France : Qui veut la peau de l’inspection du travail ?

lundi 3 août 2026.
 

Les services de l’inspection du travail sont mis sous tension. Harcèlement disciplinaire d’agent·es, dégradation générale des conditions de travail : un ensemble de personnalités syndicales, politiques, ainsi que des spécialistes du travail et des agent·es déplorent l’impossibilité de mener à bien la protection des travailleurs, sa mission fondamentale. Et demandent « des moyens, des effectifs, un véritable plan d’urgence à la hauteur des besoins de ce service public essentiel ».

Depuis de nombreuses années, les services de l’inspection du travail sont mis sous tension. Un rapport récent du cabinet indépendant APTEIS a dressé un tableau alarmant des services du ministère du Travail et de l’Emploi, en particulier ceux de l’inspection du travail. Depuis 2017, 20 % des postes d’inspection du travail ont été supprimés et les effectifs des fonctions d’appui ont été réduits drastiquement. À ce jour, il reste moins de 1 800 agent·es de contrôle pour 21 millions de salarié·es. La mise sous pression managériale a été privilégiée au détriment de l’appui aux fonctions de contrôle : en lien avec des plans de communication sans moyens augmentés, les ministres du Travail successifs fixent des objectifs chiffrés, le plus souvent sans rapport avec les besoins du terrain et les demandes d’intervention des travailleur·euses ou de leurs représentant·es.

Le rapport fait également état d’une intensification et d’une complexification généralisées du travail, qui ont pour conséquence une explosion des risques psychosociaux. Dans le même temps, la réforme « OTE » de 2021 (Organisation territoriale de l’État) a renforcé le pouvoir des préfets, plaçant l’ensemble de la hiérarchie locale de l’inspection du travail (DDEETS et DREETS) sous la tutelle du ministère de l’Intérieur, dont dépend désormais l’ensemble des moyens de fonctionnement de l’inspection du travail. Cette situation de tutelle préfectorale rend de plus en plus illusoire la garantie d’indépendance des services de l’inspection du travail exigée par la Convention n° 81 de l’OIT ratifiée par la France.

Des artisans couvreurs à Haux le 16 juin 2022. © Photo Romain Perrocheau / AFP

Dans ce contexte, ce qui s’est joué autour de la défense du 1er mai, seul jour « super férié » (c’est-à-dire férié et chômé) est édifiant. Malgré les attaques dont il a fait l’objet, les règles particulières protégeant le 1er mai n’avaient pas changé. Le gouvernement a pourtant fortement suggéré aux agent·es de contrôle d’anticiper une hypothétique évolution réglementaire, fait tout à fait inédit. Plus grave encore en termes de respect de l’État de droit et du principe de séparation des pouvoirs, le même gouvernement, par la voix du Premier ministre, a invité les représentants patronaux des boulangeries et des fleuristes à déroger à la loi existante, leur assurant une tolérance des services de contrôle. Dans certains départements, comme en Isère, des directions zélées sont allées jusqu’à tenter d’empêcher les inspecteurs et inspectrices du travail de mener à bien des contrôles. Le Premier ministre s’est même autorisé à appeler un boulanger ayant fait l’objet d’un contrôle pour l’assurer qu’aucune amende ne serait prononcée. La délinquance patronale a donc été encouragée puis légitimée, le tout en décrédibilisant l’action de l’inspection du travail.

Dans ce même département, deux inspecteurs du travail ont été convoqués le 4 mai 2026 par la police pour des faits supposés de « harcèlement moral », convocation faisant suite à un signalement ancien de leur direction et une plainte de leur supérieure hiérarchique, dans un contexte d’intense dégradation des conditions de travail qu’ils ont maintes fois dénoncée en tant que représentants syndicaux des agent·es.

Il s’agissait donc clairement d’une procédure-bâillon et de représailles. Le procureur de la République de Grenoble ne s’y est pas trompé et a très rapidement classé sans suite cette plainte de la hiérarchie. Pourtant, manifestement déterminé à mettre au pas l’inspection du travail, le ministère du Travail a immédiatement engagé des poursuites disciplinaires contre les deux inspecteurs, à qui il est reproché de s’exprimer afin d’obtenir des conditions de travail dignes au ministère du Travail, ou de refuser de participer à des contrôles concernant la lutte contre le narcotrafic. Ces inspecteurs dénoncent l’impossibilité de mener à bien leur mission essentielle : la protection des travailleur·euses. C’est bien cela qu’on veut leur faire payer avec ces procédures-bâillons.

