![]() |
Dimanche dernier, le 18 janvier, le premier tour de l’élection présidentielle a eu lieu au Portugal, dont le second tour se tiendra le 8 février.
Un ancien dirigeant du Parti socialiste et le chef des néofascistes se disputeront ce second tour d’une élection présidentielle qui confirme le virage à droite du Portugal. La concentration des voix sur le PS a relégué la gauche à de nouveaux minima historiques.
La somme des voix du gouvernement de droite et des partis ultralibéraux et néofascistes dépasse la moitié des suffrages exprimés. Malgré cela, le candidat qui a réuni le plus grand nombre de votes est António José Seguro (avec 31 %, soit 1,7 million de voix). Seguro a dirigé le Parti socialiste de 2011 à 2014, années durant lesquelles le PS, hors du gouvernement, a collaboré à la mise en œuvre du programme d’austérité sous la troïka [1].
Marques Mendes, soutenu par le Parti social-démocrate (PSD) et le Parti du Centre démocratique et social (CDS), les partis [de droite] au pouvoir, est arrivé en sixième position (11 %), devancé par André Ventura, leader du parti néofasciste Chega (23,5 %), et également par Cotrim Figueiredo, eurodéputé ultralibéral (16 %). Le soir des élections, à la surprise générale, tant à gauche qu’à droite, le candidat du PSD et le Premier ministre, tout comme l’Initiative libérale (IL), ont déclaré qu’ils ne donneraient aucune consigne de vote pour le second tour, prévu le 8 février.
André Ventura, le candidat à la présidence du parti populiste Chega
Bien qu’il ait été donné favori dans les premiers sondages, le militaire Gouveia e Melo, ancien chef de la marine, a terminé à la cinquième place, avec 12 % des voix. Le soir des élections, cet outsider sans passé politique, qui s’est fait connaître en tant que responsable du programme de distribution des vaccins contre la COVID-19 et qui ne se situe « ni à gauche ni à droite », n’a fait aucune déclaration concernant le second tour.
Malgré le large soutien accordé aux candidats de la droite radicalisée, le résultat du premier tour a été accueilli avec soulagement par la gauche : les derniers sondages indiquaient que Seguro, Ventura et Cotrim seraient au coude-à-coude. Afin d’éviter un second tour entre l’ultralibéral et le néofasciste, les voix de gauche se sont désespérément concentrées sur le socialiste. C’est ainsi que les candidats des trois partis de gauche — qui avaient obtenu 9 % des voix lors des élections législatives de mai dernier — n’ont désormais plus que 4,5 %. Le parti Livre (Verts européens, 4 % aux élections législatives) a vu son candidat, Jorge Pinto, obtenir seulement 0,7 %. Le candidat du Parti communiste (3 % aux élections législatives) a obtenu 1,6 %. La candidate du Bloc de gauche, Catarina Martins (ancienne coordinatrice du parti et actuelle députée européenne), a mieux résisté, réussissant à maintenir les 2 % obtenus par le Bloc en mai.
Ce dernier résultat est dû à la performance exceptionnelle de Catarina Martins, qui était sortie du cycle des débats télévisés avec plus de 5 % dans les sondages. Seule femme parmi onze candidats, elle a donné une voix à la question sociale et a soutenu la grève générale de décembre, en se concentrant sur les thèmes du coût de la vie et de la spéculation immobilière, ainsi que sur la situation internationale, étant la seule candidate à avoir ouvertement défendu la sortie du Portugal de l’OTAN.
Les néofascistes à la tête de la droite Quoi qu’il en soit, le résultat de la présidentielle représente déjà une grande victoire pour l’extrême droite [Chega] à qui il a suffi de conserver le pourcentage obtenu lors des élections législatives pour obtenir une place au second tour. Désormais, tout ce qu’elle parviendra à gagner contribuera à permettre à Ventura de se proclamer leader du « camp non socialiste », expression popularisée à la télévision pour désigner une droite qui, dans le discours et dans la pratique du gouvernement, a aboli toutes les frontières avec le néofascisme. Le Premier ministre lui-même a promu son candidat en attaquant « les extrémismes » de Ventura et de... Seguro ! Dans cette trumpisation générale du discours de la droite, l’original a toujours un avantage sur les copies.
Tous les sondages indiquent une confortable avance d’António José Seguro sur Ventura au second tour. Le rejet du néofasciste reste large, même parmi de nombreux électeur.es de droite. Mais il est difficile de prédire avec certitude la réponse des électeur.es à cette équidistance déclarée d’une manière jamais vue auparavant par les partis de la « droite démocratique », tant traditionnelle qu’ultralibérale, même si plusieurs membres du gouvernement et dirigeants de l’IL se sont déjà prononcés en faveur du modéré Seguro. Ce qui est certain, c’est que lors de ce second tour, Ventura obtiendra des milliers de voix de la part d’électeur.es de droite qui voteront pour la première fois pour un candidat néofasciste. Son objectif sera de dépasser le pourcentage obtenu par le PSD de Luís Montenegro en mai dernier et de devenir ainsi le candidat de droite qui aura reçu le plus de voix, et un candidat définitivement installé pour briguer la présidence. Le gouvernement minoritaire actuel, soutenu par Chega pour l’adoption de ses lois et par le PS pour la viabilité du budget de l’État, pourrait sortir encore plus fragilisé de ces élections présidentielles.
La gauche à son plus bas niveau historique La réduction de la force électorale de la gauche invite les militants à réfléchir à la fragmentation de ce camp. Au cours des trois dernières années, le seul moment où la gauche a marqué le débat public pour disputer l’opinion populaire a été la grève générale de décembre dernier, convoquée conjointement par la CGTP et l’UGT contre les nouvelles lois du travail que le gouvernement veut imposer. Le succès de la grève générale a mis Ventura sur la défensive – il a cessé d’accuser la grève d’être l’œuvre de l’extrême gauche et s’est mis à proposer un dialogue avec les grévistes pour écouter leurs justes revendications – et a contraint Seguro à promettre que, s’il était élu président, il opposerait son veto à la nouvelle loi sur le travail.
Avec ou sans crise politique à l’horizon, la gauche doit s’exercer, dans le cadre des résistances sociales, au dialogue qui lui permettra d’éviter la marginalisation politique. La grève générale est un signe de la voie à suivre : plus d’interaction avec les luttes et le terrain extrapartisane, plus d’engagement en faveur de la solidarité contre la fascisation, plus d’espaces communs pour comprendre ensemble l’époque dans laquelle nous vivons. Telles sont les conditions essentielles pour qu’il puisse exister, lors du prochain cycle électoral, une alternative unitaire qui offre de la crédibilité plutôt que de la dispersion.
18/01/2026
Jorge Costa
| Date | Nom | Message |