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I – les facteurs explicatifs de la croissance des extrêmes droites en Europe.
Il existe plusieurs familles de facteurs explicatifs de la poussée de l’extrême droite qui peuvent se combiner.
Désindustrialisation et mondialisation : dans les régions touchées par les délocalisations (nord de la France, Midlands britanniques, Ruhr allemande), le vote d’extrême droite capte un électorat qui se perçoit comme "perdant" de la mondialisation.
Stagnation du pouvoir d’achat et inflation post-Covid puis post-guerre en Ukraine, qui alimente un ressentiment contre les élites économiques et politiques.
Sentiment de déclassement de catégories intermédiaires (petits commerçants, artisans, classes moyennes rurales) plus que des plus pauvres au sens strict.
Anxiété liée à l’immigration, réelle ou perçue, notamment après les flux migratoires de 2015-2016 et leurs suites.
Réaction identitaire face au multiculturalisme, perçu comme menace pour une "identité nationale" ou une culture majoritaire.
Backlash contre le progressisme culturel (théories du genre, wokisme perçu, questions LGBT+), thème mobilisé dans une logique de "guerre culturelle".
Crise de représentation : effondrement ou affaiblissement des partis traditionnels de gouvernement (sociaux-démocrates en particulier), laissant un espace vacant.
Vote protestataire et défiance envers les élites, alimenté par des scandales, le sentiment d’un fossé entre "le peuple" et les gouvernants. Rôle des réseaux sociaux et des médias, qui favorisent une polarisation et donnent une caisse de résonance disproportionnée à des discours simples et clivants.
Effet de normalisation : chaque victoire électorale (Italie, Pays-Bas, Argentine bien que hors UE) rend le vote suivant plus "acceptable" socialement.
Guerre en Ukraine et crise énergétique, exploitées différemment selon les partis.
Critique de la technocratie bruxelloise, du fédéralisme européen, perçus comme dépossédant les nations de leur souveraineté.
II – les interactions entre les différents partis d’extrême droite en Europe.
Ces partis ne partagent pas un programme commun. Le RN français prône un certain État social protecteur ("national-populisme"), tandis que Reform UK ou certains courants de l’AfD défendent un libéralisme économique dérégulé. Il y a des désaccords profonds sur l’État-providence, la fiscalité, et parfois sur la Russie ( le PiS polonais farouchement anti-russe).
Mettre dans le même sac la Hongrie, l’Italie, la Pologne, etc. témoigne d’une paresse intellectuelle notoire sinon d’un haut niveau d’incompétence d’analyse géopolitiques.
Les eurodéputés d’extrême droite sont scindés en plusieurs groupes concurrents (ECR, Identité et Démocratie, Patriotes pour l’Europe, Europe des Nations souveraines), qui ne votent pas toujours ensemble et s’affrontent parfois sur des sujets clés.
Le fascisme historique (Italie de Mussolini, etc.) reposait sur le corporatisme économique, le culte du chef, le parti unique et le rejet de la démocratie parlementaire en tant que telle. La plupart de ces partis actuels jouent le jeu électoral, ne prônent pas l’abolition du pluralisme (même si certains l’érodent une fois au pouvoir), et se réclament plutôt du national-populisme ou de la droite radicale, catégories que les historiens spécialistes de l’extrême droite distinguent explicitement du fascisme classique.
On observe des connexions réelles mais informelles : financements croisés, influence de figures comme Steve Bannon, cercles think tanks communs, participation croisée à des événements (CPAC), soutien logistique ou financiers par certains oligarques pour quelques partis. C’est un phénomène de réseau et d’imitation stratégique plus qu’une internationale organisée avec une doctrine unifiée.
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III - Quels sont les fondations et autres organismes qui financent les partis d’extrême droite en France et en Europe ?
La question du soutien financier et idéologique apporté par des organisations américaines (et d’autres structures internationales) aux partis et mouvements d’extrême droite en France et en Europe fait l’objet de nombreuses enquêtes de journalistes, de chercheurs et d’ONG (comme le Corporate Europe Observatory, le Forum parlementaire européen ou l’association Bloom).
Plutôt que des dons financiers directs et traçables aux caisses des partis politiques (ce qui est souvent strictement encadré ou interdit par les lois électorales nationales), ces flux prennent principalement la forme de financements indirects, de soutien à des réseaux de lobbying, de « batailles culturelles » et d’actions en justice.
