Sud du Liban : Nouvelles bases, villages rasés ; comment l’armée israélienne s’enracine profondément

lundi 17 août 2026.
 

https://www.haaretz.com/israel-news...

Toutes les versions de cet article : [English] [français] vendredi 7 août 2026,

Les Forces de défense israéliennes (FDI) se sont emparées de 230 miles carrés de territoire libanais, où d’importants travaux de construction sont en cours – notamment une base située bien loin de la frontière israélienne. Les négociations avec le Liban ont repris aujourd’hui.

L’armée israélienne s’enracine profondément dans le sud du Liban, selon des informations obtenues par Haaretz, des repérages sur le terrain et des images satellites récentes. Pendant la guerre, l’armée israélienne s’est emparée d’une zone d’environ 600 kilomètres carrés (230 miles carrés) au Liban, qui s’étend par endroits jusqu’à 12 kilomètres de la frontière israélienne. Au sein de cette zone, elle a établi au moins sept nouvelles bases et ouvert des dizaines de kilomètres de routes logistiques.

Comme à Gaza, l’armée israélienne mène d’importants travaux d’infrastructure sur le territoire qu’elle a conquis au Liban. Tout au long des routes qui mènent de la frontière israélienne jusqu’au sud du Liban, des engins de chantier, notamment des pelles mécaniques et des rouleaux compresseurs.

Un officier supérieur de l’armée a déclaré à Haaretz le mois dernier que les forces armées avaient reçu l’ordre de se préparer à rester jusqu’à un an au Liban. À cette fin, elle réalise des travaux de construction et de logistique pour les troupes, dont la plupart sont encore hébergées dans des bâtiments civils dans des villages du sud du Liban. Des images satellites prises par Airbus Defence and Space et examinées par Haaretz montrent des changements significatifs dans toute la région.

L’une des zones où opère l’armée israélienne est la ville de Khiam, située à cinq kilomètres au nord de la frontière israélienne. La nouvelle base est en cours de construction sur le site de l’ancienne prison de Khiam. Après la reprise des combats en mars, l’armée israélienne a détruit le bâtiment de la prison.

Des images satellites datant de juin montrent des engins de génie sur le site, et dès juillet, une base militaire avait vu le jour, pourvue d’un talus de terre, de tranchées permettant aux soldats de se déplacer à l’abri et de filets de protection contre les drones explosifs.

Dans le même temps, l’armée israélienne a détruit la grande majorité des bâtiments de Khiam. Selon l’armée, environ 20 000 personnes y vivaient avant la reprise des combats.

Une autre base a été construite dans le village de Maroun al-Ras, à environ deux kilomètres de la frontière israélienne. Là aussi, les FDI ont détruit la grande majorité des bâtiments du village.

Ces destructions concordent avec les déclarations du ministre de la Défense israélien, Israel Katz, lors d’une conférence organisée par Channel 14, au cours de laquelle il a affirmé qu’Israël avait détruit 24 villages chiites dans le sud du Liban. « Nous avons détruit tous les bâtiments, pas maison par maison, sans distinction. Tous ces villages ont été complètement détruits, soit entre 15 000 et 20 000 habitations », a-t-il déclaré.

En juin, M. Katz avait déclaré que 200 000 Libanais ne regagneraient pas leurs foyers. En avril, un haut responsable de la défense avait confié à Haaretz qu’Israël entendait mettre en place une « stratégie de la terre brûlée » dans la région.

Haaretz a examiné des images satellites récentes de Planet Labs qui montrent la destruction de villages et de villes dans tout le sud du Liban.

L’armée israélienne a établi cinq bases près de la frontière après le cessez-le-feu avec le Hezbollah en octobre 2024. Ces dernières semaines, un soldat ou un civil qui s’était rendu dans l’une de ces bases a publié des photos révélant à quoi ressemble l’un de ces avant-postes de l’intérieur. Malgré des signalements répétés au fil des ans, l’armée israélienne n’a pas réussi à mettre fin à ces fuites d’informations.

Les bases restantes ont été établies depuis la reprise des combats en mars, plus profondément à l’intérieur du territoire libanais. Outre ces nouvelles bases, les FDI ont pris le contrôle de plusieurs positions stratégiques dans le sud du Liban, notamment le château de Beaufort – une forteresse des Croisés qui surplombe la région près de la ville de Nabatieh – à environ 10 kilomètres de la frontière. Le ministre de la Défense Katz a souligné qu’Israël ne se retirerait pas de Beaufort. L’armée israélienne a également annoncé avoir pris le contrôle de la crête de Christofani.

L’armée israélienne a également aménagé 32 kilomètres de routes d’accès pour le transport logistique à l’intérieur de la « ligne jaune », la limite nord de la zone dont Israël a pris le contrôle, selon un officier supérieur de l’armée.

En avril, les FDI ont présenté une carte de la « ligne jaune » au Liban. Au cours des mois qui ont suivi, elles ont étendu la zone sous leur contrôle, comme le montre la carte mise à jour publiée en juin par le service de presse des FDI. Selon les calculs du journal Haaretz, les FDI contrôlent désormais 602 kilomètres carrés au Liban. Le ministre de la Défense Katz a quant à lui avancé le chiffre de 700 kilomètres carrés.

Fin juin, Israël et le Liban ont signé un accord négocié par les États-Unis visant à ouvrir la voie à « la fin du conflit entre les deux pays, à garantir la souveraineté et la sécurité de chacun d’entre eux, et à établir des relations de bon voisinage pacifiques ». En vertu de cet accord, l’armée libanaise doit rétablir son autorité souveraine sur l’ensemble du territoire libanais, sous réserve du désarmement vérifié du Hezbollah et du démantèlement de ses infrastructures. Cela devrait permettre aux Forces de défense israéliennes (FDI) de se retirer progressivement du Liban. L’accord stipulait que la mise en œuvre débuterait par un programme pilote sur deux sites situés près de la « ligne jaune ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a déclaré qu’en vertu de l’accord, Israël maintiendrait une zone de sécurité au Liban « jusqu’à ce que le Hezbollah soit désarmé et qu’il n’y ait plus aucune menace pour Israël en provenance du Liban ». Le ministre de la Défense, Israel Katz, a indiqué qu’il avait donné pour instruction aux FDI « d’ériger des avant-postes dans le sud du Liban selon les besoins, comme si nous devions y rester pendant 50 ans ».

En réaction à cet accord, le Hezbollah a déclaré que le gouvernement libanais manquait de légitimité et que la mise en œuvre de l’accord reviendrait à faire un « cadeau à l’ennemi israélien » et conduirait à une guerre civile.

Aujourd’hui (mardi), un nouveau cycle de pourparlers entre Israël et le Liban, sous l’égide des États-Unis, débute à Rome. Selon le Département d’État américain, ces pourparlers visent à « faire progresser la mise en œuvre intégrale de l’accord-cadre ».

Répondant aux questions de Haaretz concernant l’implantation des Forces de défense israéliennes (FDI) dans le sud du Liban, le Département d’État a déclaré que les États-Unis restaient attachés à la mise en œuvre intégrale de l’accord et contribuaient à la coordination entre les armées israélienne et libanaise.

par KUBOVICHAND Yaniv , MICHAELI Yarden, PELEG Bar, ROZOVSKY Liza


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message