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1 – aperçu général
La relation économique franco-américaine est extrêmement importante. Les échanges de biens entre les deux pays représentent environ 101 milliards d’euros en 2024.
Si l’on ajoute les services, les échanges totaux dépassent 170 milliards d’euros par an.
Les États-Unis sont le premier investisseur étranger en France, tandis que la France figure parmi les principaux investisseurs européens aux États-Unis.
Les coopérations concernent notamment :
l’aéronautique ;l’espace ;les semi-conducteurs ;l’intelligence artificielle ;la pharmacie ;l’énergie ;certaines technologies de défense.
2 – Analyse des investissements croisés
L’analyse des investissements croisés entre la France et les États-Unis sur la période 2014-2025 révèle une relation bilatérale d’une intensité historique. Les organismes officiels (comme Business France, la Direction générale du Trésor ou le Bureau of Economic Analysis américain) ne comptabilisent pas les flux sous forme d’un nombre fixe "d’investisseurs uniques" ayant acheté des entreprises, mais plutôt en nombre de projets d’investissements directs étrangers (IDE), en nombre de filiales créées/rachetées et en emplois générés. Voici le bilan chiffré de cette décennie d’échanges, ainsi que la cartographie des principaux acteurs américains en France.
2.1 Flux croisés France / États-Unis (2014-2025)
Les États-Unis et la France figurent mutuellement parmi leurs plus gros investisseurs étrangers. Le sens États-Unis → France • Nombre de filiales et d’entreprises : On recense aujourd’hui plus de 4 600 filiales d’entreprises américaines solidement implantées sur le sol français. • Volume annuel : Sur la période 2014-2025, les États-Unis ont oscillé entre la 1ère et la 2e place des investisseurs étrangers en France (au coude-à-coude avec l’Allemagne). Chaque année, les entreprises américaines mènent entre 250 et 400 nouveaux projets (créations, extensions ou rachats d’entreprises).
Impact : Les filiales américaines emploient plus de 504 000 salariés en France, ce qui en fait la première source d’emplois étrangers dans le pays.
Informations complémentaires : entre 2014 et 2025 1571 ou 1608 entreprises françaises selon les sources, ont été vendues à des entrepreneurs américains.
2.2 Le sens France → États-Unis (Réciprocité)
• Nombre de filiales et d’entreprises : La présence française outre-Atlantique est massive : on compte plus de 4 200 filiales d’entreprises françaises actives aux États-Unis. • Impact : Ces entreprises emploient environ 740 000 à 767 000 personnes sur le sol américain. La France est ainsi le 5e créateur d’emplois étrangers aux États-Unis. Le secteur manufacturier et industriel représente à lui seul plus de la moitié de ces investissements.
3 – Principaux investisseurs américains en France
Le paysage des investisseurs américains se segmente clairement en deux catégories : les géants industriels et technologiques, et les mastodontes financiers (Fonds d’investissement / Private Equity).
A. Les investisseurs Industriels et Technologiques (Investissements stratégiques)
Ces acteurs injectent des capitaux de manière directe, souvent via le sommet annuel Choose France, pour implanter des usines, des centres de R&D ou des infrastructures lourdes. • Technologie & Cloud : * Microsoft, Amazon (AWS) et Google : Ils comptent parmi les plus grands investisseurs de la décennie en France, avec des milliards d’euros injectés dans des centres de données (Data Centers) de nouvelle génération et dans l’écosystème de l’Intelligence Artificielle à Paris. o Digital Realty et Equinix : Géants des infrastructures numériques, indispensables au cloud français.
Santé et Pharmacie : o Pfizer, Lilly (Eli Lilly) et Bristol Myers Squibb (BMS) : Ces groupes investissent massivement de manière récurrente pour moderniser des sites de production de pointe et des laboratoires de recherche clinique sur le territoire français.
Industrie lourde et Transports : o General Electric (GE) : Malgré les restructurations historiques (notamment le rachat de la branche énergie d’Alstom en 2015), GE demeure un acteur industriel majeur implanté en France. o FedEx : A réalisé d’immenses extensions sur son hub de Paris-Charles de Gaulle, le plus grand de la compagnie hors des États-Unis.
