Lecornu active le 49.3 et fait passer en force son budget de casse sociale, avec la complicité du PS

mercredi 28 janvier 2026.
 

Le Premier ministre Sébastien Lecornu vient d’enclencher par deux fois, lundi et vendredi, l’article 49.3 de la Constitution, passant en force, sans que les députés, ne puissent dire un mot, le budget du pays. Cela fait 30 fois en tout que cet article autoritaire de la Constitution est activé depuis 2022. Malgré ses vagues promesses pour amadouer le centre-gauche en septembre, le Premier ministre n’a pas pu résister à l’appel de l’autoritarisme.

Baisse de salaires des apprentis, baisse du nombre d’enseignants et d’étudiants, suppression de 40 000 places en services civiques, suppression des APL pour les étudiants étrangers… L’addition, comme depuis des années, est présentée au peuple, et ce sont toujours les mêmes qui paient : les classes populaires, les travailleurs, les chômeurs, les jeunes, les sans-papiers. Les riches quant à eux, sont épargnés, comme d’habitude. Les macronistes et leurs alliés socialistes se frottent les mains, alors que le départ de Macron et de ses fidèles apparaît toujours plus comme la seule solution politique pour le pays.

Peine perdue pour le PS : la motion de censure des députés de gauche n’a pas été adoptée ce vendredi, à 19 voix près. Si les socialistes et autres reliquats du centre gauche l’avaient voté, Lecornu serait tombé et la monarchie présidentielle vacillerait plus que jamais. « Si »… Notre article.

Pour aller plus loin : Budget – Mais où se cachent les victoires (inexistantes) du PS ?

Un 29e puis un 30e 49.3 malgré les promesses

Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Ainsi en est-il de Sébastien Lecornu, qui avait promis-juré en septembre 2025 qu’il n’utiliserait jamais le 49.3 pour faire passer son budget. Visiblement lui-même n’y croyait pas, ni les Insoumis, ni les Communistes, ni la plupart des Écologistes (sauf la poignée qui lui a accordé sa confiance les semaines précédentes). Les Républicains et le RN s’en moquent. Bref, personne n’est dupe. Sauf le PS, qui a avalé cette couleuvre avec appétit. Et puis, début janvier, le vernis craque.

Des représentants socialistes, comme François Hollande, Boris Vallaud, tombent les masques et ouvrent la porte à une utilisation du 49.3 : les alliés du Premier ministre lui ouvrent la porte. Puis les députés socialistes clament avoir arraché de haute lutte d’importantes « concessions » pour le budget. L’arrogant Philippe Brun a même fanfaronné avoir « obtenu autant que les Gilets Jaunes » en négociant avec le gouvernement. Ce paternalisme insupportable contre les mobilisations populaires est démenti par les faits, comme l’a résumé, Manuel Bompard mardi matin : les « revendications » socialistes sont absentes du budget définitif.

Pas de naïveté : les socialistes savaient très bien que Lecornu utiliserait le 49.3, probablement dès septembre. Ils ont cédé sur toute la ligne, se sont compromis, ont négocié le poids des chaînes (pas les leurs, évidemment). Et ils passent pour les soutiens au gouvernement qu’ils sont, actant leur changement d’alliance. Ils se sont fait élire sur le programme du NFP en 2024, qui promettait dès sa première ligne de « construire un programme de rupture avec la politique d’Emmanuel Macron ». Aujourd’hui les socialistes sont l’assurance-vie de cette ligne néolibérale et refusent de censurer Lecornu.

Mardi matin sur France Inter, un député socialiste promet n’avoir « jamais varié » sur le 49.3 et prétend s’y opposer… avant d’en justifier l’utilisation par la phrase suivante : « Mais celles et ceux qui dénoncent aujourd’hui l’usage du 49.3 sont précisément ceux qui y ont conduit en refusant tout dialogue ». Il paraît que ce monsieur, Olivier Faure, est « Premier secrétaire du Parti socialiste ». Comme il fait le Service après-vente du gouvernement, sur le fond et même sur sa communication, on l’aurait plutôt vu chef de file de la tendance « sociale » du parti présidentiel.

