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Sale temps pour les policiers élus du RN. En mars dernier déjà, l’eurodéputé Mathieu Valet a échoué à prendre la mairie de Lille, réunissant moins de 9 % des suffrages au second tour. En Haute-Saône, le député d’extrême droite, local, l’ex-gardien de la paix Antoine Villedieu a carrément renoncé à présenter une liste. La faute à ses problèmes d’addiction, qui lui ont valu d’être suspendu du groupe des députés RN : sa propension à recruter des assistants issus du pire de l’extrême droite suprémaciste n’avait pas choqué les hiérarques lepénistes, ses problèmes de santé oui.
Le 21 avril, c’est un autre député Rassemblement national, ex-policier, qui est pointé par le Canard enchaîné et, plus gênant encore, par le Parquet National Financier (PNF), qui l’accuse d’avoir touché en toute illégalité, son salaire de policier pendant près de quatre ans, soit la bagatelle de 63 462 euros. Malgré un signalement de la Haute Autorité de la Transparence de la vie publique (HATVP), des poursuites engagées par le PNF, et une première saisie par la Justice sur son assurance vie (6951 euros) et une retenue de 2000 euros par mois sur son indemnité de député, l’élu du Nord persiste et signe : il se serait retrouvé entraîné dans un « imbroglio administratif ».
Voilà sûrement ce que voulait dire Bardella quand il disait vouloir lutter contre « les normes et la bureaucratie »… Notre article.
C’est que Michaël Taverne n’est pas un novice en politique, et qu’il a l’habitude de lier engagement à l’extrême droite et son métier de policier. Dans les années 2010, il est membre du parti Debout La France (DLF), qui a rallié Le Pen en 2017. Pour le compte de DLF, Taverne a produit ou soutenu plusieurs textes en soutien inconditionnel aux policiers, même (ou surtout) quand ils sont accusés de violences.
Ainsi il dénonce des « polémiques souvent injustes et intolérables » (« souvent » …donc pas toujours), ou des « opérations de communication nauséabondes à l’encontre des policiers et des gendarmes, qui pour 99 % d’entre eux font correctement leur travail ». C’est évidemment passer à la trappe le fait que les violences policières font système : elles n’impliquent pas que des « brebis galeuses », mais aussi une hiérarchie qui laisse faire, couvre… Et donc laisse ces violences se perpétuer.
Pour faire une analogie que Michaël Taverne pourra comprendre, le principe est le même qu’au RN. Les multiples saillies et violences racistes, islamophobes, antisémites de membres du RN ne sont pas le fait que de « brebis galeuses » isolées : l’effet de meute au sein du parti permet ce climat.
Toujours pour DLF, et son candidat Nicolas Dupont-Aignan, Taverne soutient à fond un programme répressif : pas étonnant qu’il se soit vite retrouvé au RN. Pêle-mêle, dans le volet « sécurité » du programme de DLF de 2017, volet qui comprend aussi les propositions sur l’immigration (subtil racisme), on retrouve plusieurs mesures autoritaires et xénophobe.
Rétablissement des contrôles aux frontières, peines planchers, « tout étranger condamné à une peine de prison ferme est expulsé à sa sortie de détention », « limiter le recours au sursis sans incarcération à 2 condamnations : le recours au sursis ne pourra être appliqué qu’à deux reprises, la troisième condamnation entraînant automatiquement la résiliation du sursis même si la nature des faits est différente »… C’est la parfaite panoplie d’un État policier et autoritaire qui est co-rédigée par Taverne, alors soutien de DLF et Dupont-Aignan.
Mais en 2019, le vent tourne, et Michaël Taverne ouvre la voie à une série de départs de DLF vers le RN. Le point d’orgue est atteint fin 2020, quand plusieurs dirigeants nationaux, dont Jean-Philippe Tanguy ou Thomas Ménagé, quittent le rafiot souverainiste pour le paquebot lepéniste. Effort payant : deux ans plus tard, tout ce petit monde est élu député, sous étiquette RN. Taverne est élu dans la 12ᵉ circonscription du Nord, et incarne alors le RN « respectable » : l’ancien flic porte la cravate, et sait jouer au jeu de la notabilité locale avec les maires de sa circonscription.
D’une boutique à l’autre, Michaël Taverne se radicalise alors sur ses obsessions sécuritaires et xénophobes. En plus de sa ligne ultra-répressive sur le narcotrafic, il multiplie les déclarations racistes sur l’immigration : le droit du sol serait une « pompe aspirante de l’immigration clandestine », réduisant les réfugiés à un vague flux déshumanisé.
L’élu du Nord sait aussi faire vivre l’esprit de corps de la Police nationale. Quand quatre policiers sont accusés, preuves à l’appui, d’avoir tiré à bout portant au LBD et tabassé Hedi, jeune homme Marseillais. Tandis que, déjà à l’époque, les députés LFI dénonçaient ces violences policières, Taverne se répand dans la pire presse d’extrême droite en soutien aux policiers inculpés. Dans les colonnes de Causeur, connu pour ses polémiques racistes, le député RN du Nord vole au secours des flics violents, qui, bien loin de causer la moindre blessure à qui que ce soit, sont au contraire victimes d’une « telle situation de ras-le-bol ». Les ravages de la culture de l’excuse…
Malgré tous ses appels au contrôle, à la répression, surtout envers les étrangers et les plus précaires, M. Taverne s’avère bien incapable de s’empêcher lui-même de piocher dans les caisses publiques. Malgré les éléments dont dispose le PNF, Taverne met en avant son incompétence !
Michaël Taverne aime tellement la police que, à son élection à la députation, il ne s’est pas mis « en disponibilité » de son poste de brigadier-chef, pour ne plus toucher son salaire d’un métier qu’il n’exerçait plus, le temps de son mandat. En toute illégalité, il s’est contenté de demander son « détachement » à sa hiérarchie dans la police, pour toucher, à côté de son indemnité parlementaire, son salaire de policier.
Ce sont au total 63 462 euros qui auraient été touchés illégalement par le député-flic. En novembre 2024, la HATVP lui demande de rembourser la somme indûment touchée depuis 2022 et exige qu’il se mette en disponibilité, pour qu’il ne touche plus son salaire. Or Taverne rechigne et ne se met en disponibilité qu’à partir de… juillet 2024 : il persiste à vouloir toucher des milliers d’euros illégalement perçus entre 2022 et 2024, entre sa première élection et sa réélection à la députation. Furibard, la HATVP saisit le PNF, qui engage des poursuites.
Pris la main dans le pot de confiture, Taverne ose une défense pour le moins douteuse. « Je suis victime d’un imbroglio administratif », il s’est mis en détachement à son élection « sans savoir que c’était illégal » ! Pour un policier et parlementaire, Taverne passe pour pas très porté sur les procédures : plaider l’incompétence plutôt que la malhonnêteté… Sur l’affaire des emplois fictifs au Parlement européen, où les enjeux s’élèvent à plusieurs millions d’euros, comme sur une petite « concussion » selon le PNF (manquement au devoir de probité, ndlr) à 60 000 euros, voilà décidemment la seule ligne un peu constante au RN.
Par Alexis Poyard
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