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La préfecture de police interdit le concert de LFI du 21 juin. Pour justifier sa décision, elle cible des artistes... absents de l’événement et invoque même la présidentielle de 2027. Un arrêté qui fait polémique et interroge sur les libertés publiques.
La pression avait commencé dès le début de la semaine, c’est désormais acté : la préfecture de police de Paris vient d’interdire à la France Insoumise d’organiser un concert place de la République. Et les motifs invoqués sont effrayants. La préfecture de police de Paris a signé ce mercredi 17 juin l’arrêté n° 2026-00750 portant interdiction du concert prévu place de la République à l’issue de la marche contre le racisme et l’extrême droite, organisée par La France Insoumise.
L’événement, déclaré les 21 avril et 5 mai 2026 est interdit. La marche contre le racisme, elle, reste autorisée, au départ de Barbès à 14h30. Dès l’annonce de l’événement, plusieurs organisations ont mis la pression sur la préfecture pour pousser à l’interdiction. Le maire socialiste de Paris-Centre, Ariel Weil, avait dénoncé la « récupération d’un événement festif » et des « risques réels » pour l’ordre public.
Le président du CRIF, Yonathan Arfi, avait déclaré sur X que "pour LFI, la musique n’est pas une fin, c’est un moyen au service d’un agenda politique" admettant tout de même que "ce concert est légal" à la fin de son tweet.
La préfecture invoque deux griefs formels : une déclaration effectuée hors du délai légal de quinze jours francs prévu par l’article L. 211-2 du code de la sécurité intérieure, et l’absence d’autorisation d’occupation temporaire du domaine public pour l’installation de matériel scénique.
Des motifs réels, mais dont la solidité juridique reste limitée : le Conseil d’État a régulièrement rappelé que le non-respect du délai de déclaration ne constitue pas à lui seul un motif suffisant d’interdiction, dès lors que l’autorité publique a été informée de l’événement et disposait du temps nécessaire pour l’encadrer. En l’espèce, la première déclaration remonte au 21 avril, soit deux mois avant la date prévue. Difficile de plaider la surprise.
C’est là que l’arrêté bascule du droit vers le politique. Plusieurs paragraphes sont consacrés aux "risques" que représentent la présence des rappeurs Médine et Soso Maness, ainsi que du Comité Adama et de sa fondatrice Assa Traoré. La préfecture reproche à Médine son soutien passé à Dieudonné et à Kémi Séba, cite un tweet de 2023 jugé antisémite, et impute à Soso Maness d’avoir scandé "Tout le monde déteste la police" lors d’un concert à la Fête de l’Humanité.
Pour commencer, ces motifs sont très contestables étant donné Médine à publiquement exprimé ses regrets sur Dieudonné et Kemi Seba et l’ensemble de ses concerts se déroulent sans le moindre incident avec toujours la même punchline dans Gaza Soccer Beach "Dans nos kopps, on milite en criant fuck l’antisemitisme." Quant au slogan "Tout le monde déteste la police" scandé par Soso Maness à la Fête de l’Humanité : c’était en septembre 2021 et il s’agit d’un slogan classique issu du répertoire des mouvements sociaux, largement repris dans des manifestations, pas d’un acte d’incitation à la violence au sens pénal. Au delà de ça, cela s’inscrit dans un processus de criminalisation des rappeurs engagés.
Autre problème : ni Médine, ni Soso Maness, ni le Comité Adama ne sont programmés à cet événement. La préfecture construit ainsi un motif d’interdiction sur la base d’une programmation fantôme, créant de véritables casiers artistiques pour justifier une décision dont les fondements juridiques seraient autrement bien fragiles. La liberté de réunion, garantie par l’article 11 de la Convention européenne des droits de l’homme, ne peut être restreinte qu’en cas de risque avéré, imminent et démontré de trouble à l’ordre public et non sur la base de positions artistiques ou militantes antérieures de personnes qui ne participent pas à l’événement.
La Cour européenne des droits de l’homme a constamment censuré les interdictions préventives fondées sur des suppositions générales plutôt que sur des menaces concrètes et individualisées.
L’arrêté va plus loin, en citant explicitement "l’approche de la prochaine élection présidentielle" comme facteur aggravant les risques de troubles. C’est une première : la tension préélectorale générale, et non un danger précis lié à cet événement, érigée en motif sécuritaire pour interdire un rassemblement de l’opposition de gauche. Une logique qui, poussée à son terme, autoriserait l’État à interdire tout événement politique en période électorale au nom de l’ordre public.
Le coordinateur national de la France Insoumise, Manuel Bompard, a dénoncé sur X "des pratiques autoritaristes qui cherchent à instrumentaliser des problématiques de maintien de l’ordre à des fins politiques" LFI à déposé un référé devant le tribunal administratif de Paris, qui pourrait se prononcer en urgence avant le 21 juin. L’histoire récente notamment la censure par le Conseil d’État de plusieurs interdictions préfectorales de manifestations des Gilets Jaunes, montre que ces arrêtés ne résistent pas toujours à l’examen du juge.
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