Plusieurs organisations conservatrices ou ultraconservatrices basées aux États-Unis investissent massivement en Europe pour tisser des alliances avec les partis nationalistes et d’extrême droite :
1. The Heritage Foundation : Ce puissant think tank américain (architecte notamment du Project 2025) joue un rôle central dans le rapprochement entre la droite radicale américaine (le mouvement MAGA) et les formations nationalistes européennes. Son président actuel, Kevin Roberts, multiplie les déplacements en Europe et en France pour nouer des liens étroits avec les figures des droites radicales et nationalistes (notamment lors de rencontres publiques ou de sommets avec des cadres de partis comme Reconquête ou le Rassemblement national).
2. Alliance Defending Freedom (ADF International) : Organisation juridique chrétienne ultraconservatrice basée aux États-Unis, l’ADF dispose de bureaux en Europe (notamment à Bruxelles, Strasbourg, Londres ou Vienne). Des rapports d’ONG ont mis en évidence l’augmentation substantielle de ses budgets alloués à des activités en Europe. L’ADF ne finance pas directement des partis politiques pour des campagnes, mais soutient un vaste réseau d’associations locales luttant contre l’avortement, la diversité de genre et les droits des personnes LGBTQ+, des thématiques clés des agendas d’extrême droite. Elle s’associe régulièrement à des structures comme La Manif pour tous en France ou des mouvements similaires en Europe, qui possèdent des passerelles avec les partis nationalistes.
3. Les réseaux libertariens et les fondations liées au réseau Atlas (Atlas Network) : Ce réseau mondial de think tanks promeut le libéralisme économique radical et la dérégulation. Bien que ses thang-grammes affichent un vernis économique, ses antennes et les fondations qui l’alimentent financent des structures de formation, des médias alternatifs et des influenceurs numériques qui relaient les discours anti-immigration, anti-régulation européenne et souverainistes.
4. Tradition, Famille et Propriété (TFP) — mouvement religieux transnational issu du fascisme catholique latino-américain, aujourd’hui actif en Europe, dont la branche polonaise est à l’origine de certaines initiatives anti-genre les plus visibles en Pologne (tentatives d’interdiction de l’avortement, "zones sans LGBT", retrait de la Convention d’Istanbul).
5. Human Life International (HLI) — fondée en 1996 en Virginie, se décrit comme le plus grand mouvement anti-avortement au monde, actif dans une centaine de pays, et soutient les acteurs d’extrême droite antiavortement en Europe en distribuant du matériel militant.
6. Une aide pour l’école de formation de Marion Maréchal. Un exemple français est Charles Beigbeder. Selon une étude du Transnational Institute, il a contribué au financement de l’ISSEP, école créée notamment avec Marion Maréchal pour former une nouvelle génération d’élites de droite radicale.
7. Une enquête du Monde avait par exemple documenté le rôle du milliardaire américain Robert Hillman, qui a financé indirectement plusieurs activités de l’extrême droite européenne, notamment par l’intermédiaire de fondations, de bourses et de financements de médias comme Rebel Media. Des soutiens étaient également dirigés vers des réseaux proches de Geert Wilders aux Pays-Bas.
Ce modèle est particulièrement intéressant parce qu’il montre qu’un milliardaire américain peut ne pas financer directement un parti européen, mais financer un réseau médiatique et militant dont l’activité profite à ce parti.
8. Le cas allemand est encore plus révélateur
Des enquêtes du Spiegel et de la WOZ ont établi des liens entre la fortune du milliardaire allemand August von Finck Jr. et le développement initial de l’AfD. Selon les documents et témoignages cités, certaines dépenses liées à la construction du parti auraient transité par une agence de communication munichoise plutôt que d’être versées directement au parti.
C’est précisément le genre de montage qui rend extrêmement difficile l’établissement d’un chiffre global du financement privé de l’extrême droite.
Si les flux américains pèsent lourd sur le plan idéologique, méthodologique et de l’influence transatlantique, l’essentiel du financement de l’écosystème d’extrême droite en France repose également sur des mécènes nationaux fortunés qui adoptent des méthodes directement inspirées du modèle philanthropique américain :
1. Pierre-Édouard Stérin et le projet Périclès.
Bien que d’origine française, le milliardaire Pierre-Édouard Stérin (via son fonds et ses holdings) déploie une stratégie de financement à grande échelle (estimée à plusieurs dizaines ou centaines de millions d’euros) pour mener une « bataille culturelle ». Son objectif affiché est de structurer la victoire de la droite et de l’extrême droite en France en finançant des think tanks, des structures de formation de cadres, des sites de presse ou d’opinion (comme Valeurs actuelles), des réseaux catholiques traditionalistes, ainsi que de nombreux influenceurs sur les réseaux sociaux.
