Municipales : à Montpellier comme ailleurs, des écologistes rallient des insoumis face aux socialistes

vendredi 6 février 2026.
 

La France insoumise annonce le ralliement de plusieurs figures écologistes et du mouvement citoyen Cause commune pour présenter une liste « de rupture » à Montpellier. Une convergence qui se répète dans d’autres grandes villes, où des écologistes entrent en dissidence avec Marine Tondelier.

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Montpellier (Hérault).– La guerre des gauches aura bien lieu, mais elle sera un peu moins dispersée que prévu. À Montpellier, La France insoumise (LFI) annonce, mercredi 28 janvier, plusieurs ralliements de poids en vue du premier tour de l’élection municipale, le 15 mars. Et la constitution d’une liste d’union « de la gauche de rupture » et « 100 % sans macronistes » face à Michaël Delafosse, maire socialiste sortant, dépeint justement comme « l’un des relais du macronisme ».

LFI est parvenu à nouer une alliance avec le mouvement citoyen « Cause commune » et avec neuf écologistes venant de quitter Le Printemps montpelliérain, la liste soutenue par Les Écologistes et emmenée par le député Jean-Louis Roumégas. Parmi ces démissionnaires, Julia Mignacca – qui a également claqué la porte du parti – et Kévin Hoareau, membre de Génération·s. Eux deux semblent assuré·es de figurer en bonne place sur la liste LFI. « Nous allons l’ouvrir en haut, voire très en haut », souligne la tête de liste, Nathalie Oziol, par ailleurs députée LFI de l’Hérault.

Alenka Doulain, cheffe de file de l’opposition municipale, la rejoindra également. En 2020, lors du précédent scrutin, elle était tête de liste du mouvement municipaliste « Nous sommes », qui a servi de base à la création de Cause commune. Face à la presse et aux militant·es, cette dernière a décrit cette nouvelle alliance comme « un grand bloc de rupture populaire, écologiste et démocratique ».

Pour Nathalie Oziol, il s’agit de « battre Michaël Delafosse, tourner la page du système PS et gouverner la ville », tenue par « l’aile la plus à droite de la gauche ». La tête de liste LFI n’a pas manqué une occasion de le rappeler : « Le Parti socialiste vote le budget macroniste et les coupes budgétaires. Le 15 mars, vous avez l’occasion de les faire partir. »

Julia Mignacca, qui conteste l’accord national passé entre Les Écologistes et le PS pour les municipales – motif de son départ –, ajoute pour sa part que seul « un bloc écologiste et social » pourra faire barrage « à la vague brune qui déferle sur l’Europe », quand « le bloc libéral fait, lui, monter le fascisme ».

S’il a beaucoup été question de la politique nationale, et d’un feu nourri sur le PS, les enjeux locaux ont aussi été déclinés par les représentant·es de cette nouvelle union. « Il n’a pas été difficile de tomber d’accord sur des orientations et il n’y a eu aucun sujet de blocage », jure Nathalie Oziol, énumérant quelques points du programme : « ​​Priorité sur le logement, programme ambitieux pour la jeunesse et pour les quartiers populaires, ambitions pour une écologie de rupture et une nouvelle culture démocratique… »

Vers une consultation interne

Julia Mignacca poursuit : « Nous voulons adapter Montpellier au réchauffement climatique, et stopper la bétonisation. Il faut offrir une qualité de vie à tous les habitants de la ville et pas seulement aux quartiers instagrammables. » À propos de son départ, l’ex-présidente du conseil fédéral des Écologistes concède ressentir « un peu de tristesse ». Mais elle assume son choix de quitter la liste du Printemps montpelliérain : « Nous avons décidé de prendre nos responsabilités, car Jean-Louis Roumégas a été incapable de mener des échanges avec Cause commune et La France insoumise, en vue d’un grand rassemblement de la gauche et des écologistes. »

Si ce dernier assure pour le moment maintenir son cap, les défections sur sa liste ont conduit le groupe local des Écologistes à annoncer une « consultation interne » pour les municipales. Son objectif : « permettre aux adhérent·es de se prononcer, en responsabilité, sur les choix stratégiques à venir », indique le communiqué, sous-entendant que le maintien du candidat Roumégas n’est plus assuré.

