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Donné gagnant pour la primaire de cet automne en vue de la présidentielle de 2027, l’eurodéputé Place publique est pourtant loin de faire le plein de soutiens au sein des troupes socialistes qui se sont réunies à Blois pour leur université d’été. De quoi relancer les espoirs des proches du premier secrétaire du PS.
– Vincent pensait l’affaire « pliée ». Avant-hier encore, ce militant socialiste classé à l’aile gauche de son parti en était persuadé : « l’OPA » de Raphaël Glucksmann sur le Parti socialiste (PS) ne serait qu’une pure formalité. Mais samedi 29 août, devant la halle aux grains de Blois où s’est tenue durant deux jours l’université d’été du PS, le jeune homme a retrouvé le sourire : « J’ai parlé à beaucoup de monde depuis deux jours et ça ne sera pas si simple pour Glucksmann. »
Le socialiste ne porte pas vraiment le favori de la primaire dans son cœur. Son profil « petit-bourgeois de centre-ville », ses positions floues sur la retraite, sa réticence à qualifier de « génocide » la guerre d’Israël à Gaza, sa manie de taper à bras raccourcis sur Jean-Luc Mélenchon… « Glucksmann n’a pas l’ADN socialiste », souligne Vincent.
Quant à sa stratégie de refuser toute discussion avec La France insoumise (LFI), « elle nous emmène droit dans le mur aux législatives », poursuit celui qui votera pour Olivier Faure le 10 octobre prochain, avec l’espoir que le premier secrétaire du PS créera la surprise lors de la primaire de « l’espace socialiste » où, paradoxalement, il part en outsider.
Combien étaient-ils et elles, parmi les militant·es rassemblé·es à Blois, à vouloir déjouer les pronostics ? Jusqu’ici, Raphaël Glucksmann a avancé sur du velours. Poussé par les vents favorables des sondages, porté par l’organisation d’un scrutin taillé sur mesure, et revigoré par son passage plutôt réussi devant le Medef, l’eurodéputé Place publique (PP) est arrivé vendredi 28 août à Blois tout sourire et sous une nuée de caméras.
À ses côtés, la plupart des opposant·es internes à Olivier Faure, comme Carole Delga, Nicolas Mayer-Rossignol et David Assouline, ont pris la pose. Il y a un nouveau sur la photo de famille : Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, qui avait annoncé, à la veille de la rentrée politique du PS, qu’il renonçait à se présenter pour soutenir Raphaël Glucksmann dès le premier tour. Une deuxième prise de guerre en une semaine après l’annonce du ralliement de Yannick Jadot, le lundi précédent.
Devant les journalistes, Raphaël Glucksmann, dont les anciens propos peu amènes à l’endroit du PS ont été exhumés ces derniers jours sur les réseaux sociaux, a donc redoublé d’efforts pour montrer patte blanche : « Jamais je n’imaginais mener cette bataille sans les socialistes, sans le Parti socialiste », a-t-il lancé, avant de se dire « particulièrement fier et heureux d’être entouré de personnalités si puissantes qui seront l’ossature du gouvernement de la France de demain ».
Mais alors qu’il semblait pavé de roses, le chemin du fondateur de PP vers sa désignation comme candidat du PS à la présidentielle pourrait s’avérer plus épineux que prévu. Comme un signal faible, plusieurs figures du parti, y compris parmi les ennemis jurés du premier secrétaire, refusent de se positionner dans le duel qui se prépare entre Olivier Faure et Raphaël Glucksmann. À l’instar d’Hélène Geoffroy ou de Patrick Kanner, patron des sénateurs socialistes, qui arguait auprès de Mediapart de l’imminence des élections sénatoriales pour botter en touche.
Chez les soutiens de Boris Vallaud, on a aussi du mal à avaler la pilule du rassemblement derrière l’eurodéputé. « Que Boris, ancien proche de Montebourg, soutienne l’aile droite sociale-démocrate, c’est en effet plutôt disruptif ! », s’étrangle un membre du courant du patron des député·es socialistes, peu convaincu par sa décision justifiée dans un long texte.
