Municipales 2026 – À Angoulême, LFI bataille contre un maire « antisocial et autoritaire »

jeudi 26 février 2026.
 

Le 2 février 2026, 400 personnes sont venues assister au meeting de lancement de campagne pour la mairie d’Angoulême. La liste LFI-PCF menée par Anne-Aziliz Petit-Louboutin a de réelles chances de l’emporter, dans une ville à droite depuis 2014, mais dans un département qui a le plus souvent penché à gauche, au cours de l’histoire politique récente.

L’espace Lunesse s’est rempli et a accueilli avec de forts applaudissements Éric Coquerel et René Pilato, députés insoumis venus en soutien de la candidate locale. Ce nouveau succès vient confirmer la tendance nationale, et place plus que jamais LFI comme concurrente à la gauche classique, compromise avec le macronisme, mais aussi une alternative à la droite, qui poursuit son glissement vers le RN.

Angoulême est une ville de plus de 40 000 habitants, et le cœur d’une communauté d’agglomération de près de 150 000 citoyens. Elle est une cité incontournable au niveau départemental et possède par là même une grande influence sur la politique charentaise. En 2022, Jean-Luc Mélenchon a réalisé un score de près de 32 % au premier tour à Angoulême, qui n’était restée à droite en 2020 qu’en raison d’une situation toute particulière, celle du Covid, avec une abstention de plus de 67 %. Un contexte dans lequel la gauche avait malgré tout nettement progressé par rapport aux municipales de 2014.

La France insoumise a beaucoup à gagner à Angoulême, comme dans sa voisine de Haute-Vienne, Limoges. En cas de victoire dans ces deux villes, le projet de réouverture de la ligne TER locale pourrait franchir une nouvelle étape et venir redynamiser les territoires. Notre article.

Du niveau national au niveau local, la même dynamique Éric Coquerel, député de la Seine-Saint-Denis et président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, a été le premier invité à prendre la parole. Il a rappelé les chiffres ahurissants liés aux ultra-riches de notre pays, qui constituent plus que jamais une « noblesse d’argent », considérablement enrichie depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron. En effet, la fortune des 500 personnes les plus riches a augmenté de 100 % depuis 2017. Problème, le PIB français n’a pas doublé sur cette période, ce qui implique un accaparement de l’économie nationale par une toute petite minorité, ce qui n’est pas sans rappeler la période pré-révolutionnaire.

La suppression de l’ISF fait que l’on manque de chiffres. Cependant, une étude récente des experts de Bercy, portant sur 150 ultra-riches, indique que cet échantillon représente à lui seul un manque à gagner de 18 milliards. Et la catégorie des ultra-riches compte plusieurs milliers d’individus, ce qui porte à 100 milliards les pertes de revenus pour l’État depuis 2017. Les 500 personnes les plus riches détiennent aujourd’hui 40 % de la richesse nationale.

Éric Coquerel a mentionné les inacceptables trahisons du PS, qui a refusé de censurer Sébastien Lecornu, lequel va entre autres supprimer pas moins de 4 000 postes d’enseignants, qui devaient être « sauvés » par la négociation des socialistes. Le dernier budget avancé par le Gouvernement prévoit des coupes parfois sévères dans plusieurs ministères, dont -6 % pour la Culture, -16 % pour le Sport, mais aussi -40 % pour l’aide au développement, ce qui n’est pas sans rappeler la politique de Donald Trump, outre-Atlantique.

Également touchés, les fonds verts voient leur attribution être diminuée des deux tiers. Ils étaient pourtant censés être un levier d’action pour la transition écologique et énergétique. Toutes ces mesures ont un impact sur les territoires, en Charente comme ailleurs en France.