En 2020, déjà, l’élection municipale à Montpellier avait provoqué de fortes divisions puis une implosion des écologistes, qui avaient écarté leur candidate deux mois avant le scrutin. Toute la campagne dans la capitale languedocienne avait d’ailleurs été rocambolesque, qualifiée de « campagne la plus folle de France » avec ses quatorze listes au premier tour et ses alliances improbables au second.

Alenka Doulain, à l’époque tête de liste du mouvement « Nous sommes », avait ainsi composé un bien curieux attelage de second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et le milliardaire Mohed Altrad, président du club de rugby de Montpellier (MHR) et à la tête d’une entreprise d’échafaudages devenue leader mondial.

Questionnée sur le sujet, la tête de liste LFI, Nathalie Oziol, a salué « le travail effectif » de sa nouvelle alliée au sein de l’opposition municipale, tout en rappelant que Mohed Altrad – qui se présente à nouveau en mars – « n’a pas siégé une seconde ». Il a effectivement démissionné en 2024, sans jamais avoir assisté à une séance.

Ce mouvement de fronde au sein des Écologistes n’est pas isolé. Si Montpellier en est l’épicentre, dans plusieurs grandes villes, des militant·es ont décidé d’entrer en dissidence.

Préférant convoquer d’autres symboles du passé, Nathalie Oziol a lancé sa liste « d’union et de rupture » devant le kiosque de l’esplanade Charles-de-Gaulle, en souvenir de la campagne des législatives de 2022. « C’est ici que nous avions illustré l’union de la gauche et tenu un meeting des candidats de la Nupes [Nouvelle Union populaire écologique et sociale – ndlr], rappelle-t-elle. Et nous revendiquons aujourd’hui être celles et ceux qui portent le programme du Nouveau Front populaire à l’échelle municipale. »

Julia Mignacca, qui faisait partie de ces candidat·es, abonde : « Tout ceci est l’aboutissement de nos luttes communes, concrètes, locales et populaires, qui montrent qu’ensemble on peut gagner », affirme-t-elle, sous les applaudissements nourris de militantes et militants insoumis et écologistes, réuni·es à quelques semaines du premier tour.

Ce mouvement de fronde au sein des Écologistes n’est pas isolé. Si Montpellier en est l’épicentre, dans plusieurs grandes villes, des militant·es ont décidé d’entrer en dissidence, de manière très organisée avec leur direction nationale, et soutiennent les listes insoumises. C’est le cas à Marseille (Bouches-du-Rhône), Toulouse (Haute-Garonne), Vaulx-en-Velin (Rhône) ou encore Avignon (Vaucluse). Partout, les mêmes reproches sont faits à la secrétaire nationale, Marine Tondelier : avoir échangé le soutien des socialistes aux mairies écologistes sortantes, contre le ralliement général des écologistes aux socialistes dès le premier tour, tournant de fait le dos à LFI.

Ainsi, non seulement les écologistes n’ont jamais eu aussi peu d’autonomie aux élections municipales, mais ils passent en outre des alliances idéologiquement contre-nature à plusieurs endroits, derrière des socialistes de l’aile droite. « C’est impressionnant : après des années de bataille pour l’autonomie, Les Écologistes redeviennent dépendants du PS ! La caricature, c’est Toulouse : partir derrière le PS sur le territoire de l’A69, c’est invraisemblable », commente Martine Billard, députée écologiste de 2002 à 2012, qui avait quitté les Verts en 2010 pour fonder le Parti de gauche (PG).

Les décisions de Marine Tondelier depuis plusieurs mois nous conduisent à redevenir les satellites de la social-démocratie.

