR, est déjà député fédéral du land. Il a joué le rôle du gendre parfait, souriant et rassurant. Il joue sur la nostalgie de la RDA et fait aussi, comme Ulrich Siegmund dans le land voisin, des tournées à mobylette Simson de fabrication est-allemande. Lui aussi joue sur l’espoir d’un changement. Il évoque un « tournant » en cours avec la montée de l’AfD, équivalent, prétend-il, à celui de 1989.

Le contexte est plus délicat pour l’AfD qu’en Saxe-Anhalt, en raison de la popularité du gouvernement sortant et de son éloignement de la coalition au pouvoir à Berlin. L’AfD devrait cependant connaître un bond par rapport au score de la dernière élection régionale de 2021 (16,7 %). En février 2025, lors des élections fédérales, le parti bleu avait obtenu 35 % des voix au scrutin de liste et 37 % au scrutin majoritaire. L’AfD avait alors remporté les six sièges directs du land, loin devant un SPD qui n’avait glané que 12 % au scrutin de liste.

La question de dimanche 20 septembre en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale sera de savoir si l’AfD fait mieux qu’en 2025 et parvient à résister à la remontée du SPD de Manuela Schwesig. La barre des 40 % semble un peu trop haute et, partant, il paraît impossible pour l’AfD d’espérer pouvoir gouverner à Schwerin, la capitale du land.

Quel gouvernement ?

Parmi les autres éléments à observer, il y aura les scores respectifs de Die Linke et des Verts (Die Grünen). Ces deux partis visent le même électorat urbain progressiste, mais Die Linke est mieux implanté en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, où il avait obtenu 9,9 % des voix en 2021 et 12 % en 2025.

Dans le cas des Verts (6,1 % en 2021 et 5,4 % en 2025), il n’est pas certain que le parti puisse passer la barre des 5 % nécessaires pour entrer au parlement régional. Là encore, la stratégie de Manuel Schwesig joue contre ce parti en mobilisant son électorat. S’ils passent néanmoins ce seuil, les écologistes deviendraient indispensables à la construction d’une nouvelle coalition avec Die Linke et le SPD.

Dans le cas contraire, il y aura deux autres incertitudes concernant la future coalition. La première sera le score de l’Union démocrate-chrétienne (CDU), le parti conservateur du chancelier Friedrich Merz. La CDU, qui a gouverné le land de 1990 à 1998, puis en coalition avec le SPD de 2006 à 2017, est très affaiblie localement.

En 2021, elle n’avait obtenu que 13,3 % des voix. Cette fois, elle doit encaisser l’impopularité record de Friedrich Merz et la stratégie anti-AfD de Manuela Schwesig. Au point que, désormais, sa présence même au landtag, le parlement régional, est incertaine.

Dernière incertitude : le score du BSW. En Saxe-Anhalt, ce parti a réussi à passer les 5 % pour entrer au parlement régional. Sahra Wagenknecht espère reproduire cet exploit en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Le BSW semble disposer d’une base électorale pour cela : en février 2025, il avait obtenu 10,6 % des voix au scrutin de liste dans le land.

Le pire scénario pour Manuela Schwesig serait donc que les Verts sortent du parlement et que le BSW y entre. Dans ce cas, elle pourrait avoir besoin d’un soutien actif de la CDU, ce qui sera délicat. Mais même si les Verts conservent leurs sièges à Schwerin, l’entrée du BSW compliquera l’arithmétique parlementaire. Il semble cependant, que l’AfD ne dispose d’aucune chance de gouverner ce land.


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