Nous ne nous y trompons pas : depuis la loi Travail de 2016 et les ordonnances Macron en 2017, qui avaient déjà entaillé très sérieusement la représentation du personnel dans les entreprises et rouvert la boîte de Pandore des possibilités de dérogations à la loi, le sabotage des droits des travailleur·euses continue. En s’attaquant à ses représentants syndicaux, le ministère du Travail veut mettre au pas l’inspection du travail, une des dernières digues de protection des droits des travailleur·euses.

Alors que la hausse inquiétante des accidents mortels du travail (plus de deux travailleurs décèdent au travail chaque jour) devrait obliger le gouvernement à engager une réelle politique de prévention des risques pour la santé au travail (notamment par un renforcement des effectifs de contrôle), et rétablir une réglementation plus protectrice et préventive (rétablissement des CHSCT en particulier), il ne trouve rien de plus urgent que de s’acharner sur deux agents de l’inspection, dans l’objectif clair d’envoyer un message de mise au pas à tous les agent·es de ce corps de contrôle.

Nous demandons que cesse le harcèlement judiciaire et disciplinaire à l’encontre de Pierre et Benoît, à commencer par l’abandon des procédures disciplinaires engagées. La réponse aux revendications et aux luttes des agent·es de l’inspection du travail ne peut en aucun cas être la répression syndicale. Nous demandons des moyens, des effectifs, un véritable plan d’urgence à la hauteur des besoins de ce service public essentiel qu’est l’inspection du travail.

Premièr·es signataires :

Sophie BINET, secrétaire générale de la CGT

Caroline CHEVÉ, secrétaire générale de la FSU

Julie FERRUA et Murielle GUILBERT, co-déléguées générales de l’Union syndicale Solidaires

Julien HUARD, secrétaire confédéral de la CNT-SO

Nathalie SALA, secrétaire confédérale de la CNT

Stéphane MAUGENDRE, président du Syndicat des avocats de France

Manon LEFEBVRE, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature

Nathalie TEHIO, présidente de la Ligue des Droits Humains

Youlie YAMAMOTO, porte-parole d’Attac France

Benoît HAMON, président d’ESS FRANCE

Virginie DUPEYROUX, porte-parole de Ban Asbestos France

Caroline MORIO, Marion SEFIDARI et Lauriane THEULLIER, co-présidentes de l’AVFT

Marie PLA, porte-parole du collectif Nos services publics

Manon AUBRY, députée européenne LFI et présidente du groupe de La Gauche (GUE/NGL) au Parlement européen

Mathilde PANOT, députée du Val-de-Marne et présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale

Boris VALLAUD, député des Landes et président du groupe socialistes et apparentés à l’Assemblée nationale

Cyrielle CHATELAIN, députée de l’Isère et présidente du groupe Écologiste et Social à l’Assemblée nationale

Stéphane PEU, député de Seine-Saint-Denis et président du groupe parlementaire Gauche Démocrate et Républicaine à l’Assemblée nationale

Guillaume GONTARD, sénateur de l’Isère et président du groupe Écologiste – Solidarités et Territoires au Sénat

Nathalie ARTHAUD, porte-parole de Lutte ouvrière

Olivier BESANCENOT, Christine POUPIN et Philippe POUTOU, porte-paroles du NPA-A

Gaël QUIRANTE, porte-parole du NPA-R

Anasse KAZIB, porte-parole de Révolution permanente

Gérard FILOCHE, ancien inspecteur du travail et secrétaire national de L’Après

Anthony SMITH, député européen LFI et inspecteur du travail

Danièle LINHART, sociologue

Annie THEBAUD-MONY, sociologue du travail et de la santé, présidente de l’association Henri Pézerat

