Dans la Meuse, des centaines de manifestants réclament la fermeture d’un repaire néonazi

lundi 16 février 2026.
 

Près de 450 personnes se sont réunies samedi 7 février près de Verdun pour demander aux pouvoirs publics de fermer La taverne de Thor, lieu de rassemblement historique des néonazis français et européens.

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Jamais Combres-sous-les-Côtes n’a connu un tel dispositif policier. Samedi 7 février, une dizaine de camionnettes de gendarmerie bloque l’accès de La taverne de Thor, hangar agricole planté à la lisière de ce village meusien d’une centaine d’âmes, situé à une vingtaine de kilomètres de Verdun.

Le calme autour de ce bâtiment gardé comme une forteresse tranche avec la festivité de la manifestation qui se tient dans la rue principale. Plus de quatre cents personnes déambulent coiffées de chapeaux, perruques et autres déguisements, reprenant en chœur le slogan : « Pas de facho dans les villages, pas de hangar pour les fachos. »

Organisé par le collectif « Fermez-la ! » et le Réseau antifasciste du Grand Est, cet événement voulu comme un carnaval réclame la fermeture de ce lieu de ralliement de néonazis français et européens. Une journée à laquelle se sont associées de nombreuses organisations dont le drapeau flotte au-dessus du cortège : antennes locales de La France insoumise, du PCF, des écologistes, du NPA, de Solidaires ou de la CGT.

Un local indissociable des Hammerskins

Installée au début des années 2010 à Toul, La taverne de Thor déménage en 2015 à Combres-sous-les-Côtes après une fermeture administrative. Le local appartient, depuis, à un Lorrain de 43 ans, Jérémy Flament, adepte de MMA et figure française des Hammerskins.

Implanté dans de nombreux pays européens, ce groupe criminel est né aux États-Unis en 1988, où il est notamment lié à une tuerie raciste de masse. En guise de piqûre de rappel, les organisateurs disposent le long de la manifestation des petites silhouettes noires frappées du nom de personnes tuées par les Hammerskins au cours des dernières décennies.

« Il ne faut pas oublier la violence extrême de ce groupe. Notre objectif n’est pas uniquement de fermer La taverne, mais de bannir les Hammerskins de France », précise Christophe Renel, porte-parole de SUD Rail, qui prend l’exemple de l’Allemagne, qui a interdit l’organisation depuis 2023.

Pendant plusieurs années, La taverne de Thor a revendiqué son affiliation à ce groupe criminel : les lettres LHS, acronyme de Lorraine Hammerskins, ont un temps été inscrites sur la façade jaunâtre du bâtiment. Aujourd’hui, Jérémy Flament affirme avoir rompu tout contact avec le groupe criminel.

« Mon local est appelé abusivement “La taverne de Thor”… Depuis fin 2017, il n’a plus rien à voir avec les Hammerskins. Moi-même, je n’ai plus rien à voir avec les Hammerskins. Et les Hammerskins n’ont plus rien à voir avec Combres. Nos chemins se sont séparés », a-t-il indiqué à L’Est républicain la veille de la manifestation.

Jérémy Flament y explique que son local serait aujourd’hui une simple salle de pratique de sport de combat. « C’est donc un lieu d’entraînement qui peut rassembler des jeunes de toute la région, avec le risque que cela soit un moyen de les faire rentrer dans ces mouvements », s’inquiète Olivier Guckert, secrétaire fédéral du Parti socialiste en Meuse.

Si Jérémy Flament assure avoir pris ses distances avec la mouvance néonazie depuis 2017, son hangar demeure un lieu de rassemblement. Le 15 juin 2024, plusieurs centaines de militant·es d’extrême droite venu·es de plusieurs pays d’Europe s’y sont retrouvé·es pour un gala clandestin de MMA.