Lecornu empile les mensonges sur son budget

Dans une longue et larmoyante lettre envoyée aux députés, que L’Insoumission.fr s’est procuré, le Premier ministre défend son budget et l’utilisation du 49.3. Il commence par pleurnicher, justifiant son 49.3 par le « blocage de certaines forces politiques », au diapason de Faure et du PS. Puis il ose : « Ce budget ne sera ni celui du Gouvernement, ni celui de tel ou tel groupe parlementaire ». Bizarre, il fait pourtant passer en force un budget, qu’il a donc choisi, et parmi les amendements de députés retenus par Lecornu pour son budget, tous ou presque sont issus du camp macroniste ou de ses alliés.

Lecornu prétend que son budget améliorerait la condition des travailleurs en augmentant de 50 euros (sans compter l’inflation ! ) la prime d’activité, pas les salaires donc. Or, le budget veut faire payer l’assignation aux prud’hommes par des employés victimes. L’accès à la justice devient payant, et va renforcer le non-recours aux droits des travailleurs profondément abîmés depuis les ordonnances Macron.

De la même manière, le budget devra « protéger les plus fragiles » et recruter des fonctionnaires à l’Éducation nationale. C’est sans compter la coupe de 100 millions d’euros dédiés aux départements, donc 100 millions de moins pour les RSA, la gestion des collèges, la protection de l’enfance. D’autant que le budget prévoit de supprimer 3 000 postes de surveillants (AED) et 4000 d’enseignants en collèges et lycées : donner un peu d’une main, pour reprendre beaucoup de l’autre.

Le PS peut remercier Lecornu, qui le cite dans sa lettre : les socialistes ont permis le repas CROUS à 1 euro pour tous les étudiants ! C’est d’abord oublier que cette mesure a été adoptée par le Parlement en mai 2025. Ensuite, le coût du repas à 1 euro est compensé par… la suppression de 40 000 postes en services civiques (130 000 euros « d’économies budgétaires ») et la suppression de subventions aux associations d’aide aux étudiants précaires. De la même manière, le budget Lecornu-Faure supprime des milliers de places en licence et master. Pour Lecornu, « Soutenir notre jeunesse », c’est raté !

Ce budget est aussi raciste ! Il multiplie en effet par entre 2 et 4 les taxes pour obtenir un titre de séjour, pour le renouveler, et pour réaliser une demande de nationalité. Une mesure supplémentaire pour frapper les plus fragiles, les travailleurs précaires qui vont se retrouver à devoir choisir entre nourrir leur famille et se retrouver en situation d’irrégularité sur le territoire. C’est aussi sans compter sur l’indigne suppression d’Allocation pour le Logement (APL) pour les quelques 330 000 étudiants étrangers en France : une préférence nationale qui ne dit pas son nom, et renie la tradition historique d’une France comme phare culturel et intellectuel.

En somme, ce budget tient toutes ses promesses de casse sociale, de destruction des services publics, de matraquage des plus précaires, surtout s’ils sont étrangers. Dans sa tentative de se justifier, Lecornu contredit son propre budget, comme quand il prétend « Construire plus de logement », tout en supprimant 800 millions à l’Agence Nationale de l’Habitat (ANAH).

Même après être passé en force, Lecornu ment, tord la vérité pour faire passer son budget antisocial. Et jamais on ne mettra assez en lumière le rôle du PS dans cette pitoyable comédie : ses députés surjouent l’indignation dans les médias, après avoir conclu un accord avec le gouvernement. « Ce budget n’est pas le nôtre », MAIS, « Nous avons choisi d’être utiles tout de suite aux Français » : un grand numéro de contorsionniste en une seule phrase !

Les socialistes ont acté leur changement d’alliance et leur objectif est clair : éviter la censure du gouvernement et une dissolution de l’Assemblée nationale, qui les mettrait seuls face aux électeurs et les obligerait à expliquer leur choix politique de permettre au macronisme de perdurer.

Par Alexis Poyard


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