Thomas COUTROT, économiste, chercheur associé à l’Ires

Emmanuel DOCKES, professeur en droit du travail, Université Lyon 2

Pierre-Emmanuel BARRE, humoriste

Bruno GACCIO, auteur

Guillaume MEURICE, humoriste

Nadège ABOMANGOLI, députée LFI de Seine-Saint-Denis

Sylvie AEBISCHER, co-secrétaire générale UFSE CGT

Sarah-Loëlia AKNIN, secrétaire nationale de SUD TAS

Jean-Christophe ANGAUT, philosophe, École normale supérieure de Lyon

Christine ARRIGHI, députée Les Écologistes de Haute-Garonne

Caroline AUDRIC, secrétaire de l’Union Locale du Grand Grenoble

Clémentine AUTAIN, députée L’Après de Seine-Saint-Denis

Léa BALAGE EL MARIKY, députée Les Écologistes de Paris

Marie BARDIAUX-VAÏENTE, autrice et historienne

Sébastien BARLES, coordinateur des Verts Populaires

Louis-Marie BARNIER, sociologue du travail

Stéphane BAROZ, co-secrétaire du syndicat Solidarité cordiste SYSOCO

Lisa BELLUCO, députée Les Écologistes de la Vienne

Anaïs BELOUASSA CHERIFI, députée LFI du Rhône

Guy BENARROCHE, sénateur Les Écologistes des Bouches-du-Rhône

François BENOIT-MARQUIÉ, coordinateur des Verts Populaires

Nicolas BENOIT, secrétaire de l’UD CGT de l’Isère

Guillaume BERGER, secrétaire fédéral CNT-PTT

Alain BIHR, professeur honoraire de sociologie, Université de Franche-Comté

Caroline BLANCHOT, Secrétaire générale de l’Ugict-CGT

Nicolas BONNET, député Les Écologistes du Puy-de-Dôme

Arnaud BONNET, député Les Écologistes de Seine-et-Marne

Laurent BOSAL, secrétaire fédéral de la CNT-TEFP

Pierre-Yves CADALEN, député LFI du Finistère

Damien CARÊME, député européen LFI

Cédric CAUBERT, secrétaire de l’UD CGT de Haute-Garonne

Béranger CERNON, député LFI de l’Essonne

Leïla CHAIBI, députée européenne LFI

Linda CHEKALIL, secrétaire générale, Pour UL CGT Gennevilliers /villeneuve la garenne

Antoine CHUZEVILLE, co-secrétaire général du Syndicat national des journalistes (SNJ)

Lucie CLAMENS, secrétaire générale UL CGT de Gennevilliers /Villeneuve la Garenne

Cécile CLAMME, secrétaire générale CGT Travail Emploi Formation professionnelle

François CLERC, ex-responsable confédéral CGT sur les discriminations

Hadrien CLOUET, député LFI de Haute-Garonne

Sergio CORONADO, coordinateur des Verts Populaires

Manuel COULLET, secrétaire départemental SUD SDIS 38 et Secrétaire national SUD SDIS

Hugo DAILLAN, coordinateur des Verts Populaires

Hendrik DAVI, député L’Après des Bouches-du-Rhône

Daniel DEHENNIN, secrétaire CNT Culture Education Santé Sociale 21

Christophe DELECOURT, co-secrétaire général UFSE CGT

Michael DUC, secrétaire SUD Commerce et Service Rhône Alpes Auvergne

Cédric DURAND, économiste

Patrick FARBIAZ, coordinateur des verts populaires

Éric FASSIN, sociologue, Université Paris 8

Olivier FAURE, député PS de Seine-et-Marne

Laurent FEISTHAUER, secrétaire général de l’UD CGT du Bas Rhin

Mathilde FELD, députée LFI de la Gironde

Emmanuel FERNANDES, député LFI du Bas-Rhin

Jacques FERNIQUE, sénateur Les Écologistes du Bas-Rhin

Claire FLECHER, maîtresse de conférences en sociologie à l’Institut d’Etudes du travail de Lyon (IETL), Université Lyon 2

Emma FOURREAU, députée européenne LFI

Perceval GAILLARD, député LFI-Rézistan’s Égalité 974 de La Réunion

Jean-Jacques GANDINI, avocat honoraire, ancien président national du Syndicat des Avocats de France

Margot GARAY, CNT Stics 38 (industrie, commerce et service)

Marie-Charlotte GARIN, députée Les Écologistes du Rhône

Fabien GAY, sénateur PCF de Seine-Saint-Denis et Directeur de l’Humanité

Philippe GILLIG, maître de conférences HDR en économie, Université de Strasbourg

Jérémie GIONO, secrétaire départemental du PCF de l’Isère

Damien GIRARD, député Les Écologistes du Morbihan

Jérôme GLEIZES, coordinateur des Verts Populaires

Angélique GROSMAIRE, secrétaire générale de la Fédération SUD PTT

Steevy GUSTAVE, député Les Écologistes de l’Essonne

Hélène HERNANDEZ, émission Femmes libres sur Radio libertaire

Catherine HERVIEU, députée Les Écologistes de la Côte-d’Or

Ken IWASAKI GARCIA, coordinateur des Verts Populaires

Nicolas JOUNIN, sociologue, Université Paris 8

Lucie JUBERT-TOMASSO, maîtresse de conférences en droit privé, Université de Rennes