Voici les principaux mécanismes de cette influence :
a) La constitution d’un empire médiatique centralisé
Au fil des rachats successifs, Vincent Bolloré a bâti un conglomérat sans équivalent dans l’histoire moderne des médias français. Sa galaxie regroupe :
L’audiovisuel : La chaîne d’information en continu CNews (devenue le navire amiral de ce groupe), la station de radio Europe 1, ainsi que des canaux de la TNT comme C8 (avant sa perte de fréquence).
La presse écrite et l’édition : Des hebdomadaires comme Le Journal du Dimanche (JDD), la JDNews, des magazines du groupe Prisma (Gala, Voici, Géo), ainsi que de grands groupes d’édition (notamment à travers Vivendi et Lagardère).
b) Le basculement éditorial et la "dédiabolisation"
Lors de chaque prise de contrôle (notamment à i-Télé devenue CNews, à Europe 1 ou au JDD), les rachats se sont accompagnés de départs massifs de journalistes (souvent par le biais de clauses de conscience) et d’un recentrage drastique des choix éditoriaux.
Priorité aux thématiques identitaires : Les antennes accordent une place centrale aux sujets liés à l’immigration, à l’insécurité, au refus du "wokisme" et à la critique de l’islam, qui constituent le socle programmatique de l’extrême droite.
La normalisation du discours : Plutôt que de faire de la propagande brute pour un parti, la stratégie consiste à banaliser des idées autrefois rejetées aux marges du champ politique républicain. Les figures issues de l’extrême droite ou de la droite nationaliste y sont banalisées comme des acteurs politiques ordinaires, voire omniprésents.
c) Une caisse de résonance pour les personnalités politiques
Les plateaux des médias du groupe fonctionnent comme une tribune quotidienne pour diffuser des éléments de langage favorables aux thèses nationalistes. L’exemple le plus notable a été l’omniprésence médiatique accordée à Éric Zemmour avant sa candidature à l’élection présidentielle de 2022, ou encore l’invitation récurrente de cadres du Rassemblement National, dont les interventions sont souvent moins contestées ou mises en perspective de manière critique que dans d’autres rédactions.
d) L’effet au début de "vidage" des contre-pouvoirs internes
La ligne directrice impulsée par la direction conduit souvent à une homogénéisation des opinions au sein des rédactions concernées, réduisant l’espace accordé à la contradiction de gauche ou progressiste. Pour les critiques de cette concentration des médias, le danger réside dans le fait que l’information n’est plus seulement traitée comme un bien marchand ou un service public démocratique, mais comme un outil d’influence idéologique au service d’un projet de société réactionnaire.
3. Les synergies avec d’autres grands capitaux : D’autres acteurs économiques majeurs ou cercles d’influence conservateurs soutiennent de manière directe ou indirecte les plateformes médiatiques qui normalisent les thèses nationalistes, offrant une caisse de résonance comparable à celle observée aux États-Unis.
L’influence américaine ne passe plus seulement par des flux financiers traditionnels, mais par une internationalisation des réseaux d’extrême droite : Des événements comme la CPAC (Conservative Political Action Conference) réunissent régulièrement des cadres de l’extrême droite européenne (Rassemblement national, Vox en Espagne, Fidesz en Hongrie, AfD en Allemagne) et des pontes du parti républicain américain.
Les stratégies de communication numérique, l’utilisation de la "guerre culturelle" (contre les politiques environnementales de type Green Deal européen ou les minorités) et l’usage de plateformes technologiques mondiales (notamment via des relais comme Elon Musk ou des conseillers proches de la nouvelle administration américaine) renforcent cette convergence idéologique et financière transatlantique.
Pour maintenir son assise politique en France, en Grande-Bretagne et dans l’union européenne, la grande bourgeoisie financière et industrielle favorise et va favoriser les partis d’extrême droite et notamment le RN en France. Il lui faut neutraliser toute possibilité d’une élection d’un parti de la gauche radicale. Mais la situation au niveau international de l’impérialisme américain et de ses satellites européens ou autres et plus complexe
Les valeurs sociétales des partis d’extrême droite se rapprochent de celle de la fédération de Russie et de nombreux pays du Sud global. Mais en même temps, l’impérialisme américain met tout en œuvre avec la complicité de ses vassaux pour affaiblir la Russie.
Les partis d’extrême droite européenne devront donc abandonner leur nationalisme ou souverainisme et leur sympathie à l’égard de la Russie pour devenir de bons serviteurs du capital industriel ou financier selon la configuration.
Ainsi mettre dans le même sac les partis d’extrême droite européen et le régime politique existant en Russie repose sur une méconnaissance totale à la fois du fonctionnement des institutions politiques de la fédération de Russie mais aussi sur la nature profonde des partis d’extrême droite comme serviteurs des intérêts du grand Capital
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HD
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