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Si l’exposition des divisions internes était une discipline olympique, le Parti socialiste collectionnerait les médailles d’or. Dernier exemple en date : l’annonce faite à Tours ce samedi 24 janvier concernant l’organisation d’une primaire à gauche en vue de l’élection présidentielle 2027. Une initiative qui a fixé ses modalités et à laquelle participe le premier secrétaire du PS, Olivier Faure. Or, sitôt officialisé, le processus de désignation a été étrillé par l’opposition interne au député de Seine-et-Marne.
Dans un tweet publié dans la foulée de l’annonce, la présidente socialiste de la région Occitanie, tendance aile droite du PS et soutien affiché de Raphaël Glucksmann (lequel refuse l’exercice), Carole Delga a dénoncé sur son compte X « les petites tractations d’appareils ». Selon elle, « l’heure n’est pas aux stratégies et aux ambitions personnelles pour la présidentielle de 2027 ». Une assertion plutôt contradictoire avec son lobbying pour imposer la candidature du fondateur de Place Publique (encore récemment en décembre), justifiée par la nécessité de s’atteler en priorité au scrutin du mois de mars.
« Le PS et la gauche doivent être concentrés et mobilisés pour gagner les municipales et faire face à la montée de l’extrême droite et au risque d’union des droites », souligne encore Carole Delga, appelant le PS à présenter un projet au printemps et à soumettre ensuite la question de la participation (ou non) à cette primaire au vote des militants. « Elle n’adhère ni au temps choisi, ni à la méthode, ni au principe », décrypte son entourage. Une position partagée par le sénateur socialiste Patrick Kanner. Invité ce dimanche 25 janvier sur franceinfo, le président du groupe PS au Sénat a même critiqué la présence du chef au lancement de cette initiative.
« Sa présence, alors qu’il n’avait pas de mandat du bureau national du Parti socialiste, qui est notre instance décisionnaire, ça me gêne, je le dis », a-t-il grincé, jugeant qu’Olivier Faure « n’était pas à sa place » ce samedi. Patrick Kanner ne cache pas être « perplexe » quant à l’organisation de cette compétition interne à la gauche, soulignant que l’exercice n’avait pas forcément réussi à Benoît Hamon, qui avait récolté 6 % en 2017. Un score famélique, mais tout de même trois fois supérieur à celui obtenu, sans primaire, par Anne Hidalgo en 2022 (1,75 %). Quoi qu’il en soit, le sénateur juge également que la décision appartient aux militants socialistes, qui seront invités à se positionner après les élections municipales.
C’est d’ailleurs le sens d’une résolution adoptée en bureau national mardi 13 janvier. Selon ce texte, il s’agit de « créer les conditions d’une alternative pour gouverner la France avec les partenaires de la gauche et des écologistes, de François Ruffin à Raphaël Glucksmann », à travers la création d’un « comité de préparation à la présidentielle » réunissant les différentes sensibilités du parti. Objectif : gagner du temps, et ne pas laisser Olivier Faure imposer cette primaire en solo, et qui déboucherait comme par magie sur sa candidature. D’autant que plusieurs au Parti socialiste sont contre l’organisation d’un tel scrutin, à commencer par François Hollande et tous les tenants de l’orientation sociale-démocrate, désireux de mettre Raphaël Glucksmann sur la rampe de lancement.
Cette réticence sur la méthode, à peine camouflée derrière de réels désaccords d’orientation politique, ne manque pas d’agacer le chef des roses, sorti victorieux du Congrès de Nancy en promettant pourtant un large rassemblement allant de « Glucksmann à Ruffin » pour 2027. « On ne peut pas prétendre gagner la présidentielle tout en ayant peur de la primaire », griffe Olivier Faure dans une interview accordée à Ouest France. Le patron du PS veut aussi croire qu’un effet d’entraînement finira par jouer en sa faveur : « Nous sommes encore loin de la présidentielle, mais plus nous nous en rapprocherons, plus la pression au rassemblement sera forte. » Proche d’Olivier Faure, le député Arthur Delaporte a directement interpellé à Carole Delga en lui posant une question : « Pourquoi devrait-on se refuser de chercher la meilleure manière d’éviter la division de la gauche face à l’extrême droite ? ». Une interrogation restée sans réponse, et qui signe une nouvelle démonstration de la passion des socialistes pour les divisions.
Article de Romain Herreros, Le HuffPost
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