En fin de semaine, tous courants confondus, une phrase revenait donc en boucle : « Rien n’est joué ! » Et dans l’entourage d’Olivier Faure, on dénombrait toutes les inconnues à même de rebattre les cartes du scénario annoncé d’une victoire de Raphaël Glucksmann : les contours du corps électoral dans un vote 100 % électronique – favorable aux jeunes, plutôt acquis à Olivier Faure –, l’engouement potentiellement généré par les débats télévisés – plusieurs chaînes, dont France Inter et France 2, se sont dites intéressées pour les diffuser –, le contour et le nombre des candidatures…
De ce côté-là encore, rien n’est encore définitif. Ségolène Royal et les députés Philippe Brun et Jérôme Guedj se positionnent sur la ligne de départ, mais ils doivent d’abord rassembler un nombre suffisant de parrainages avant la clôture des inscriptions le 15 septembre. Emmanuel Maurel, membre du petit parti Gauche républicaine et socialiste (GRS), n’exclut pas de les rejoindre.
Pendant deux jours, à Blois, les rumeurs sont par ailleurs allées bon train sur de possibles candidatures surprises. François Hollande allait-il finalement rejoindre la primaire ? François Ruffin, qui a lui aussi passé une tête à Blois, pourrait-il être tenté ? Si l’ancien président de la République a répondu dès vendredi face à la presse, en dézinguant à demi-mot le scrutin avant de rejoindre les amis de Jean-Michel Blanquer pour un débat avec Édouard Philippe, le député de la Somme a laissé plané le doute.
L’arrivée en majesté de l’ex-insoumis à Blois, entouré d’Olivier Faure et de Johanna Rolland, de même que ses propos jugeant « mortifères » les « gauches irréconciliables » ont relancé à plein les spéculations sur sa participation potentielle… Au point que Clémentine Autain a dû publier, samedi après-midi, un tweet pour se désolidariser par avance : « Il est exclu que L’Après [le parti de Clémentine Autain et d’Alexis Corbière – ndlr] participe à la primaire du périmètre PS-Place publique, et ce quel que soit le tarif pour voter. »
Principal adversaire de Raphaël Glucksmann, Olivier Faure qui a déclaré officiellement sa candidature dans la nuit de samedi à dimanche. Bien que sorti affaibli du scrutin interne du 9 juillet, qui a mis en minorité sa proposition de primaire ouverte, le premier secrétaire a profité de la rentrée politique de son parti pour s’adonner à une démonstration de force. Photos bras dessus bras dessous avec des militant·es, bises à foison, prises de rendez-vous auprès de sections locales… « Restez comme ça, on a besoin de vous », a-t-il glissé à ses soutiens dans un sourire entendu.
Chez ses proches, l’espoir, bien que timide, a resurgi. « Il y a une forme de légitimisme. Olivier Faure est le premier secrétaire, et il a mené tout le travail pour reconstruire le parti depuis son explosion de 2017 », explique la sénatrice Corinne Narassiguin, favorable à un candidature maison pour la présidentielle. Même discours chez le député Laurent Baumel : « Plus on avance dans la campagne, moins c’est vendeur de dire non à LFI », glisse-t-il, ajoutant qu’une victoire d’Olivier Faure pourrait « être à l’origine d’une histoire qui se débloque avec le reste de la gauche ». Et de rappeler que « Benoît Hamon avait zéro chance de l’emporter à la primaire de 2017 et pourtant… ».
Samedi, en une heure de discours, le premier secrétaire s’est offert pas moins de six standing ovations lancées par les Jeunes socialistes chauffés à blanc. Une allocution bien à gauche, durant laquelle il a fait huer Édouard Philippe et Gabriel Attal, qui ont tous deux annoncé vouloir « rapprocher le net du brut par une baisse des cotisations sociales ». Une proposition également portée par un certain… Raphaël Glucksmann. Olivier Faure a aussi manié la menace de la censure du budget du gouvernement et a surtout martelé un principe politique aux militant·es socialistes : « Rien ne se passe jamais comme prévu ! »
« N’écoutez pas les ricaneurs, les analyses, les sondages. Barre, Balladur, Juppé, Fillon, Zemmour, Pécresse : tous ont été sacrés champions des sondages. Barre, Balladur, Fillon n’ont pas atteint le second tour. Juppé n’a pas passé sa primaire. Zemmour n’a été qu’un feu de paille. Pécresse n’a pas fait 5 % », a-t-il détaillé, avant de rappeler qu’en 2012, « François Hollande a commencé à 3 % et est devenu président de la République ». Pas un lancement de campagne, mais presque.
Sarah Benhaïda et Pauline Graulle
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