Pour aller plus loin : Municipales 2026 – « Baroin, le maire du cache-misère ! » : À Troyes, LFI à l’assaut d’une vieille baronnie LR

René Pilato, l’atout chance pour Angoulême René Pilato représente un gage de sérieux, d’implication et d’expérience. Professeur de mathématiques, il est devenu en janvier 2023 député de la première circonscription de Charente, en battant le porte-parole d’Horizons, Thomas Mesnier, suite à une élection législative partielle, remportée malgré une abstention importante. Il s’est alors joint à l’équipe insoumise à l’Assemblée pour lutter contre la réforme des retraites et tous les projets de casse sociale de la macronie. Sa venue, le soir du lundi 2 février à l’espace Lunesse, a suscité beaucoup d’enthousiasme parmi les sympathisants de gauche.

René Pilato a commencé par déplorer le fait qu’il y ait trop de listes de gauche à Angoulême, soit 5 au total. Cependant, l’alliance des Insoumis avec les communistes permet à Anne-Aziliz Petit-Louboutin de présenter la seule liste d’union à gauche. René Pilato a également mentionné les actualités de la scène nationale, notamment la dérive extrême-droitière des macronistes ainsi que des Républicains, ce qui fait qu’on peut considérer selon lui qu’il existe désormais trois niches parlementaires pro-RN à l’Assemblée.

Au niveau local, la droite ne fait qu’agiter les peurs et détourne les regards des véritables enjeux, comme l’écologie. Réduire les embouteillages et la pollution à Angoulême devrait constituer parmi les premiers objectifs de toute politique urbaine à la hauteur des défis de notre époque. Xavier Bonnefont, l’actuel maire, est considéré comme le porte-parole régional d’Horizons, l’aile droite et dure de la macronie.

Pour monsieur Bonnefont, passé par l’UMP, LR puis Horizons, il s’agit de garder son poste avant tout. Il ne s’est par exemple pas exprimé sur la situation à Gaza, cumule plusieurs mandats de première importance, puisqu’il est aussi président du Grand Angoulême, mais aussi conseiller régional, ce que René Pilato a rappelé avec une certaine touche humoristique.

Le Festival international de la bande dessinée, un des emblèmes de la cité, a été négligé de la part de l’actuelle équipe municipale, malgré une situation difficile, voire critique depuis plusieurs années. Le centre-ville est embouteillé, le projet local de grand incinérateur de 120 tonnes est décrié, alors qu’Angoulême possède déjà une politique de réduction des déchets.

Ces errements trahissent une incompétence quant à donner une vision claire pour le territoire. René Pilato a conclu son intervention remarquée par une promesse : l’Union populaire est disposée à tendre la main à toutes les personnes de gauche qui voudront s’engager pour Angoulême. Il a ensuite présenté Anne-Aziliz Petit-Louboutin, issue du monde associatif, proche des syndicats, diplômée et à l’écoute de la population. Une personne idéale pour partir à la conquête de la municipalité.

Anne-Aziliz Petit-Louboutin, candidate du peuple

Sous de réguliers et sincères applaudissements du public, la candidate de l’Union populaire a commencé par remercier les militants, ainsi que la base historique du Groupe d’action « Grand Angoulême », présente en masse, à commencer par Aude Marchand, colistière de René Pilato. Anne-Aziliz Petit-Louboutin a salué les opérations de diffusion de tracts et surtout de porte-à-porte, qui ont permis non seulement de faire connaître le programme, mais surtout d’aller au contact de la réalité vécue par les citoyens angoumois.

Angoulême est une ville qui mérite mieux que ce que son actuelle direction propose. Une ville qui « ne protège plus ». Retrouver la confiance du peuple nécessite notamment un travail en transparence avec les associations, ainsi qu’une vaste lutte contre toutes les discriminations. La cité doit répondre aux besoins fondamentaux de ses habitants, émanciper par l’école, et assurer des services publics de proximité. Les municipales de mars 2026 doivent affirmer la nécessité d’une bifurcation écologique, avec l’occasion pour Angoulême de devenir une ville du bien-vivre. L’idée du bien commun doit guider l’action publique.