Salah KELTOUMI, CGT Stellantis Mulhouse

Andy KERBAT, député LFI de Loire-Atlantique

Aurore KESSAÏ, membre du Conseil syndical ASSO-Solidaires

Maxime KIEFFER, syndicat CGT des Cheminots de Strasbourg

Annie LAHMER, conseillère régionale Les Écologistes d’Île-de-France

Maxime LAISNEY, député LFI de Seine-et-Marne

Fleur LARONZE, maîtresse de conférences HDR en droit social, Université de Strasbourg

Agathe LE BERDER, secrétaire générale adjointe de l’Ugict-CGT

Aurélien LE COQ, député LFI du Nord

Arnaud LE GALL, député LFI du Val-d’Oise

Kevin LE TÉTOUR et Coline WIATROWSKI, co-secrétaires fédéraux SUD éducation

Élise LEBOUCHER, députée LFI de la Sarthe

Claire LEJEUNE, députée LFI de l’Essonne

Christian MAHIEUX, co-secrétaire de l’Union nationale interprofessionnelle des retraité.es Solidaires

Anne MARCHAND, sociologue santé au travail du GISCOP93

Elisa MARTIN, députée LFI de l’Isère

Xavier MATHIEU, comédien et ex porte-parole de la CGT continentale

Philippe MEIRIEU, professeur honoraire en Sciences de l’éducation, Université Lyon 2

Akli MELLOULI, sénateur Les Écologistes du Val-de-Marne

Jean-Pierre MERCIER, SUD Stellantis Poissy

Marina MESURE, députée européenne LFI

Émile MEUNIER, coordinateur des Verts Populaires

Julia MIGNACCA, coordonnatrice des Verts Populaires

Grégory MIOLINA, co-président de l’association des Cordistes en colères solidaires

Bénédicte MONVILLE, coordonnatrice des Verts Populaires

Sandrine NOSBÉ, députée LFI de l’Isère

Isabelle PETERS, adjointe à la maire de Grenoble

Sébastien PEYTAVIE, député Génération·s de la Dordogne

Roland PFEFFERKORN, professeur émérite de sociologie

René PILATO, député LFI de la Charente

Éric PIOLLE, ancien maire de Grenoble

Marie POCHON, députée Les Écologistes de la Drôme

Raymonde PONCET-MONGE, sénatrice Les Écologistes du Rhône

Thomas PORTES, député LFI de Seine-Saint-Denis

Sandra REGOL, députée Les Écologistes du Bas-Rhin

Sandrine ROUSSEAU, députée Les Écologistes de Paris

Fabien ROUSSEL, maire de Saint-Armand-les-Eaux

Laurence RUFFIN, maire de Grenoble

Aurélien SAINTOUL, député LFI des Hauts-de-Seine

Daniel SALMON, sénateur Les Écologistes d’Ille-et-Vilaine

Eva SAS, députée Les Écologistes de Paris

Jérôme SCHMITT, porte-parole de la fédération SUD Energie

Sabrina SEBAIHI, députée Les Écologistes des Hauts-de-Seine

Delphine SERRA, co-secrétaire de l’Union syndicale Solidaires 38

Ariel SEVILLA, maître de conférence en sociologie, Université Reims Champagne Ardennes

Danielle SIMONNET, députée L’Après de Paris

Clémence SOUCHET, psychologue du travail et des organisations.

Ersilia SOUDAIS, députée LFI de Seine-et-Marne

Anne STAMBACH-TERRENOIR, députée LFI de Haute-Garonne

Sophie TAILLÉ-POLIAN, députée Génération·s du Val-de-Marne

Boris TAVERNIER, député Les Écologistes du Rhône

Tiphaine TRIJOULET, co-porte-parole du syndicat Solidaires Jeunesse et Sports

Julien TROCCAZ, secrétaire fédéral SUD Rail

Aurélie TROUVÉ, députée LFI de Seine-Saint-Denis

Bastien VASSEUR, secrétaire national SUD Chimie

Arnaud VOSSIER, secrétaire de Sud PTT Isère-Savoie

Omar YAQOOB, maire LFI de Creil

Pour signer la tribune à titre individuel, merci de suivre ce lien :

https://www.change.org/p/soutien-%C...


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