Sergio Coronado, écologiste marseillais démissionnaire

Celle-ci voit donc avec satisfaction les militant·es s’insurger. D’autant plus que la stratégie de Marine Tondelier ne remplit déjà pas son premier objectif : à Strasbourg (Rhin) et à Poitiers (Vienne), les maires écologistes feront bien face à des listes socialistes. Il n’y a, au bout du compte, qu’à Caen (Normandie) que le parti, à la tête d’une liste d’union de la gauche, peut espérer l’emporter.

« C’est la première fois dans l’histoire de l’écologie politique depuis 1977 qu’une direction, sans en avoir clairement le mandat, fait le choix partout où c’est possible de pousser au ralliement aux socialistes sortants, ou aux socialistes tout court, sous couvert de sauvetage des mairies écologistes sortantes, commente Sergio Coronado, écologiste marseillais démissionnaire de son parti, et candidat sur la liste de l’insoumis Sébastien Delogu. Derrière l’affichage très opportuniste de l’unité, les décisions de Marine Tondelier depuis plusieurs mois nous conduisent à redevenir les satellites de la social-démocratie, et à exclure la principale force politique de gauche. »

L’adjoint écologiste au maire socialiste sortant, Sébastien Barles, est lui aussi entré en dissidence et soutient la liste insoumise. Joint par Mediapart, il dénonce « l’esprit boutiquier » qui a présidé à la stratégie nationale du parti. « L’idée première étant de sauver quelques villes vertes, elle a négocié le soutien des écologistes à Benoît Payan à Marseille en échange du soutien des socialistes à Grégory Doucet à Lyon. C’est un vrai brouillage des lignes par rapport à l’électorat écolo », déplore-t-il.

Un coup de semonce

En effet, au niveau national, Les Écologistes se retrouvent plus souvent en accord avec LFI – sur le vote du budget par exemple – qu’avec le PS. Comment comprendre dès lors ces alliances incongrues ? « Il y a un grand écart entre voter la censure avec LFI et partir derrière les socialistes dans des villes où en plus ils ne sont pas fauristes ! », déplore le conseiller écologiste de Paris, Jérôme Gleizes. Dans la capitale, le ralliement de l’écologiste David Belliard à la liste conduite par le socialiste Emmanuel Grégoire, alors que les écologistes s’étaient toujours présentés de manière autonome jusque-là, a sidéré certains militants. « On avait l’opportunité d’avoir une alliance de David Belliard avec L’Après, et qu’il l’emporte au premier tour face à Grégoire. C’est aberrant », commente Jérôme Gleizes.

Depuis des mois, un collectif d’écologistes s’est mis en lien autour de Julia Mignacca, pourtant issue de la tendance majoritaire du parti. Il y a donc une logique d’ensemble à cette fronde, qui n’est pas un ralliement à LFI, précisent certains. « C’est un coup de semonce. Il y a des départs. On ne va pas sortir indemnes des municipales », juge en tout cas Alain Coulombel, ancien membre du bureau exécutif des Écologistes et signataire d’une tribune accusant la direction du parti de faire « des Écologistes la béquille d’une social-démocratie qui entend exclure La France insoumise et choisit de tourner le dos au programme comme à la logique unitaire du Nouveau Front populaire ».

Quel sera l’avenir de ce mouvement ? Akim, militant écologiste à Vaulx-en-Velin entré en dissidence contre la décision nationale de soutenir la maire sortante, Hélène Geoffroy (figure de l’aile droite du PS), soutient la liste conduite par l’insoumis Abdelkader Lahmar. Il rapporte qu’une trentaine de militants locaux, outrés par ce « non-sens politique », l’ont suivi. « Un mouvement de fronde s’opère au niveau national, dit-il. S’il se monte en parti, on le rejoindra avec plaisir. »

Mathieu Dejean et Cécile Hautefeuille


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