B. Les investisseurs Financiers (Fonds de Private Equity et Gestionnaires d’actifs)
Ces acteurs achètent des participations majoritaires ou minoritaires dans des entreprises françaises (ETI et grands groupes) afin d’accélérer leur croissance ou de mener des restructurations de capital. • BlackRock : Le plus grand gestionnaire d’actifs au monde possède des participations minoritaires mais hautement stratégiques dans la quasi-totalité des entreprises du CAC 40. • KKR (Kohlberg Kravis Roberts) : Très agressif sur le marché français, KKR a multiplié les acquisitions majeures dans les infrastructures télécoms, les logiciels et la santé (ex : rachat ou participation dans Albioma, Mediawan, etc.). • The Blackstone Group : Particulièrement actif en France dans l’immobilier logistique, les infrastructures et le rachat de grands groupes de services. • Carlyle Group : Présent historiquement dans l’Hexagone, Carlyle investit principalement dans les secteurs de la te building chnologie, de la défense, de la santé et des logiciels français à forte valeur ajoutée. • Apollo Global Management : Connu pour ses rachats industriels et de distribution d’envergure. Récemment (fin 2025), Apollo s’est illustré par le rachat du groupe français Prosol (l’enseigne Grand Frais), illustrant sa force de frappe. • Regent LP : Un fonds californien spécialisé dans le retail qui a marqué l’actualité récente en reprenant des marques patrimoniales comme Petit Bateau.
4 – Coopération dans le domaine de la défense
La France et les États-Unis sont alliés au sein de l’OTAN et coopèrent sur :
le renseignement ;
la lutte contre le terrorisme ;
les opérations extérieures ;
les technologies spatiales et militaires.
Achats et ventes d’armes Contrairement à une idée répandue, la France achète relativement peu de systèmes d’armes américains complets. Les principaux achats concernent surtout :
certains avions de transport ou de soutien ;
des équipements électroniques ;
des composants ou logiciels militaires ;
des capacités de renseignement et de communication.
Inversement, les États-Unis achètent aussi des équipements ou composants fabriqués en France, mais ces montants restent modestes par rapport à leurs budgets militaires.
Il est difficile de donner un chiffre annuel précis car ces contrats sont ponctuels et varient fortement selon les programmes. Les flux directs d’achats militaires franco-américains représentent que le début de quelques centaines de millions à quelques milliards d’euros selon les années, bien moins que les échanges économiques globaux ou les grands contrats d’exportation français vers d’autres pays. *
5 – La dépendance énergétique de la France vis-à-vis des États-Unis.
1. Importations de pétrole et de gaz depuis les États-Unis (2020-2025) Entre 2020 et 2025, la géographie des approvisionnements énergétiques de la France a été profondément bouleversée par la guerre en Ukraine et l’embargo progressif sur les hydrocarbures russes. Les États-Unis sont devenus des partenaires majeurs.
Le Gaz Naturel (principalement GNL) C’est le changement le plus spectaculaire. Pour remplacer le gaz russe acheminé par gazoduc, la France s’est tournée massivement vers le Gaz Naturel Liquéfié (GNL) américain transporté par méthanier.
En 2020 : Les États-Unis ne représentaient qu’une part minoritaire (moins de 5 % à 10 % selon les trimestres).
En 2024-2025 : Les États-Unis se sont hissés au rang de premier ou deuxième fournisseur de gaz de la France, représentant environ 20 % à 21 % des importations totales de gaz (au coude-à-coude avec la Norvège qui fournit une part importante par gazoduc).
Le Pétrole Brut La dynamique est similaire : la France a dû remplacer le brut de l’Oural par d’autres types de pétrole, notamment le brut léger américain (West Texas Intermediate ou WTI).
En 2020 : Les États-Unis représentaient environ 13 % des importations de pétrole brut de la France.
En 2024-2025 : Cette part a considérablement augmenté pour atteindre plus de 22 %, faisant des États-Unis l’un des tout premiers fournisseurs de pétrole brut du pays. À titre indicatif, le prix du gaz liquéfié américain importé par la France et entre 1,5 et deux fois chères que le gaz russe acheminé par gazoduc.