Derrière l’organisation de cet événement – que la gendarmerie n’avait pu empêcher –, Tomasz Szkatulski, figure de la mouvance néonazie. Ancien des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (le groupe de Serge Ayoub dissous en 2013 par le gouvernement après le meurtre de Clément Méric), de la Losc Army (des hooligans du club de football lillois), il dirige une boutique en ligne de vente de matériel sportif et de vêtements néonazis Pride France.

Szkatulski a été condamné à deux reprises pour des agressions commises sur des personnes sans domicile fixe, à Lille, en 2006 et 2008, et il est mêlé à des attaques de bars associatifs et LGBT dans la capitale des Flandres, en 2012 et 2013. Il est aussi proche de skinheads un temps mis en cause dans l’affaire dite des « noyés de la Deûle », une série de cinq meurtres irrésolus dans ce canal du Nord en 2010 et 2011.

« Ces gens sont les mêmes que ceux qui ont agressé les membres de Young Struggle France en criant “Paris est nazi”. Les mêmes qui ont assassiné le rugbyman Federico Aramburú. Leur idéologie tue et continue de tuer », alerte Thomas Portes.

Le 16 décembre, le député La France insoumise a d’ailleurs adressé une question gouvernementale au ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, à propos de la fermeture de La taverne de Thor. Sans réponse. Samedi, il a dénoncé « l’inaction politique, notamment au plus haut sommet de l’État ».

Son collègue insoumis à l’Assemblée nationale Christophe Bex, originaire de la Meuse, a rappelé « la nécessité pour les élus de gauche de réinvestir le terrain rural », dans une région Grand Est où l’influence du Rassemblement national est grandissante.

Les organisateurs ont quant à eux pointé du doigt l’attitude de la préfecture de la Meuse. Selon eux, elle ne ferait rien pour fermer l’établissement malgré une pétition signée plusieurs dizaines de milliers de fois dès 2015. Vendredi, L’Humanité indiquait que la préfecture avait néanmoins déposé un signalement au procureur de la République concernant La taverne de Thor, sans donner plus de détails.

Mais les critiques ont également fusé sur le dialogue avec la préfecture en marge de l’organisation de la manifestation. « Ils n’ont rien fait pour favoriser la tenue de l’événement », souffle un membre de l’antenne locale du PCF, évoquant notamment les multiples contrôles de police aux alentours du village.

Dans la matinée, les organisateurs ont souhaité tenir la conférence de presse sur le parvis de la mairie de Combres-sous-les-Côtes, dont les volets verts étaient fermés. Une référence à l’absence de la maire, Cynthia Pector, « qui a refusé tout dialogue avec [eux] et a déserté son village, ce qu’elle n’a pas fait lorsque trois cents néonazis se sont réunis pour un gala de MMA », a regretté Angélique, membre de « Fermez-la ! ».

Peur des représailles

Si le collectif s’est félicité de la mobilisation du jour, peu d’habitant·es de Combres-sous-les-Côtes se sont joint·es au cortège ou sur le lieu de rassemblement installé devant la mairie. Durant l’intégralité de la journée, les volets des maisons sont restés clos. Quelques curieux ont observé le passage du cortège depuis leur perron ou discrètement derrière un carreau ou un rideau.

Les quelques riverains interrogés par Mediapart expriment leur « soutien aux revendications de la manifestation » aussi bien que leur agacement face à l’agitation occasionnée par le rassemblement. « Les habitants sont derrière nous, mais ils ont peur des représailles. C’est un petit village, tout le monde se connaît », assurait-on du côté du collectif « Fermez-la ! », composé notamment d’habitant·es des villages alentour.

Parmi les simples citoyens présents, Franck et son ami Hoang sont venus accompagnés de leurs enfants respectifs. « C’est important de leur montrer que le nazisme, ce n’est pas que dans les livres d’histoire, que certains lieux y restent affiliés aujourd’hui », témoigne Franck, avant de s’interrompre, voyant que les forces de police barrent la route à une partie du cortège voulant s’approcher de La taverne de Thor. « La voilà, la symbolique : ce sont les policiers qui protègent ce hangar. »

Clément Le Foll


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