L’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans censurée par le Conseil constitutionnel

mardi 25 août 2026.
Source : AFP
 

L’institution estime que cette disposition « porte une atteinte qui n’est pas adaptée, nécessaire et proportionnée » à la liberté d’expression et de communication des mineurs. Elle avait été saisie fin juillet par des députés socialistes et de La France insoumise.

C’était une mesure phare de la fin de mandat d’Emmanuel Macron : le Conseil constitutionnel a censuré vendredi 14 août l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Les membres de l’institution estiment que cette disposition « porte une atteinte qui n’est pas adaptée, nécessaire et proportionnée » à leur liberté d’expression et de communication. L’institution avait été saisie fin juillet par des député·es socialistes et de La France insoumise (LFI) sur l’article 1er de la loi visant à protéger les mineur·es face aux réseaux sociaux.

Tout en reconnaissant « l’exigence constitutionnelle de protection de l’intérêt supérieur de l’enfant », ils pointent le fait que cette interdiction très large « est susceptible de s’appliquer à des services de communication en ligne dont les risques pour la santé et la sécurité des mineurs […] ne sont pas établis ».

Emmanuel Macron a immédiatement réagi par voie de communiqué et chargé le premier ministre « de travailler, dans les meilleurs délais, à une rédaction juridiquement robuste tenant compte de la décision du Conseil constitutionnel ainsi que du cadre européen ».

Censé entrer en vigueur au 1er septembre, le texte prévoyait d’écarter les plus jeunes des réseaux sociaux comme TikTok, Snapchat, X ou encore Instagram, mais aussi des fonctionnalités sociales comme les chaînes de partage ou la publication de commentaires sur des sites très populaires comme YouTube, des messageries (WhatsApp, Messenger...) et certains jeux vidéo en ligne.

Si la loi prévoyait des exceptions, notamment pour les encyclopédies en ligne et les répertoires éducatifs ou scientifiques, celles-ci demeurent trop « limitées », estime le Conseil constitutionnel.

Un texte très débattu

Anxiété, dépression, troubles du sommeil, harcèlement en ligne : le gouvernement cherchait avec cette loi à mieux protéger les plus jeunes des effets néfastes liés à l’utilisation de ces plateformes, comme réclamé par de nombreuses associations de défense de l’enfance.

Selon une étude publiée en juillet par l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel et du numérique, plus des deux tiers des enfants âgés entre 10 et 14 ans seraient favorables à cette interdiction. Le texte retoqué avait fait l’objet de nombreux échanges entre l’Assemblée nationale et le Sénat, ce dernier ayant réécrit une large partie de la loi pour y intégrer notamment une « liste noire » de réseaux sociaux visés par l’interdiction, afin d’en réduire le champ d’application.

Mais la version finale votée le 21 juillet au Parlement avait finalement abandonné cette idée, face aux craintes de non-conformité avec le droit européen. Dans sa décision, le Conseil constitutionnel s’inquiète également des conséquences possibles sur la vie privée de l’instauration d’un système de vérification d’âge pour tous les utilisateurs et utilisatrices.

La loi prévoyait que les plateformes instaurent un ou plusieurs dispositifs pour cela au moment de l’inscription, sans pour autant en détailler la mise en œuvre technique.

« Faute de déterminer les conditions et les limites » de cette justification d’âge, « le législateur n’a pas prévu les garanties légales » nécessaires au droit au respect de la vie privée, estiment les membres de l’institution.

Contournement des restrictions

La loi française, dont l’adoption au Parlement constituait une première en Europe, s’inscrit dans un mouvement mondial. Fin 2025, l’Australie est devenue le premier État à interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Depuis, de nombreux pays ont soit adopté, soit annoncé envisager des interdictions similaires, comme le Brésil, l’Indonésie, le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande.

Les mineurs parviennent à utiliser des comptes enregistrés au nom de personnes plus âgées ou en se connectant avec un VPN.

En Australie, les résultats sont contrastés : une étude publiée par le British Medical Journal n’a observé que peu de changements d’utilisation chez les utilisateurs âgés de 12 à 13 ans. Une légère baisse a été constatée chez les 14-15 ans, tandis qu’une augmentation a été relevée chez les 16 ans et plus.

Les utilisateurs et utilisatrices mineur·es parviennent à contourner les restrictions en utilisant des comptes enregistrés au nom de personnes plus âgées ou en se connectant avec un VPN, un outil permettant de se localiser dans un autre pays.

De son côté, la Commission européenne a annoncé en juillet son intention d’instaurer un accès « progressif et gradué » des mineur·es aux réseaux sociaux. Un comité d’expert·es a recommandé une interdiction aux moins de 13 ans, chaque pays pouvant choisir son âge plancher.

Uniquement saisi sur l’article 1er, le Conseil constitutionnel ne s’est pas prononcé sur l’interdiction du téléphone portable au lycée à partir du 1er septembre, qui figure dans le même texte de loi.

Agence France-Presse


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