2. Le raffinage du pétrole en France par les 8 raffineries existantes. Le nombre de raffineries en France a historiquement et fortement baissé, s’inscrivant dans une tendance de désindustrialisation et de transition énergétique. Pour rappel, la France comptait 24 raffineries au début des années 1970.
Aujourd’hui, la France ne compte plus que 8 raffineries en activité (7 en métropole et 1 en Martinique), la raffinerie de Grandpuits (TotalEnergies) ayant arrêté ses activités de raffinage de brut en 2021 pour se reconvertir dans les biocarburants.
Sont-elles toutes sous contrôle français ? Non, elles ne sont pas toutes sous contrôle français. Le secteur est partagé entre l’acteur historique national (TotalEnergies) et des multinationales étrangères.
Voici la répartition actuelle de la propriété des structures :
Raffinerie Localisation Propriétaire / Contrôle Nationalité du propriétaire Normandie Gonfreville-l’Orcher TotalEnergies Français Donges Loire-Atlantique TotalEnergies Français Feyzin Rhône TotalEnergies Français La Mède Bouches-du-Rhône TotalEnergies (Bioraffinerie) Français Port-Jérôme-Gravenchon Seine-Maritime ExxonMobil (Esso) / En cours de cession partielle Américain Fos-sur-Mer Bouches-du-Rhône Rhône Énergies (Consortium Trafigura & Entara) Suisse / International (Cédé par Esso) Lavéra Bouches-du-Rhône Petroineos (Ineos & PetroChina) Britannique / Chinois SARA Martinique Groupe Rubis Français Si TotalEnergies reste l’acteur majoritaire sur le territoire, une partie stratégique des capacités de raffinage (notamment dans la zone de Marseille-Fos et de l’Étang de Berre) est contrôlée par des capitaux anglo-saxons, suisses ou chinois.
6 – data Centers : un état des lieux et investissements américains rappelons que les data Centers sont des centres de stockage de données numériques pour le fonctionnement des ordinateurs, l’Internet pour les particuliers et les entreprises privées ou publiques des différents secteurs d’activité. Les clouds et intelligence artificielle sont de très gros consommateurs de données numériques et donc d’énergie. Voici un état des lieux de la situation des centres de données (data centers) en France. 1. Nombre de data centers en France
On recense actuellement entre 320 et 350 data centers sur le territoire français. La France se positionne ainsi au 3e rang européen, juste derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni. • La concentration francilienne : Près des deux tiers de ces infrastructures (environ 64 %) sont concentrés en Île-de-France, notamment en Seine-Saint-Denis, qui s’est imposée comme le véritable hub numérique du pays.
Le profil des sites : Si la majorité correspond à des structures petites ou moyennes pour les besoins propres d’entreprises locales, la France compte une dizaine de très grands sites (les "hyperscales"), affichant des puissances supérieures à 50 MW. 2. Consommation totale d’énergie
L’impact énergétique de ces infrastructures est important et en forte croissance, principalement poussé par l’essor de l’intelligence artificielle et du cloud. • Consommation électrique : La consommation globale des data centers français est estimée entre 4,5 et 6TWh et prochainement à 10 TWh (Térawattheures) par an, ce qui représenterait environ 2 % de la consommation d’électricité nationale. • Une concentration extrême : Selon les données du Service de la donnée et des études statistiques (SDES), la consommation est hyper-centralisée : à peine 20 % des centres de données (les plus massifs) captent près de 80 % de toute l’électricité consommée par le secteur. Entre 2022 et fin 2024, la capacité installée totale est passée de 510 MW à plus de 714 MW, et les projections pour la fin d’année prévoient de dépasser le cap de 1,1 GW.
