Paris : mobilisation contre les suppressions de postes enseignants

vendredi 13 février 2026.
 

L’annonce des 120 suppressions de postes dans les lycées et collèges de Paris ainsi que les 84 suppressions de postes dans les écoles a déclenché une énorme colère. C’est la déclinaison des 4 000 suppressions de postes du budget Macron-Lecornu, passé en force à coup de 49.3 avec le soutien du Parti socialiste.

La mobilisation est partie de deux collèges parisiens au départ particulièrement touchés par les suppressions de postes. Ils se sont ensuite adressés aux autres établissements. Effet boule de neige. Finalement, une trentaine d’établissements et de sections locales de parents d’élèves se sont coordonnés en collectif.

Plusieurs établissements ont appelé à se mettre en grève le mardi 10 février et à se rassembler au rectorat « pour une baisse massive des effectifs par classe et contre les fermetures de classes ». Ils l’ont décidé dans leurs assemblées générales sans consignes syndicales venues d’en haut. Ce qui a été repris ensuite par l’ensemble du collectif. De nombreux militants, et candidats insoumis aux municipales à Paris étaient présents. Reportage à Paris.

« On est là, on reste là ! »

Dès 9 heures, une centaine d’enseignants grévistes est rassemblée devant le rectorat de Paris avec des parents d’élèves de sections locales FCPE et le syndicat FO des lycées et collèges. L’état d’esprit est combatif et déterminé.

Une enseignante d’un collège en grève explique à ses collègues : « On en a assez de faire grève, de se rassembler tous les ans devant le rectorat et d’être renvoyés sans avoir été entendus, ni satisfaits ! Aujourd’hui on est là on reste là ! »

Tout de suite, les présents scandent : « On est là ! On reste là ! On veut nos postes ! On veut nos classes ! »

Un autre enseignant ajoute : « On est là et on rentre dans le rectorat », « On veut que tous les collèges présents soient reçus tout de suite et que toutes les suppressions prévues soient annulées ! »

En poussant un peu, une partie des manifestants réussit à envahir la cour puis le hall du rectorat. La moitié des manifestants reste dehors, bloquée par les vigiles du rectorat, assistés par des policiers.

Christophe Prudhomme, élu LFI au conseil régional d’Île-de-France, leur crie : « La police se comporte comme une milice du gouvernement Macron ! Les enseignants, parents, syndicats et élus présents sont légitimes ! Ils doivent être entendus ! C’est cela la démocratie ! » Marion Beauvalet et Sophie de la Rochefoucauld, têtes de listes insoumises à Paris, sont également présentes.

Une assemblée improvisée se tient à l’intérieur. « On veut que nos élèves puissent s’instruire dans des conditions dignes ! », « Les classes surchargées, le manque de surveillants, d’AESH pour aider les élèves handicapés, le manque d’infirmières, de médecins scolaires, ça suffit ! ». Un autre : « Il faut choisir entre l’école et les canons ! Je choisis l’école ». « Sept milliards prévus pour la défense et 4 000 suppressions de postes dans l’enseignement public ! On n’accepte pas ! »

Une enseignante de lycée professionnel indique que dans son établissement en BTS : 15 places ouvertes au lieu des 24 nécessaires. « Ceux qui n’auront pas de place iront rejoindre l’armée ? »

« On veut nos postes ! On veut nos classes ! »

Au bout de deux heures, un membre du cabinet du Recteur parvient à descendre. Les manifestants veulent qu’une délégation représentant tous les collèges présents soit reçue avec les parents d’élèves. Mais la réponse du directeur académique exaspère les manifestants ! Tous scandent au son du tambour sans s’arrêter : « On veut nos postes ! On veut nos classes ! »

Tout le personnel du rectorat les entend et plusieurs exprime son soutien car ils sont eux aussi parents d’élèves !

Vers midi, deux tentes sont montées dans la cour sous l’acclamation des présents. « On appelle tous les collègues à débrayer et à venir nous rejoindre », scande Clément Poullet, secrétaire général de la Fnec FP FO au micro. Une discussion s’amorce pour proposer de tenir l’assemblée générale sur place au rectorat plutôt qu’à la Bourse du Travail où elle était prévue initialement par certains syndicats.

L’assemblée générale propose de rester sur place pour occuper la place et faire pression pour que la délégation soit reçue. Quelques collègues non informés se rendent malgré tout à la Bourse du Travail et découvrent qu’aucune salle n’avait été réservée pour tenir l’AG.

Des syndicalistes CGT et Sud proposent de reprendre l’appel à la grève le 17 février lancé par une intersyndicale parisienne. La proposition ne prend pas. L’assemblée décide d’envoyer une petite délégation place de la Sorbonne où un autre rassemblement était prévu à 15 h 30.

Une délégation composée de parents et d’enseignants a finalement été reçue, chose peu habituelle. C’est le résultat de la détermination du collectif qui a enfoncé un coin dans le dispositif habituel de l’administration et des journées de mobilisation habituelles. Le directeur académique a répondu aux revendications : « Si la réponse que vous attendez, c’est que ce qui a été voté par la représentation nationale soit annulé, je n’ai pas la capacité de le faire et d’annuler les suppressions de postes ».

L’assemblée générale a décidé d’informer tous les établissements de Paris et d’Île-de-France et d’organiser des tournées pour cela dès le 11 février « afin de réunir les personnels et de décider la grève » (voir extraits de l’appel ci-contre).

Extraits de l’appel de l’assemblée générale des établissements et parents mobilisés au rectorat de Paris le 10 février 2026

« Après quelques heures d’occupation et de négociation, une délégation mandatée par 17 établissements réunis à cette occasion a été reçue par le Directeur académique. Les réponses apportées par le Directeur d’académie ne donnent satisfaction à aucune des revendications portées par la délégation.

L’assemblée générale décide d’informer sans attendre l’ensemble des établissements et des écoles et des parents de Paris et Île-de-France des résultats de cette première mobilisation, et décide d’organiser dès le 11 février des tournées dans tous les établissements afin de réunir les personnels et de décider la grève pour gagner sur les revendications (des premières tournées sont d’ores et déjà prévues dans les collèges Balzac, Dorgelès, Mendès France, Flora Tristan, Henri Matisse, Lucie Faure, dans les lycées techniques de Villon et Louis Armand…).

D’ici le 17 février, l’assemblée générale décide d’amplifier la mobilisation par les assemblées générales, les tournées d’établissements et d’écoles, d’organiser des brigades et d’organiser des initiatives en direction de ceux qui décident (rectorat, ministère…). Prochaine AG, le 17 février à 17 h 00. »

Unanimité moins une abstention.


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