Mort de Quentin Deranque : retour sur le parcours d’un militant néofasciste

jeudi 5 mars 2026.
 

Le jeune homme de 23 ans, décédé après une violente agression à Lyon, s’était récemment rapproché de plusieurs collectifs d’extrême droite ayant recours à la violence. Passé par l’Action française, il a participé en mai 2025 au défilé néonazi du Comité du 9-Mai à Paris.

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Ses proches, pour l’instant, n’ont pas souhaité diffuser de photo de son visage et se bornent à le nommer par son seul prénom. Depuis la mort de Quentin Deranque, annoncée samedi 14 février après son passage à tabac en marge d’une action du collectif identitaire Némésis contre la tenue d’une conférence de l’eurodéputée Rima Hassan (La France insoumise) à Sciences Po Lyon, sa famille et ses ami·es ont toutefois pris la parole pour saluer la mémoire du jeune militant nationaliste de 23 ans.

« Quentin était une personne très discrète, très humble, toujours prête à servir et aider ses amis », a témoigné Baptiste, l’un d’entre eux, auprès du média d’extrême droite Frontières. « C’était un jeune homme désireux de servir le bien commun. C’était une personne complète, très portée sur la philosophie, sur l’histoire des idées, sur l’amour des siens, de son peuple », a-t-il ajouté.

Dans un communiqué de son avocat, le 13 février, sa famille a décrit « un étudiant en mathématiques, pratiquant le tennis et la philosophie », ayant « toujours défendu ses convictions de manière non violente ». Lundi, le procureur de la République de Lyon, Thierry Dran, a indiqué que Quentin Deranque n’avait pas d’antécédents judiciaires.

Pour autant, les premiers éléments connus de la trajectoire militante de Quentin Deranque dessinent un engagement récent au sein de groupes radicaux, parfois violents. Domicilié à Saint-Cyr-sur-le-Rhône, à 40 kilomètres au sud de Lyon, il a accepté d’assurer la sécurité des militantes de Némésis lors de leur action devant les locaux de Sciences Po, aux côtés d’hommes issus de divers collectifs d’extrême droite radicale.

Dans le week-end, la section lyonnaise de l’Action française, mouvement royaliste et antisémite, a rendu hommage à celui qui a « milité dans [ses] rangs dans la section viennoise », avant de retirer cette mention sur ses réseaux sociaux.

Membre du groupe néofasciste Allobroges Bourgoin

Récemment converti à la religion catholique, il fréquentait à Lyon la paroisse traditionaliste de la Fraternité Saint-Pierre à la collégiale Saint-Just. Le vingtenaire a pris part à plusieurs événements organisés par l’Academia Christiana, mouvement catholique traditionaliste d’extrême droite. « Il a simplement participé à un pèlerinage, et a assisté à deux conférences et [à] une fête de rentrée », précise à Mediapart son président, Victor Aubert.

Comme l’a révélé Mediapart, l’étudiant faisait partie du tout jeune groupuscule néofasciste Allobroges Bourgoin, fondé début mai 2025. Le 10 mai 2025, ce collectif a envoyé une délégation de cinq militants au défilé néonazi annuel du Comité du 9-Mai (C9M). Inondée de références au Troisième Reich, cette parade, qui a rassemblé un millier de manifestants venus de toute la France et de l’Europe, vise à commémorer la mort de Sébastien Deyzieu, ce militant du groupuscule pétainiste l’Œuvre française décédé en 1994 à la suite d’une course-poursuite avec la police.

D’après des images retrouvées par Mediapart sur les réseaux sociaux de comptes liés à la mouvance, et comme l’a confirmé une source policière à Libération, Quentin Deranque a lui-même défilé ce jour-là, arborant le cache-cou officiel de l’événement. Sollicité par Mediapart au sujet de la participation de l’activiste au C9M, l’avocat de sa famille a balayé des « montages qui ne correspondent pas à l’identité de la victime ».

Quelques semaines plus tard, début juin 2025, une délégation des Allobroges Bourgoin était également présente lors d’un week-end organisé par la branche dauphinoise du mouvement Active Club, réseau international qui entraîne ses membres aux sports de combat et promeut une idéologie suprémaciste blanche et accélérationniste.

Le jeune militant était par ailleurs actif au sein du groupe nationaliste-révolutionnaire lyonnais Audace, héritier local du mouvement violent Bastion social, dissous en 2019 par le ministère de l’intérieur.

Vendredi 13 février, à l’occasion d’une messe en l’honneur de Quentin Deranque donnée à l’église Saint-Georges, Rue89 Lyon a pu apercevoir dans l’assemblée plusieurs figures de l’extrême droite locale, dont Calixte Guy-Mathon, ancien leader du groupuscule dissous Lyon populaire, désormais porte-parole d’Audace, ou Camille Ressicaud, responsable du Rassemblement national de la jeunesse dans le Rhône.

L’avocat de la famille, Fabien Rajon, a d’ailleurs lui-même défendu un des militants mis en cause dans l’attaque avec des barres de fer d’une conférence sur Gaza à la Maison des Passages, dans le Ve arrondissement de Lyon, le 11 novembre 2023.

Dimanche, un des colocataires de Quentin Deranque, Rémy Chemain, a accordé une interview au Dauphiné libéré pour honorer la mémoire de son ami, qu’il a dépeint comme « sérieux et pondéré », « absolument pas violent ».

Selon nos informations, Rémy Chemain a lui-même été renvoyé en juin 2021 devant le tribunal pour enfants, pour son implication dans l’expédition punitive menée en avril 2018 par des militants du Bastion social dans une salle de concert lyonnaise. Joint par Mediapart, son avocat, Pierre Dufour, a dit n’avoir « aucun souvenir en l’état » de la décision qui avait été rendue par le tribunal.

Alexandre Berteau et Donatien Huet


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