Anne-Aziliz Petit-Louboutin a ensuite évoqué son principal adversaire, le maire sortant, monsieur Xavier Bonnefont, qu’elle a qualifié d’« autoritaire » et d’« antisocial ». Angoulême compte 25 % de ses habitants en-dessous du seuil de pauvreté, contre 14 % au niveau national. Un quart des enfants ne mangent pas au petit-déjeuner chaque matin. Le mépris dont fait preuve l’actuelle direction municipale est sournois, agissant par négligence, comme des poubelles qui débordent ou la fermeture de services publics.

Elle a insisté sur la nécessité de se battre pour changer les choses, de mettre fin à 12 ans de libéralisme et d’improvisation. Elle a accusé monsieur Bonnefont d’avoir fait réaliser des travaux de végétalisation dans la rue Hergé que pour répondre à l’urgence médiatique entourant la prochaine élection. Il s’agit pour le maire sortant de faire le buzz et de faire oublier la suppression de 135 logements sociaux, les 80 à 90 personnes à la rue dans Angoulême, ou encore le fait qu’une mère célibataire sur trois y vit en-dessous du seuil de pauvreté.

De même, les échecs de la politique locale de répression policière sont plus que jamais l’occasion de favoriser la prévention avant tout, pour éviter à des jeunes de sombrer dans la délinquance.

Liste LFI-PCF à Angoulême : un projet de rupture

Xavier Bonnefont se comporte d’une manière similaire à Emmanuel Macron. Il a augmenté sa propre indemnité de maire de 62 % dès sa première année de mandat et bénéficie d’un chauffeur personnel pour ses déplacements. À l’inverse, Anne-Aziliz Petit-Louboutin représente une rupture des méthodes et la fin des privilèges. L’Union Populaire d’Angoulême a signé une charte éthique qui vise à interdire le cumul des mandats et à limiter à deux les mandats consécutifs, afin d’être le plus possible disponible sur le terrain.

Le projet de rupture consiste également à ne pas gouverner en monarque, ni à prendre des décisions en petit comité. Il s’agit d’instaurer la 6ᵉ République au niveau municipal, avec le partage des compétences et l’édification de nouveaux droits, comme celui de pétition, de RIC ou encore de révocation des élus.

De même, il faudra alors accepter l’existence de contre-pouvoirs, en renforçant les droits de l’opposition. Les droits des conseils de quartier seront revus à la hausse, tandis qu’une commission éthique exercera un droit de contrôle sur l’action de la mairie. Anne-Aziliz Petit-Louboutin a insisté sur le fait qu’il ne s’agit pas là d’une utopie, d’un rêve impossible, mais des conditions essentielles à toute véritable démocratie.

À la hausse des tarifs de cantine, l’Union Populaire d’Angoulême répond par le projet de rendre gratuits les restaurants scolaires, tout en passant à une composition des repas 100 % bio et locale. En cas de victoire, l’équipe d’Anne-Aziliz Petit-Louboutin s’engage à ne pas recourir à l’IA pour des besoins de création graphique comme de communication.

Un centre municipal de santé est également au programme. Ce dernier met l’accent sur la culture, avec une ambition qui dépasse le cadre de la bande dessinée. Des tarifs préférentiels pour les habitants d’Angoulême, en ce qui concerne les festivals, sont aussi prévus. Angoulême manque de logements sociaux : il faudra en bâtir. La voirie est à refaire dans de vastes espaces de la ville et demandera très probablement deux mandats avant d’atteindre un niveau de qualité digne de ce nom.

Enfin, dans le riche programme de l’Union Populaire dévoilé le soir du 2 février 2026, figure aussi une lutte non négligeable contre la solitude, avec des services qui vont à la rencontre des citoyens, qui leur donnent envie de s’impliquer et de faire vivre Angoulême.

Comme toute la classe politique insoumise, l’équipe d’Anne-Aziliz Petit-Louboutin est prête à accéder au pouvoir, cette fois au niveau local, avec toujours cet objectif de « gouverner du peuple, par le peuple et pour le peuple ». À Angoulême comme dans toutes les grandes cités de notre pays, il est plus que jamais temps de changer la ville pour changer la vie.

Par Victor Gueretti


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