3. Part des entreprises étrangères (notamment américaines) Le marché des grands data centers en France (surtout ceux dits de "colocation", où les entreprises louent des espaces serveurs) est massivement dominé par des géants étrangers, au premier rang desquels figurent les États-Unis. Bien qu’il n’existe pas de registre public figeant un nombre exact d’infrastructures par nationalité, la dynamique économique est très claire : • L’hégémonie des géants américains : Les leaders du marché de l’hébergement d’infrastructures en France s’appellent Equinix et Digital Realty (qui a racheté le français Interxion). À eux deux, ces acteurs américains contrôlent la grande majorité des parts de marché de la colocation en France, particulièrement en région parisienne. • Les "Hyperscalers" : Les géants du cloud (les GAFAM : Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud) opèrent ou louent également des capacités monumentales sur le territoire pour répondre aux obligations européennes de souveraineté des données. • Une attractivité record : Grâce à son électricité largement décarbonée (issue du parc nucléaire), la France est devenue la première destination européenne pour les investissements étrangers dans les data centers. Rien que sur les vagues d’investissements récents, des milliards de dollars ont été injectés par des fonds et des entreprises américaines (comme Blackstone ou QTS Realty Trust). Face à cette forte présence américaine, seuls quelques acteurs français parviennent à se maintenir au niveau national ou européen, à l’image d’OVHcloud ou de Scaleway (groupe Iliad).
On peut se reporter à l’article très documenté : Pourquoi avons-nous besoin d’une décolonisation numérique ? De Jean-Luc Mélenchon sur son blog en juin 2026. https://www.gauchemip.org/spip.php?...
7 – mise en perspective de la France par rapport aux pays européens pour les investissements américains
Quels sont les pays de l’union européenne en adjoignant le Royaume-Uni où les investissements américains sont les plus importants.
Voici un classement très précis basé sur les données officielles du Bureau of Economic Analysis (BEA) américain pour fin 2024 :
🇺🇸 Investissements directs américains à l’étranger — Top 6 en Europe (2024) Selon le BEA, le stock total d’investissements directs américains à l’étranger atteignait 6 830 milliards de dollars fin 2024. Les cinq premiers pays représentaient à eux seuls plus de la moitié de ce total.
Rang Pays Stock d’IDE américains (2024) 1 Royaume-Uni 1 024,6 milliards $ 2 Pays-Bas 1 012,0 milliards $ 3 Luxembourg 569,6 milliards $ 4 Irlande 466,8 milliards $ 5 Allemagne 290 milliards $ (estimé) 6 France 142 milliards $ (Les rangs 5 et 6 sont des estimations basées sur des données complémentaires, le BEA ne publiant pas le détail complet des rangs 5+.)
Points clés 🇬🇧 Royaume-Uni — 1er toutes destinations confondues : Le Royaume-Uni reste la première destination mondiale des investissements américains directs, avec 1 024,6 milliards de dollars.
🇳🇱 Pays-Bas — très proche du Royaume-Uni : Les Pays-Bas arrivent juste derrière avec 1 012,0 milliards de dollars, en grande partie parce que de nombreuses multinationales y ont leur siège européen (avantages fiscaux et logistiques).
🇱🇺 Luxembourg & 🇮🇪 Irlande : Ces deux petits pays attirent des montants colossaux en raison de leur fiscalité très avantageuse pour les entreprises américaines (notamment dans la tech et la pharma).
🇩🇪 Allemagne & 🇫🇷 France : Les États-Unis sont le premier investisseur étranger en France, avec un stock d’IDE dépassant 142 milliards d’euros en 2023. Direction générale du Trésor
Montant total Europe + Royaume-Uni Les investissements directs mutuels entre l’UE et les États-Unis ont dépassé 4 800 milliards d’euros en 2024 (dans les deux sens confondus), ce qui est comparable à la valeur combinée des économies française et espagnole. En ne comptant que les IDE américains vers l’Europe (UE + Royaume-Uni), le stock cumulé dépasse 3 500 milliards de dollars, l’Europe étant de loin la principale destination des investissements américains dans le monde.
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Annexe
Désarmer les fonds prédateurs et sauver les entreprises… rapport d’enquête parlementaire et travail d’Aurélie Trouvé https://www.gauchemip.org/spip.php?...
Trois chefs de guerre dirigeants politiques : quelles relations avec la haute finance ?
https://www.gauchemip.org/spip.php?...
Remarquons que les PIB (2025) des états unis et de l’union européenne sont respectivement de 30,8 billions de dollars et de 21,1 billions de dollars.
Hervé Debonrivage
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